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Les droits des enfants ignorés par le système judiciaire cambodgien, selon un rapport

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La première recherche détaillée sur les enfants témoins et victimes d’exploitation et d’abus sexuels, a été rendue publique ce mercredi 28 janvier. Elle conclut à la négligence des droits de l’enfant par l’ensemble du système judiciaire. Cette étude démontre également que les examens médicaux d’enfants violés et l’extorsion de leur familles par la police constituent un problème majeur.

Réalisé par des chercheurs de Hagar International et de l’Unicef , le rapport “Un système juste pour les enfants” (“A System Just for Children”) explique que seules quelques affaires impliquant des enfants sont arrivées devant le tribunal et ont abouti à des poursuites judiciaires. Et pour celles qui sont allées jusqu’au bout, “peu d’attention est accordées aux besoins spécifiques des enfants victimes”.

Le rapport se base sur 54 entretiens obtenus l’an dernier avec des enfants de 10 à 19 ans – en grande majorité des filles, victimes de viols ou d’abus sexuels – mais aussi sur des informations fournies par les autorités policières et judiciaires.

Le rapport critique avec virulence le fait que selon les déclarations des enfants abusés sexuellement, moins de 10% des examens médicaux ont été effectués par des docteurs femmes et les parents ont rarement été autorisés à accompagner leurs enfants lors de ces examens.
Alors que plusieurs enfants ont déclaré avoir été traités “normalement” au cours les examens médicaux – habituellement financés par les ONG – certains disent avoir été considérés avec mépris par les médecins.

“J’avais tellement mal pendant l’examen médical que j’en ai parlé au médecin, mais il m’a répondu “je n’ai pas suffisamment de temps pour m’apitoyer sur les patients,” s’est plainte une jeune fille de 15 ans victime d’un viol.

Se retrouver au tribunal face à leur tortionnaire est la source d’anxiété la plus souvent citée par les jeunes victimes. Beaucoup ont raconté avoir été obligés de se retrouver assis à côté de leur agresseur que ce soit dans le couloir de la salle d’attente du tribunal ou dans la salle d’audience.

Un enfant a déclaré “dans la salle d’audience, il était si près de moi, juste à quelques mètres. J’avais peur qu’il me brutalise à nouveau”.

Le problème de la corruption a aussi été évoqué, 20% des interrogatoires mentionnent que sans bakchich la police ne donnerait pas suite à l’enquête.

“La police semblait ne pas faire grand cas de notre plainte jusqu’à ce que nous leur donnions de l’argent. Ils nous ont escroqué, ils ont exigé de l’argent avant de faire leur travail” nous a déclaré une maman dont la fille de 11 ans a été violée. Le violeur a finalement été arrêté après que son frère ait vendu son téléphone portable et emprunté de l’argent pour payer la police.

Le rapport de 159 pages basé sur des témoignages d’enfants depuis la connaissance des sévices jusqu’à la fin du procès – préconise des recommandations à court et à long terme, notamment la séparation entre la victime et son agresseur par une cloison dans la salle d’audience et qu’un plus grand nombre de médecins femmes soient formées pour conduire les examens medicaux.

Lors de la parution du rapport, le Major Genéral Yim Virak, directeur adjoint de la lutte contre le trafic d’êtres humains et du département de la jeunesse au ministère de l’Intérieur, a nié plusieurs des conclusions : “ Ce que je comprends ici c’est que nous n’avons rien fait comme il le fallait. Certaines affimations ne sont pas acceptables, car les faits se sont produits il y a très longtemps. Nous faisons correctement notre travail et l’époque où les officiers intimidaient les enfants en monnayant leurs services est révolue”.

Traduction : Michelle Boileau
Source (George Wright/Cambodia Daily) : Rights of young victims ignored by justice system, report says
Photo : UNICEF

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