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Portraits d’auto-stoppeurs « professionnels » à Jakarta

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Alors que les rues de Jakarta sont inondées par le son des klaxons signalant le début d’une nouvelle journée, on ne peut s’empêcher de remarquer une rangée de personnes attendant au bord de la route, les bras tendus. Eparpillés le long des petites rues débouchant sur les artères principales, on ressent une sorte d’urgence dans leur quête de véhicules vides. Quand une voiture s’arrête au bord du trottoir, il y a une règle silencieuse. La personne s’engouffre rapidement sur le siège arrière, sans avoir le temps de dire au revoir, et la voiture repart immédiatement.

Personne ne s’inquiète. Personne ne pose de question. La personne disparaît et le cycle continue. Ainsi va la vie pour un auto-stoppeur à Jakarta.

La politique trois-en-un, entrée en vigueur en 2004, a rendu obligatoire pour les véhicules de transporter trois personnes pour circuler sur cinq des artères principales du centre-ville de Jakarta. Cette politique, qui est le plus durement appliquée aux heures de pointe, peut mener pour les conducteurs à l’obtention d’une amende s’ils sont pris en flagrant délit lorsqu’ils embarquent un auto-stoppeur. Bien que cette pratique soit illégale, les personnels de sécurité stationnés à proximité, les gérants de magasins et les résidents sont bien au courant de la présence d’auto-stoppeurs le long de leur rue chaque jour et font comme si de rien n’était.

Yani
« Je viens depuis Kemayoran et j’arrive ici chaque matin à 7 heures. Je reçois environ 25,000 roupies pour un voyage, mais cela reste en général à la discrétion du conducteur. J’emmène ma petite fille pour gagner plus d’argent, mais il est parfois difficile d’avoir un enfant avec moi car elle s’ennuie et devient agitée. Je ne pense pas au fait que je puisse me faire arrêter car je dois gagner de l’argent pour payer le loyer et nourrir ma famille. Mes enfants et mes petits-enfants dépendent de moi. »

Kancil
« Je gagne 20,000 par voyage et environ 100,000 roupies par jour. Quand les gens me demandent pourquoi je fais ça je leur réponds que ça me plaît. J’ai 27 ans et je devrais faire plus, mais c’est très difficile pour moi car faire de l’auto-stop est très facile. La situation économique actuelle n’est pas bonne et en ce moment je me trouve dans une mauvaise situation économique. Tout ce que je sais est que je souhaite réussir mais je ne sais pas comment. »

Ronald
“Etre auto-stoppeur, c’est marrant. La journée je suis mécanicien mais j’adore faire ça pendant mon temps libre. J’aime ça car c’est simple et gratuit ; vous montez dans une voiture et êtes payés pour ça. En général, je fais cinq ou six voyages et je gagne entre 50,000 et 100,000 roupies par jour. Actuellement je n’ai pas vraiment de plan pour l’avenir, je suis juste le mouvement. Pour l’instant ce que je fais me suffit et je suis heureux. »

Putri
« Je rêve que mes enfants et mes petits-enfants reçoivent une bonne éducation et obtiennent un Master à l’université. En ce qui me concerne, j’aimerais un jour travailler pour le gouvernement. Je viens juste de démissionner et je suis maintenant sans emploi mais je n’effectue pas des voyages tous les jours, plutôt deux ou trois fois par semaine. Je gagne plus d’argent en faisant ça qu’à mon ancien travail. Je n’aime pas monter dans les voitures des gens mais mon ancien emploi ne me rapportait pas assez et maintenant je gagne 20 000 roupies à chaque voyage. »

Wandi
« J’ai arrêté l’école au collège et je ne suis jamais allé à l’université. Je n’aimais pas l’école mais maintenant je regrette de n’avoir rien fait. J’ai 29 ans et je voudrais suivre une formation pour décrocher un emploi. Je me fiche de quel diplôme j’obtiens ou dans quel secteur je travaille, je veux simplement comment à me former pour pouvoir faire quelque chose de mon avenir. En attendant, je resterai auto-stoppeur car c’est facile à faire. Il n’y a pas besoin de formation et je suis payé. Je parle même aux conducteurs et certains d’entre eux sont gentils. »

Michael

« Je suis à la recherché d’un emploi mais en attendant d’en trouver un j’ai décidé d’être auto-stoppeur. La plupart de mes amis sont au courant, mais je ne l’ai pas dit à ma famille. Je ne me suis jamais fait prendre la police mais j’aime cette activité car je me promène tout en étant payé. Je ne sais pas ce que je veux faire à l’avenir. Peut-être que je vais d’abord trouver un emploi et économiser pour aider ma famille. Je veux une belle vie pour ma petite-amie et moi. »

Ari (sur la photo)
« Je n’aime pas être auto-stoppeur et je n’en suis pas fier. Ce n’est pas quelque chose que je pensais faire, ce n’était pas prévu. Avant, je travaillais avec mes parents qui gèrent un petit magasin en dehors de Jakarta, mais ma mère a été malade et j’ai dû chercher un emploi. J’essaie d’aller à différents endroits pour être pris dans une voiture, je ne reste pas toujours à la même place. Je ne fais cela que pour l’argent que je gagne. Je ne le fais pas pour m’amuser. »

Cecilia
« Quand je travaillais comme bonne, avant la naissance de ma fille, je me souviens avoir travaillé dur. J’étais tout le temps fatiguée et je ne gagnais pas beaucoup d’argent. Les gens pour qui je travaillais n’étaient pas accueillants, donc j’étais heureuse de m’en aller. Je me rappelle avoir vu un auto-stoppeur sur la route du travail, alors j’ai décidé d’essayer. Mon mari travaille très dur et je l’aide en rapportant plus d’argent à la maison. Au départ, j’avais peur d’emmener ma fille avec moi mais ce n’est plus le cas maintenant, chaque voyage s’est fait en sécurité pour nous. »
Mariam Koslay est journaliste et étudie actuellement en Indonésie.

Traduction : Cécile Sassus
Source (Mariam Kosley/New Mandala) : Jockey life in Jakarta
Photo : Mariam Kosley/DR.

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