AlterAsia

Société

Rapport des conditions de détention au Cambodge

prison_cambodge_licadho

Corruption et torture continuent de sévir dans les prisons, selon un nouveau rapport sur les conditions de détention au Cambodge.

Les détenus des prisons cambodgiennes continuent de faire face à des mauvais traitements, des conditions sordides de détention et à la corruption, selon un rapport publié mardi 20 janvier par la Ligue cambodgienne des droits de l’Homme Licadho.

Le rapport « Le prix des droits : la vie à l’intérieur des prisons cambodgiennes » (télécharger la version anglaise), est basé sur des interviews réalisées l’année dernière, de prisonniers, d’anciens détenus, de leurs parents et du personnel de 18 établissements pénitentiaires. Il définit les tribunaux du pays et le système carcéral comme « des structures politiques corrompues animées par le népotisme » qui, ensemble, entraînent un traitement brutal des détenus. Un responsable de prison a qualifié ces résultats d’« exagérés »

« Certains détenus ont eu leur tête fracassée contre les murs. Les objets utilisés lors des passages à tabac sont des pistolets, des bâtons, des barres de fer, des matraques paralysantes, des talkie-walkies, des menottes, des chaînes, des cordes, des câbles électriques, des briques et des ceintures », relate le rapport. Il ajoute que la torture utilisée pour obtenir des aveux associait des chocs électriques et des brûlures de cigarettes.

Le rapport souligne également une hiérarchie claire au sein des prisons selon laquelle « les produits de base et les droits individuels ont un prix ».

« Les détenus les plus démunis et ceux qui n’ont pas de familles, ou ceux dont les familles et les proches ne viennent pas leur rendre visite, sont par défaut en bas de la hiérarchie. Ils dorment sur le plancher en béton des cellules, souvent près des toilettes et survivent avec un minimum de nourriture et d’eau allouée. Certains d’entre eux passent la majeure partie de leur journée dans une cellule chaude, sombre et privée d’aération », précise le rapport.

D’autre part, les détenus fortunés et qui ont des relations bénéficient d’un accès à l’alcool, aux drogues, aux prostituées et à des « cellules VIP », note le rapport.

L’électricité, les soins et les permissions sont garantis seulement pour ceux qui peuvent payer, est-il ajouté dans le rapport. Une des personnes interrogées, appelée Roatha, affirme qu’elle n’avait pas été autorisée à sortir de sa cellule jusqu’à ce qu’elle paie un pot de vin de 50 dollars à un gardien le 10e jour de sa détention.

Selon le rapport, il y avait 15 182 personnes enfermées dans les prisons cambodgiennes à la mi-septembre, soit 179% de la capacité officielle de 8500 personnes. Ce qui positionne les prisons du pays à la 29e place des prisons les plus surpeuplées au monde, selon les chiffres recueillis par le Centre international d’études pénitentiaires basé à Londres.

Les chiffres du département général des prisons du ministère de l’Intérieur indique que 63% des prisonniers sont en attente de jugement et dans de nombreux cas ont été enfermés pendant plus de 6 mois, délai de détention maximum avant procès.

Kuy Bunsorn, le directeur général du département des prisons, a déclaré le jour de la sortie du rapport, que ces conclusions étaient « exagérées » afin d’obtenir des financements de donateurs. Selon lui, « Le rapport de cette ONG est le même chaque année en terme d’accusations de torture, de corruption et de mauvaises conditions dans les prisons. Il est fait pour satisfaire les donateurs et ainsi obtenir de l’argent ».

« Je reconnais que prisons et centres correctionnels à travers le pays sont confrontés à des problèmes de surpopulation mais nos conditions ne sont pas aussi mauvaises que celles rapportées par Licadho (…). Je nie fermement qu’il y a des problèmes de corruption comme cela est présumé dans le rapport. C’est une accusation sans fondement et je nie aussi l’accusation de torture sur les détenus », a-t-il ajouté.

M. Bunsorn a précisé que le problème de surpopulation serait résolu quand les constructions de prisons dans les provinces de Pailin, Kampot, Oddar Meanchey, Siem Reap et Battambang seront achevées.

Traduction : Elodie Prenant
Source (George Wright et Kuch Naren/The Cambodia Daily) : « Corruption, Torture Still Rife in Prisons », Report Finds. 
Photo : DR/Licadho.

Print Friendly

Tagged

Voir aussi

Copyrights
Rejoignez-nous!
Je soutiens AlterAsia !

Ce n'est que grâce à vos dons qu'AlterAsia peut proposer une information alternative de qualité et gratuite. Soutenez-nous !

Vous pouvez choisir d'utiliser une carte bancaire si vous n'avez pas de compte Paypal en cliquant sur "Continuer" en bas à gauche de la page Paypal.