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Philippines : le retour à l’école des enfants travailleurs

enfant_philippinesGeraldine Aboy, Pitang pour les amis, a 14 ans. Elle a travaillé dans les plantations de canne à sucre de Don Carlos (Bukidnon) depuis l’âge de six ans, interrompant sa scolarité en primaire pour rejoindre son père comme ouvrier agricole. Aujourd’hui elle pleure de joie à l’idée de reprendre sa scolarité grâce à un projet de l’Institut œcuménique de l’Éducation et de la Recherche sur le Travail (EILER), financé par l’Union Européenne.

« Quand j’étais enfant, mon père possédait des terres. Toute la famille labourait… jusqu’à ce que nous soyons chassés de notre ferme. » Une histoire similaire à celle de nombreux enfants qui, comme Pitang, ont été réaménagés par le gouvernement à San Nicolas, un quartier de Don Carlos, où près de 4500 résidents vivent de leur travail dans les plantations de canne à sucre.

Bien que le gouvernement et l’Organisation internationale du Travail (OIT) estiment à 5,5 millions le nombre d’enfants qui travaillent aux Philippines, un représentant de l’OIT a admis, lors d’une conférence organisée par EILER à Quezon City le 28 janvier, que l’enquête menée pour arriver à cette conclusion n’avait pas été suffisamment poussée.

EILER a, de son côté, mené des enquêtes plus larges, sur les ménages pauvres, avec des incidences signalées sur le travail des enfants. L’association a répertorié les âges et les salaires, les types de travaux et les facteurs qui poussent la famille à tirer leurs revenus du travail rémunéré pour une partie ou la totalité de leurs enfants qui, finalement cessent d’aller à l’école.

Quand le projet de EILER est arrivé dans son village, Pitang travaillait avec 26 autres enfants âgés de 10 à 12. Généralement, ils désherbent, récoltent et vont chercher de l’eau. Elles étaient cinq filles à travailler, comme Pitang, dès 9 ou 10 ans, six jours par semaine. Près de la moitié des personnes interrogées travaillaient 10 heures, un quart 9 heures, et le reste de 8 à 12 heures. L’étude montre que pour chaque fille, il y a quatre garçons. La plupart des enfants des plantations interrogés étaient âgés de 11 à 17 ans.

Lorsque son père est tombé malade, Pitang a dû se rendre au camp de travail sans lui, malgré la peur. Alors, quand elle a entendu qu’un groupe venait pour les envoyer à l’école, elle est allée s’inscrire avant même d’en avoir parlé à ses parents. Quand sa mère l’a su, elle l’a encouragée.

Pitang est donc retournée à l’école dans le cadre du projet mené par EILER et des partenaires locaux. Dans l’espoir d’attirer d’autres enfants travailleurs, ils ont construit un apprentissage alternatif, DepEd, avec des enseignants formés près du lieu où vivent les enfants. Dans le cas de Pitang, l’école est à San Nicolas. Selon elle, de nombreux enfants voudraient la rejoindre : les fournitures scolaires sont gratuites, ainsi que la nourriture. Désormais, Pitang travaille uniquement le samedi, quand il n’y a pas cours. Elle est sur le point de passer un test public de SLA (système d’apprentissage alternatif) grâce auquel, si elle réussit, elle sera autorisée à commencer l’école secondaire. Elle espère que d’autres, comme elle, auront cette opportunité de reprendre les études pour moins s’inquiéter de la façon dont ils vont se nourrir.

Résumé : Céline Boileau
Source : Marya Salamat/Bulatlat

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