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Rôle d’une presse libre dans la responsabilisation publique : les leçons du Sarawak

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Le Fonds Bruno Manser (BMF) vient de publier un nouveau rapport, en anglais « La gestion de la corruption au Sarawak », qui met en perspective la responsabilité du gouverneur Taib Mahmud dans les malheurs de l’Etat du Sarawak. Une ténacité qui pourrait porter ses fruits et dont les citoyens de Singapour pourraient s’inspirer.

Il existe bien des raisons pour lesquelles beaucoup de pays n’autorisent pas un homme politique à rester indéfiniment au sommet du pouvoir. Car si la présence au pouvoir d’un chef fort sur une longue durée offre l’avantage de la continuité, le manque de transparence ou de responsabilisation et l’absence de leadership font partie des problèmes majeurs qui peuvent survenir dans le cas de périodes illimitées au pouvoir.

Le Fonds Bruno Manser (BMF), une association caritative enregistrée à Bâle en Suisse, vient de publier un nouveau rapport, en anglais « La gestion de la corruption au Sarawak ». Ce rapport montre l’héritage économique de Abdul Yaib Mahmud (Taib), l’actuel gouverneur du Sarawak qui en est également son ex-Ministre en chef.

Sarawak est le plus grand Etat de Malaisie et il est doté d’abondantes ressources naturelles allant du bois à des espèces rares de flore et faune. Le rapport note qu’en 33 ans de contrôle du pouvoir, la famille proche de Taib bin Mahmud a réussi : à contrôler Cahya Mata Sarawak (CMS) – une ancienne compagnie publique – grâce à laquelle elle a obtenu une série de monopoles lucratifs, et à faire en sorte que des contrats d’Etat rémunérateurs soient exclusivement accordés, sans appel d’offres public, à CMS à hauteur de plus de 1,4 milliard de dollars.

Ces activités financières ont rendu Taib bin Mahmud et sa famille incommensurablement riches malgré la constitution du Sarawak qui stipule que le Ministre en Chef et le Gouverneur ne doivent « pas exercer de fonction à but lucratif ni participer à une quelconque entreprise commerciale ». Alors que Taib est devenu l’un des hommes les plus riches d’Asie du Sud-Est, le Sarawak reste l’un des Etats les plus pauvres de Malaisie : des milliers d’autochtones ont perdu leurs maisons et leurs moyens de subsistance.

Comment l’un des Etats de Malaisie les plus riches en ressources peut-il finir comme aussi l’un des plus pauvres ? Comment un homme et sa famille peuvent-ils prospérer dans un tel excès alors que ceux-là mêmes dont il était censé promouvoir les intérêts récoltent peu de bénéfices ?
La réponse pourrait en grande partie se trouver dans le maintien illimité de Taib au pouvoir absolu.

La nécessité de responsabilité et de transparence est aussi vive aujourd’hui qu’au temps des monarchies. Si l’hérédité ne constitue plus le système politique actuel, les « démocraties » peuvent toujours se dispenser de rendre des comptes si la personne en place peut manipuler le système de façon à s’assurer un pouvoir absolu et tirer profit du clientélisme et du népotisme. C’est ce qui se produit en particulier si un système n’a pas d’opposition forte ou de presse libre pour remettre en question des politiques servant des intérêts personnels. Des règles doivent être mises en place pour empêcher les despotes de se maintenir indéfiniment au pouvoir.

Les nouveaux moyens de communication de masse peuvent justement être utilisés pour s’assurer que les contre-pouvoirs appropriés sont en place. En tant que membres de la communauté d’Internet, nous avons tous la responsabilité de veiller à ce que les projecteurs de la pression publique restent fermement braqués sur ceux qui bafouent les règles pour s’enrichir personnellement alors qu’ils occupent un poste au pouvoir.

Grâce à l’action constante du BMF et d’autres groupes internationaux, l’Université d’Adélaïde a pris ses distances avec Taib. C’est un signal fort que la société civile n’accepte pas ses agissements et ceci n’a été possible que par une lutte sans relâche afin que les informations le concernant soient publiques.

Ceci est peut-être un exemple Sarawakien, mais les questions de favoritisme, clientélisme, corruption, absence de responsabilité et de transparence existent dans tous les pays bien qu’à des degrés divers. De plus, l’octroi de traitements de faveur pour conserver son pouvoir ne permet pas aux meilleurs de remplir les meilleures fonctions et cela se répercute sur l’Etat, où les fonctionnaires ne sont plus nommés en fonction de leurs compétences. Il n’est donc pas simplement « bon d’avoir » un système politique ouvert avec les contre-pouvoirs adéquats mais c’est une nécessité pour le développement de tout Etat.

Du point de vue de Singapour, c’est un rappel brutal que se battre pour une presse libre, la responsabilisation et la transparence en vaut la peine. Nous avons tous quelque chose à apprendre de l’infortune politique du Sarawak.

Traduction : Edith Disdet
Source (Howard Lee/The Online Citizen) : Lessons from Sarawak
Photo : Lukas Straumann, directeur du Bruno Manser Found et auteur de « Money Logging, on the trail of the Asian Timber mafia« .

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