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Laos : la pression continue pour retrouver Sombath Somphone

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Malgré l’espoir dorénavant très mince de retrouver Sombath Somphone vivant, les activistes maintiennent une pression internationale sur le gouvernement.

Bien que sa disparition remonte à plus de deux ans, les efforts pour découvrir le sort réservé à Sombath Somphone, activiste des droits de l’Homme et représentant de la société civile reconnu sur la scène internationale, n’ont pas été interrompus.

Au contraire, 145 organisations issues de tous les continents ont continué de mettre la pression sur le gouvernement laotien. Elles ont alerté les Nations Unies au moyen d’une pétition qui dénonce la disparition de Sombath et la détérioration de la situation des droits de l’Homme dont elle témoigne dans le pays.

Tout à fait inattendue, la disparition de Sombath Somphone le 5 décembre 2012 dans une rue animée de Vientiane reste un mystère. A aucun moment il n’avait semblé avoir la sensation de courir un quelconque danger. Ce jour-là, il avait déjeuné avec sa femme, Ng Shui-Meng, une activiste singapourienne. Ils étaient tous deux sur le chemin du retour, chacun au volant de sa voiture, lorsque celle de Sombath a soudainement disparu du rétroviseur de Shui-Meng. Sombath aurait été arrêté à un barrage de police avant d’être vraisemblablement enlevé puis assassiné.

Shui-Meng a multiplié les efforts, y compris sur la scène internationale, pour découvrir ce qui était arrivé à son mari, en vain. « Malgré sa remarquable persévérance, nous n’avons aucune nouvelle de lui » déplore un ami du couple.

« J’étais au volant de mon propre véhicule et il me suivait avec le sien. Lorsque je l’ai cherché du regard, après avoir dépassé un poste de police, je n’ai plus vu sa voiture » avait déclaré Shui-Meng dans une interview accordée à Asia Sentinel. « Je n’y ai pas trop prêté attention mais lorsque je suis arrivée chez nous, il n’était pas rentré. J’ai tenté de le joindre sur son téléphone mais celui-ci était éteint. J’ai alors pensé qu’il avait eu un accident. »

Après l’avoir cherché une journée entière, ses amis et elle se sont rendu au poste de police en question, où ils ont noté la présence de caméras. « Nous avons demandé à la police de passer la bande, ce qu’ils ont accepté. »

Autoriser le groupe à visionner les bandes a été une erreur fatale pour les autorités laotiennes. En effet, l’enregistrement contenait la preuve que le véhicule de Somphone avait été arrêté, que ce dernier avait été escorté jusqu’au poste de police, qu’une tierce personne avait emmené son véhicule et qu’un camion blanc était arrivé et l’avait vraisemblablement embarqué. Il n’a plus jamais été aperçu depuis.

Une pétition initiée et diffusée par la Sombath Initiative (Initiative Sombath), une démarche engagée par Shui-Meng, a appelé les gouvernements et le Conseil des Nations Unies pour les Droits de l’Homme (UN Human Rights Council) à placer la disparition de Sombath au cœur de l’Examen Périodique Universel (Universal Periodic Review) des Nations Unies pour le Laos. L’affaire a pris de l’ampleur au point de devenir une question très embarrassante pour le gouvernement Laotien.

L’enlèvement et le piétinement de l’enquête ont soulevé une vive préoccupation à l’échelle internationale. Charles Santiago, député Malaisien et président des Parlementaires de l’ASEAN pour les Droits de l’Homme (ASEAN Parlementarians for Human Rights), a accusé les autorités laotiennes d’avoir « érigé un mur de silence autour de cette enquête, à tel point que la seule conclusion pertinente est qu’il n’y a en réalité aucune enquête en cours. »

Plus récemment, Walden Bello, membre de la Chambre des Représentants des Philippines (Philippine House of Representatives) (mais aussi Prix Nobel alternatif, ndlr), ainsi qu’un autre membre du Conseil Consultatif (Advisory Board) ont pressé les autorités laotiennes « d’écouter l’opinion internationale et de libérer Sombath Somphone ».

L’absence d’investigation, le fait que Sombath ait été filmé et vu pour la dernière fois au poste de police et que la police n’ait rien fait pour empêcher son enlèvement « suggère que les autorités laotiennes sont impliquées d’une façon ou d’une autre » selon Amnesty International.
Somphone n’était pas un militant particulièrement radical. Il avait fondé le Centre de Formation Participative au Développement (Participatory Development Training Centre) dans le but de promouvoir l’éducation, l’acquisition de compétences managériales et le développement durable. Le Centre était devenu la plus célèbre organisation issue de la société civile au Laos et travaillait en coopération avec les autorités pour la réduction de la pauvreté et le développement durable.

Mais sa volonté d’organiser des réunions à propos du droit à la terre a pu déclencher la colère du gouvernement. « La situation au Laos est très sérieuse » affirmait Phil Robertson, sous-directeur de la branche Asie de l’ONG Human Rights Watch basée à New York à Radio Free Asia. « Le gouvernement laotien utilise son statut d’Etat à parti unique pour contrôler l’expression politique dans le pays d’une manière qui viole clairement les différents traités internationaux sur les droits de l’Homme » continuait Robertson. « C’est un gouvernement encore très dictatorial qui réprime les droits humains ». Les citoyens laotiens « ont très peur » depuis la disparition de Sombath, selon Robertson. « Les personnes avec lesquelles nous discutons au Laos semblent très intimidées. Depuis la disparition de ce membre éminent de la société civile laotienne, ils ont le sentiment que le gouvernement pourrait s’en prendre à n’importe qui.»

Le gouvernement a été critiqué sur la scène internationale pour son inaction suite à la disparition de Sombath. Cette dernière a été perçue comme un avertissement adressé à tous ceux qui envisageraient de contester un régime de plus en plus répressif et qui n’hésite plus à vendre les terres laotiennes et à endiguer les fleuves pour fournir d’autres pays en eau.

Illustrant ce phénomène, l’ONG internationale de défense de l’environnement Global Witness a révélé dans un récent rapport intitulé « Les Barons du Caoutchouc » (The Rubber Barons) que de vastes portions foncières avaient été acquises au Laos et au Cambodge par deux des plus grosses entreprises vietnamiennes en vue d’y réaliser des plantations d’hévéa. Ces entreprises ont obtenu des droits sur plus de 200 000 hectares de concessions foncières dans le cadre de ce que l’organisation qualifie d’« accords secrets » avec les gouvernements laotien et cambodgien.

Traduction : Elsa Favreau
Source (Correspondance/Asia Sentinel): Search for Laotian activist continues
Photo : Prachataï/Flickr

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