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La nouvelle réglementation pour les foyers de travailleurs migrants à Singapour

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Alors que le ministère du Travail (MOM) souhaite légiférer sur les dortoirs de travailleurs migrants en se focalisant sur les plus importants d’entre eux (1 000 travailleurs et plus), les députés se montrent plus préoccupés des conditions de vie en vigueur dans les dortoirs de petite taille.

Au Parlement, ce mardi 20 janvier, le ministre du Travail, Tan Chuan-Jin, a été sommé d’étendre le projet de loi sur les dortoirs de travailleurs migrants (Foreign Employee Dormitories Bill) afin d’y intégrer le cas des dortoirs de petite taille et d’autres types d’hébergement accueillant des travailleurs migrants.

Le projet de loi, qui était présenté en première lecture au Parlement, imposera aux opérateurs montant des projets de dortoirs de grande envergure « d’obtenir une autorisation qui leur sera délivrée à condition de prendre des dispositions pour gérer les flux de travailleurs migrants dans les dortoirs, intégrer des équipements sociaux et récréatifs et préparer des plans de mise en quarantaine en cas d’épidémie de maladie infectieuse», indique le quotidien Straits Times.

D’après M. Tan, en faisant évoluer la législation pour réglementer les dortoirs de grande taille, le gouvernement anticipe une multiplication attendue de ce type de structures dans un futur proche. Le gouvernement a ainsi annoncé la construction de neuf dortoirs supplémentaires ces deux prochaines années, ajoutant 100 000 lits aux 200 000 existants dans les 40 dortoirs en service.

Selon la presse, 770 000 personnes détiennent un permis de travail à Singapour, sans compter les femmes de ménage et les domestiques qui vivent avec leurs employeurs. La moitié d’entre eux font la navette entre leur domicile en Malaisie et leur travail à Singapour ou vivent dans les logements sociaux du HDB (Housing and Development Board, Agence de Développement de l’Habitat) ou dans des chambres au sein de résidences privées. Si ceux-ci n’ont pas recours aux dortoirs, ce type d’hébergement est en revanche fortement sollicité par l’autre partie des migrants, en particulier par ceux travaillant dans les secteurs de la construction et de la marine.

Les députés se sont montrés sensibles à la situation actuelle de ces travailleurs migrants, dont certains sont hébergés dans des dortoirs improvisés dans un état déplorable, disséminés dans toute la Cité-Etat.

11 députés ont exprimé leurs préoccupations lors du débat au Parlement qui s’est centré sur les conditions de vie très difficiles de ces migrants, amplement relatées par les médias. Le député du Workers’ Party (Parti des Travailleurs), Pritam Singh, affilié au groupe parlementaire Aljunied GRC, a suggéré que le projet de loi prévoie « des catégories d’autorisation de construire pour les petits locaux d’hébergement de travailleurs migrants également, de manière à soumettre le maximum de dortoirs et de places d’hébergement au régime des autorisations.» Il a également proposé que certains foyers soient gérés par le gouvernement afin de soulager les petites et moyennes entreprises qui peinent à assumer le coût de l’hébergement de leurs travailleurs migrants dans des dortoirs.

« La prise de participation du gouvernement dans ce secteur pourrait s’inspirer de la démarche engagée par le ministère de l’Education au sujet des crèches, qui avait pour but de proposer une offre éducative avant l’âge d’entrée à l’école et surtout d’apporter des améliorations dans ce domaine » réfléchit Mr Singh. « Une partie de la taxe payée par les entreprises lorsqu’elles engagent des travailleurs migrants pourrait être utilisée pour ces hébergements et une subvention pourrait être prévue pour les petites entreprises qui montrent une amélioration réelle de leur productivité. »

M. Yeo Guat Kwang (groupe parlementaire Ang Mo Kio GRC) a tiré le signal d’alarme, estimant dangereux d’adopter une politique à deux vitesses qui soumettrait les grands dortoirs à des règles plus drastiques que ceux de petite taille. Selon lui, un tel choix conduirait inévitablement à une chute qualitative de l’offre proposée par les petits dortoirs.

D’autres députés ont acquiescé, remarquant que les conditions de vie avaient tendance à être plus difficiles dans les dortoirs de petite taille. M. Singh a ainsi mentionné certains cas de travailleurs migrants vivant dans des dortoirs surpeuplés et d’autres, plus graves, de travailleurs ayant perdu la vie lors de catastrophes survenues dans les dortoirs. Il a fait référence à de récents articles de presse relatant que le 6 décembre 2014, « quatre travailleurs migrants Malaisiens employés de ménage ont péri dans une shophouse (compartiment chinois) du Lorong 4 du quartier de Geylang dans ce qui a été le pire incendie recensé à Singapour depuis 10 ans ». « Le quotidien malaisien The Star et les médias singapouriens STOMP et Today ont révélé que les locaux concernés accueillaient une centaine de migrants originaires de Chine, d’Inde, du Bangladesh et de Malaisie et que ces derniers étaient répartis dans onze chambres d’une dizaine de personnes chacune » a affirmé M. Singh au Parlement.

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