AlterAsia

Société

Visite aux Philippines d’Eve Ensler, auteure des Monologues du vagin devenue militante

????

Victime de viol qui a surmonté ses souffrances à la tête d’un mouvement pour mettre fin à toutes les formes de violences faites aux femmes à travers le monde, Eve Ensler, auteur des Monologues du vagin, est aux Philippines, à Manille depuis décembre dernier pour lancer la campagne « One Billion Rising for Revolution » (« Un milliard de voix pour la révolution »), qui démarre en février 2015.

Dans une société conservatrice comme les Philippines, les victimes de violence se cachent derrière une chape de silence, de peur d’être stigmatisées. Mais la souffrance peut se transformer en force, comme le prouve Eve Ensler, victime capable de créer et de mener un mouvement pour mettre fin à toutes les formes de violences faites aux femmes à travers le monde. Dramaturge américaine récompensée et militante des droits de la femme, elle raconte que son expérience a déterminé ce qu’elle est aujourd’hui : « Quand j’ai été violée et battue alors que je n’étais qu’une enfant, cela a déterminé la personne que j’étais dans la vie. Cela a déterminé mon estime de moi, ma confiance en moi. Cela m’a amené à me droguer, à me mettre dans des situations terribles parce que je n’avais pas d’estime de moi. Il m’a fallu des années et des années pour sortir de cette violence », a-t-elle déclaré, lors d’une conférence de presse le 6 janvier.

A la tête du mouvement V-Day

Eve Ensler a consacré sa vie à l’arrêt des violences, rêvant d’un monde où les femmes et les jeunes filles seraient libres de s’épanouir plutôt que de simplement survivre. Suite au succès mondial de sa pièce « Les Monologues du vagin », elle a crée « V-day », un mouvement féministe international pour lutter contre les violences faites aux femmes et aux petites filles. Le « V-day » collecte des fonds et sensibilise à cette cause grâce aux bénéfices des « Monologues du vagin » et d’autres oeuvres artistiques. Sur son site, on peut lire : « Le mouvement V-day a récolté plus de 100 millions de dollars, éduqué des millions de personnes sur les violences faites aux femmes et les efforts pour l’arrêter. Il a également permis de concevoir des campagnes éducatives, médiatiques et des messages d’intérêt public. Cela a permis de rouvrir des refuges, de financer plus de 13 000 programmes de lutte contre la violence et de créer des hébergements adaptés en République démocratique du Congo, en Haïti, au Kenya, en Egypte et en Irak. »

Lors de la conférence de presse, Eve Ensler a déclaré que la campagne « One Billion Rising » l’avait liée aux autres victimes : « Comme j’ai grandi dans un milieu violent, la plupart de ma vie est déterminée par le droit. Je pense que j’ai été une conséquence de la violence. Je l’ai noté quand je regarde à travers mon travail. Je semble être obsédée par le corps des femmes, je semble être très obsédé par la guerre, la violence. Bien sûr cela a eu un impact sur ma vie. Et c’est ce qui m’a amené à parcourir le monde, à la rencontre de nombreuses femmes qui souffrent de cette violence incroyable, à travers la planète ».

Enfin, elle est membre d’honneur de Gabriela (organisation philippines qui œuvre pour la défense des femmes).

« Nous avons rompu avec la culture du silence des victimes, mais la violence doit encore cesser »

Depuis les « Monologues du vagin », elle a déclaré a noté des changements : « Nous avons entendu des femmes dire le mot vagin et connaître leur vagin, le protéger. Nous avons vu le système changer, les lois changer, même si la mise en œuvre n’a pas été aussi rapide que nous l’aurions souhaité. Mais nous avons vu des femmes venir raconter leurs histoires ; et puis la presse s’intéresse plus qu’avant aux histoires de violences contre les femmes. Malheureusement, nous n’avons pas encore vu la fin des violences envers les femmes ».

One Billion Rising a démarré il y a deux ans, en février 2013. Obeth Montes, secrétaire adjoint de Gabriela, a déclaré que cette campagne avait aidé les femmes à se faire entendre. Au niveau local, les autorités ont même commencé à mettre en place des bureaux des femmes. Enfin, les femmes peuvent désormais invoquer la loi républicaine 9262 (loi réprimant la violence à l’égard des femmes). « S’il y a un changement que nous avons constaté, c’est la rupture de la culture du silence. Beaucoup de femmes sont maintenant prêtes à parler de leurs expériences », déclare-t-elle. Cependant il y a aussi une augmentation de violences perpétrées par les hommes en uniforme.

Print Friendly

Pages : 1 2

Tagged

Voir aussi

Copyrights
Rejoignez-nous!
Je soutiens AlterAsia !

Ce n'est que grâce à vos dons qu'AlterAsia peut proposer une information alternative de qualité et gratuite. Soutenez-nous !

Vous pouvez choisir d'utiliser une carte bancaire si vous n'avez pas de compte Paypal en cliquant sur "Continuer" en bas à gauche de la page Paypal.