AlterAsia

Culture

Reportage chez les sculpteurs d’Angkor

samnak_cambpdge
District de Santuk, province de Kompong Thom. Entouré de statues de Bouddha sculptées de ses mains, dont la plus grande fait plus de 3 mètres, Tep Thean reconnaît sans peine que son travail ne peut être comparé à celui des artisans de la période angkorienne d’il y a environ 800 ans. A ses yeux, même une infime comparaison serait risible. Toutefois, la différence entre ses créations et celles de ses ancêtres est loin de préoccuper le sculpteur de 41 ans.

Les exploits artistiques de Bayon, Ta Phrom et Banteay Srei sont hors de sa portée, mais il est simplement heureux de pouvoir vivre de cette fière tradition Khmer qui consiste à créer la beauté à partir d’une pierre dure et froide.

« J’aime, j’aime, j’aime », déclare M. Thean, visiblement excité, lorsqu’on le questionne sur son travail. « Je veux poursuivre l’oeuvre de mes ancêtres… qui ont bâti Angkor Wat. »

M. Thean vit et travaille à Samnak, un village d’environ 1 300 habitants dans le district de Santuk, province de Kompong Thom. Dans ce district habitent 21 familles vivant en tant que sculpteurs.
Le long de la très fréquentée autoroute nationale 6 qui traverse le village situé à environ 15 km de la capitale provinciale, se trouvent des statues grises et blanches de Bouddha, des danseuses apsara, des serpents Naga et d’autres personnages issus de la mythologie hinduiste et bouddhiste.

A Samnak, le bruit des bus touristiques et des poids-lourds rivalise avec les sons rythmiques des burins et des marteaux sur la pierre et le son des scies. Ce sont les sculpteurs qui travaillent dans leurs ateliers érigés devant leurs modestes habitations.

Vis-à-vis de M. Thean, Seng Sabun (30 ans) supervise deux autres sculpteurs travaillant sur une sculpture géante représentant Bouddha en train de méditer. L’un d’entre eux sculptait habilement les yeux à l’aide d’un marteau et d’un burin tandis que l’autre, un adolescent, se concentrait sur le socle de 2 mètres avec une petite scie circulaire.

« Nous avons commencé à travailler sur cette sculpture il y a trois mois et cela nous prendra environ deux semaines encore pour la terminer », explique M. Sabun, dont on distingue à peine les paroles parmi le brouhaha du trafic, des outils et de la musique pop cambodgienne émise par un haut-parleur juste à côté.
M. Sabun ajoute que sa boutique compte habituellement cinq à sept sculpteurs, mais en ce jour, la plupart d’entre eux sont pris par la moisson saisonnière dans les rizières du village.

« L’acheteur a payé 6 000 $ pour cette sculpture », dit-il, expliquant qu’elle avait été commissionnée par une riche famille de Kompong Cham, qui a l’intention de la donner à une pagode du district de Chamkar Loeu.

« Parfois, des moines viennent voir notre atelier pour commander des sculptures, mais la plupart de nos clients sont des gens riches ou des magnats qui achètent des statues pour les donner à des pagodes.

« On aime laisser les sculptures près de l’autoroute nationale 6 pour attirer les voyageurs qui passent par notre village. Parfois, quand ils nous voient, ils s’arrêtent et en achètent une », dit-il en désignant une ligne de sculptures après l’autres près de la route.

Samnak se trouvant au pied de Phnom Santuk, la montagne la plus sacrée de la province, les villageois ont toujours eu un accès facile au grès. Par le passé, ils s’en servaient pour fabriquer des pierres à aiguiser pour leurs couteaux, des machettes et d’autres outils.

Pourtant, malgré cet accès facile, les villageois n’ont commencé à se servir de la pierre blanchâtre pour la création de sculptures qu’à partir des années 1990. D’après les habitants de Samnak, la transition ente les pierres à aiguiser et les sculptures d’aujourd’hui peut largement être attribuée à un homme : un migrant du nom de Khim Chin.

Khim Chin – surnommé affectueusement « Cheang » Chin par les villageois, titre informel attribué à une personne habile – est arrivé à Samnak en 1998 après avoir travaillé en tant que sculpteur dans la province de Banteay Meanchey : « Mon oncle a décidé de venir à Samnak car il avait entendu dire qu’il y avait là une sorte de pierre que notre province ne possédait pas », raconte son neveu, Pa Channa (41 ans). On pouvait, par exemple, créer une statue de Bouddha de 5 mètres, ce qui n’aurait pas été possible à Banteay Meanchey. » L’oncle de M. Channa lui apprit à sculpter la pierre après avoir obtenu son diplôme au lycée. Il a ajouté que Khim Chin avait également entendu dire qu’il n’y avait aucun sculpteur à Kompong Thom à l’époque. A Samnak, comme dans les autres villages près de Phnom Santuk, la plupart des gens étaient riziculteurs. Khim Chin y a vu une opportunité de faire carrière et a déménagé à Samnak avec sa femme et son neveu. Il y a acheté un terrain et y a établi un petit atelier.

« A Samnak, nous sommes partis de rien car à l’arrivée de mon oncle, personne ne connaissait l’art de la sculpture. Il a fallu former les ouvriers, essentiellement composés de villageois », poursuit M. Channa.
Au début des années 2000, après avoir été formé pendant plusieurs années par Khim Chin, le groupe de sculpteurs de Samnak a commencé à installer des ateliers le long de l’autoroute 6. A leur tour, ils ont pris des apprentis locaux sous leur ailes pour leur enseigner leur art.

Print Friendly

Pages : 1 2

Tagged

Voir aussi

Copyrights
Rejoignez-nous!
Je soutiens AlterAsia !

Ce n'est que grâce à vos dons qu'AlterAsia peut proposer une information alternative de qualité et gratuite. Soutenez-nous !

Vous pouvez choisir d'utiliser une carte bancaire si vous n'avez pas de compte Paypal en cliquant sur "Continuer" en bas à gauche de la page Paypal.