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Philippines : quand l’armée recrute parmi les tribus indigènes

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D’après une coalition de peuples autochtones, le recrutement par l’armée nationale de membres de tribus n’est pas un phénomène nouveau. En pleine recrudescence, cette démarche pourrait faire partie d’un stratagème visant à permettre l’installation de grandes entreprises d’exploitation minières et forestières sur des terres ancestrales.

D’après une coalition de peuples autochtones, le recrutement par l’armée nationale de membres de tribus n’est pas un phénomène nouveau. En pleine recrudescence, cette démarche pourrait faire partie d’un stratagème visant à permettre l’installation de grandes entreprises d’exploitation minières et forestières sur des terres ancestrales.

« Ils veulent former un bataillon d’indigènes lumad sur le principe de la célèbre tactique :
‘diviser pour mieux régner’ au sein des communautés, explique Dulphing Ogan, porte-parole de Kalumaran, de l’Alliance des peuples indigènes de Mindanao.

« Nous savons que de nombreux Lumads sont opposés aux projets miniers ».
Récemment, le lieutenant colonel Llewellyn Binasoy de la 10è division d’infanterie de l’armée a annoncé que des membres des tribus feraient désormais partie des équipes de recrutement, en raison de leur « meilleure compréhension de leur propre tribu et de leur culture ».
« Ils connaissent la culture, la langue ; ces hommes nous guideront dans notre action pour la paix et le développement », a même clamé le colonel Benjamin Madrigal de la 701è brigade d’infanterie.

Selon Binasoy, l’idée de recruter dans les communautés indigènes fait également écho à une « volonté de s’engager de la part de ces communautés dans le quartier de Gupitan à Kapalong dans la province de Davao du Nord », théâtre d’affrontements récents entre des soldats et les guérillas de la Nouvelle Armée du Peuple.

Cependant, Ogan déclare que les forces armées se contenteront « d’utiliser les Lumads pour leurs campagnes anti-insurectionnelles et pour la destruction de l’environnement (…). Ils trompent les Lumads en leur offrant un emploi tout en empiétant peu à peu sur les territoires des indigènes », contate-t-il.

« Les futurs soldats destinés à agir sur les zones appartenant aux indigènes seront recrutés et formés, puis ils seront déployés sur les terres de leurs ancêtres », explique Binasoy. Et d’ajouter : « les communautés elles-mêmes ont souhaité renforcer leurs défenses ».

D’après Geroncio R. Aguio, directeur régional de la Commission nationale pour les peuples indigènes (NCIP) dans la région de Davao (ou Mindanao Sud), le recrutement d’indigènes dans l’armée n’est pas interdit « tant qu’il n’implique ni coercition, ni tromperie » : « Si l’engagement des recrues est volontaire, il n’y a aucun problème ». Pour Ogan, justement, le fait de recruter des Lumads dans les corps armés induit une « illusion trompeuse » : « Les jeunes enfants indigènes perdront les terres de leurs ancêtres si des grands groupes s’en emparent. En quoi les Lumads sont-ils protégés ? » demande-t-il.

De son côté, Madrigal affirme qu’il s’agit d’une mesure préventive visant à empêcher « le recrutement des Lumads par la Nouvelle Armée du Peuple ».

Traduction : Cindy Presne
Source (DavaoToday/Bulatlat) : Tribal military recruitment deceptive, says Kalumaran
Photo : Davao Today

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