AlterAsia

Politique

Des temps désespérés pour la démocratie en Malaisie ?

anwar_ibrahim
Alors que le sort d’Anwar Ibrahim reste incertain, les chances démocratiques de la Malaisie s’éloignent encore davantage.

Le sort du leader historique de l’opposition est toujours incertain et son avenir, aussi fragile que les accusations de sodomie qui pèsent sur lui.

Depuis le 27 octobre, il se bat contre sa condamnation à une peine de cinq ans d’emprisonnement, pour acte de sodomie prétendu, pratiqué sur l’un de ses assistants ; une décision rendue par la Cour d’Appel (de Kuala Lumpur) en mars dernier – elle-même venue annuler la décision d’acquittement rendue antérieurement par la Haute Cour.

C’est la seconde fois qu’Anwar Ibrahim fait l’objet d’accusations de sodomie, la première fois, c’était en 1998, lors du mouvement avorté des « reformasi ».

Si la Cour Fédérale confirme cette dernière condamnation, Anwar perdra également son statut de député et ne sera alors plus autorisé à participer à la vie politique pendant des années.
Anwar a rejeté l’idée de l’exil et décidé de rester en Malaisie pour faire face à ces accusations. Ceci constitue son dernier recours. Un geste audacieux, courageux ; peut-être stupide, né de sa naïveté jamais ébranlée de vouloir croire aux perspectives de liberté politique pour son pays.

Ce n’est pas tant le «crime» dont il est accusé, ou encore les preuves apportées lors de la mascarade qu’est cette audience finale (des sous-vêtements masculins et du lubrifiant ont été présentés à la Cour) qui soient réellement sordides. C’est plutôt, tout ce que ce désolant feuilleton judiciaire nous dit des perspectives déclinantes de la démocratie en Malaisie.
Nombreux, en Malaisie et ailleurs, sont ceux qui considèrent que ces accusations ne sont ni plus ni moins qu’une orchestration à des fins politiques, et sont créés de toutes pièces.
« Les accusations de sodomie dont Anwar Ibrahim fait l’objet sont une tentative flagrante des autorités malaisiennes pour faire taire et réduire l’influence d’une voix critique » explique Amnesty International dans une déclaration publiée le premier jour où l’affaire est portée devant les tribunaux. « Si Anwar Ibrahim est incarcéré, Amnesty International le considérera comme une prisonnier d’opinion ».

Anwar et sa coalition le Pakatan Rakyat (PR, Pacte populaire) avaient forcé le Premier Ministre en place, Najib Razak, et son parti, le Barisan Nasional, à remettre leurs titres en jeu lors des dernières élections générales l’an dernier, en remportant 51% des suffrages, mais seulement 40% des sièges au Parlement.

Mais tandis que les 13è Elections Générales (GE13) étaient présentées comme l’aube de la démocratie, à laquelle beaucoup avaient rêvé depuis si longtemps, Anwar se trouvait une fois de plus sur la touche. Sans personne pour reprendre le flambeau, l’homme de 67 ans est aujourd’hui encore à la tête d’une opposition malaisienne « arc-en-ciel ».

Le «gerrymandering» (découpage électoral) des sièges a permis à la coalition Barisan Nasional de remporter les élections par 133 sièges contre 89. Ce résultat fut la victoire parlementaire la plus étroite et le pire score jamais enregistré (par le Barisan), affolant ceux qui avaient gouverné la Malaisie sans interruption depuis son indépendance en 1957 ; grâce à l’usage d’un mélange instable de politique ethnique et de pouvoirs extraordinaires, le tout conduit par le gant de velours de la croissance économique.

Bien que les élections aient été partiellement libres, selon les principaux thinks-tanks régionaux, elles étaient cependant loin d’être équitables.

Edward Aspinall, politologue à l’ANU (université d’Australie), désigne le gerrymandering, ainsi que le flou de la ligne de séparation entre l’Etat et le Gouvernement comme les raisons principales du maintien du Barisan au pouvoir malgré la perte du nombre de suffrages. Plus inquiétant encore, sont les indicateurs de moins en moins démocratiques de la Malaisie.
Son collègue, Ross Taspell souligne aussi l’aptitude dont le Barisan a fait preuve pour maintenir le contrôle et la domination sur les médias de grande écoute durant les élections, tout en maintenant une liberté apparente sur le web et les médias sociaux.

Print Friendly

Pages : 1 2

Tagged

Voir aussi

Copyrights
Rejoignez-nous!
Je soutiens AlterAsia !

Ce n'est que grâce à vos dons qu'AlterAsia peut proposer une information alternative de qualité et gratuite. Soutenez-nous !

Vous pouvez choisir d'utiliser une carte bancaire si vous n'avez pas de compte Paypal en cliquant sur "Continuer" en bas à gauche de la page Paypal.