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Malaisie : l’ONG « Sisters in Islam » conteste une fatwa des autorités religieuses

SistersinIslamLes Sisters in Islam (SIS) s’investissent pour aider les femmes musulmanes à connaître et à faire respecter leurs droits depuis plus de vingt ans. Elles font aujourd’hui l’objet d’une fatwa émise par le Conseil des Affaires islamiques de l’Etat de Selangor, en Malaisie.

La fatwa appelle à l’interdiction des publications de SIS et les autorités religieuses ont demandé à la Commission Malaisienne des communications et du multimédia de bannir des médias sociaux toute forme de contenus vidéos ou écrits de l’ONG.

Mais SIS, dirigée par Zainah Anwar et Marina Mahathir, la fille de l’ancien Premier ministre Mahathir Mohamad et d’autres femmes encore, refuse de se soumettre à cette fatwa.

Il est facile de comprendre pourquoi les Sisters in Islam suscitent la colère des dirigeants religieux conservateurs. Elles-mêmes religieuses, elles se posent en intermédiaires entre le conservatisme religieux et la société malaisienne en pleine mutation, dont le soutien politique n’est plus ce qu’il était. L’Organisation nationale des Malais unis (UMNO, le parti au pouvoir), qui se targue de représenter les intérêts de 60% de la population musulmane malaise depuis plus de 50 ans, ne cesse de perdre de sa crédibilité suite à plusieurs affaires de corruption.

Au cours des dix dernières années, l’organisation féministe a rendu service à près de 10 000 Malaises musulmanes qui se sont tournées vers elle pour résoudre leurs soucis maritaux. Le groupe a également formé 4 000 femmes sur leurs droits et 90% d’entre elles affirment que ces conseils juridiques les ont aidées à comprendre leurs droits dans l’Islam.

Ces droits sont bien évidemment très différents de ceux que certains clercs musulmans estiment que la femme est en droit de posséder. SIS accompagne donc les femmes lors des procès et leur recommande des avocats dans une société où le divorce reste encore très mal vu.

Zainah Anwar explique que Sisters In Islam ne va pas à l’encontre de l’Islam. Bien au contraire, l’impact du travail de son organisation a renforcé la foi de beaucoup de femmes “dont l’expérience avec leurs maris et les autorités religieuses avait amené à considérer que l’Islam était injuste et discriminatoire envers les femmes”.

Les Sisters in Islam contestent la fatwa sur la base du fait que celle-ci viole le droit fondamental à la liberté d’expression, d’association et de culte que garantie la Constitution fédérale du pays. Le décret religieux, clament-elles, outrepasse ainsi les pouvoirs fédéraux.

Seul le Parlement a l’autorité légale de faire des lois pouvant restreindre les libertés fondamentales.

SIS déclare sur son site Internet que les pouvoirs excessifs exercés par les religieux “avec la complicité des corps exécutifs et législatifs entraînent le pays sur la voie de la dictature théocratique. (…) Une fatwa est surtout une opinion destinée à guider les musulmans dans leur vie selon les préceptes de l’Islam. Il n’a pas de force légale et c’est à l’individu de choisir s’il décide ou non de suivre cette fatwa ».

Selon Zainah Anwar enfin, « malgré les apparences, cette fatwa est une bonne chose pour la Malaisie : elle a au moins le mérite d’ouvrir le débat ».

Résumé : Emeline Mainy
Source : Asia Sentinel
Photo : DR.

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