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L’attentat contre Charlie Hebdo met en lumière l’hypocrisie en Asie du Sud-Est

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Les attaques devraient pousser les Etats à majorité musulmane à se pencher sur ce qui se passe chez eux.

Les deux plus grands pays musulmans d’Asie du Sud-Est, l’Indonésie et la Malaisie, se sont joints au concert de condamnation des attaques mortelles contre l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo à Paris.

L’incident contre le journal, tristement célèbre pour ses caricatures du Prophète Mahomet dont la représentation est interdite par certaines interprétations de l’Islam, relance une fois de plus la question de la liberté d’expression sur la scène internationale. En réponse à cela, le Premier Ministre de Malaisie Najib Razak a déclaré l’union de son pays avec le peuple français sur Twitter, tandis que le ministre des Affaires Etrangères Indonésien faisait une déclaration en soutien aux efforts de la France pour « traduire les coupable en justice ».

Certes, cette solidarité et cette clarté morale sont admirables ; mais ces pays continuent de persécuter des éditeurs, des caricaturistes et certains de leurs citoyens qui font usage de cette même liberté d’expression, celle de Charlie Hebdo. Il n’aura pas échappé à certains, par exemple, que deux des voix qui se sont élevées le plus fortement dans la région pour condamner les attaques – l’éditeur du Jakarta Post Meidyatama Suryodiningrat, et le caricaturiste malaisien controversé Zunar – sont tous deux sous étroite surveillance dans leur pays respectif pour des dessins jugés offensant pour les sensibilités publiques.

Meidyatama est sous le coup d’une enquête pour blasphème en Indonésie après que son journal a publié un dessin représentant le drapeau du groupe Etat Islamique en Iraq et en Syrie en juillet dernier, qu’il a retiré et au sujet duquel il s’est depuis excusé. Même s’il n’est pas reconnu coupable, d’autres ont eu moins de chance. Depuis 2004, Amnesty International a relevé plus de 100 personnes condamnées en vertu de soi-disant lois sur le blasphème, certains punis de peines allant jusqu’à 5 ans d’emprisonnement. Cela fait partie d’une tendance inquiétante en Indonésie dans les dix dernières années du mandat de l’ancien président Susilo Bambang Yudhoyono, lors desquelles le gouvernement a constamment échoué pour protéger ses citoyens des attaques de groupes Islamistes extrémistes.

De son côté, Zunar fait face à des accusations de sédition en Malaisie pour ses caricatures politiques. Les accusations actuelles ne sont pas liées en elles-mêmes à l’Islam, mais il est la cible du gouvernement depuis des années pour ses représentations satiriques de l’actualité, notamment l’interdiction surprenante de l’usage du mot « Allah » pour les non-musulmans. Certains diront que des décisions aussi extrêmes, sont symptomatiques de la montée de l’intolérance religieuse dans le pays, due au fait que le parti au pouvoir cède aux caprices des groupes de pression malais pour s’accrocher au pouvoir à la suite de ses mauvais résultats historiques lors des élections de 2013. Tandis que Najib continue de racoler à l’étranger avec son Mouvement International pour les Modérés, de nombreuses personnes s’inquiètent du lent glissement de la Malaisie vers le fondamentalisme islamique dans le pays.

Le parallèle est certes inexact. Meidyatama, Zunar et d’autres qui doivent faire face à des persécutions pour des offenses dans leurs pays respectifs n’ont pas été tués. Mais l’hypocrisie de leurs gouvernements est claire. L’Indonésie, la Malaisie, tout comme leur camarade Brunei, et d’autres gouvernements dans le monde ne peuvent se contenter de condamner des attaques mortelles contre la liberté d’expression sur la scène internationale alors qu’eux-mêmes continuent de la piétiner chez eux. Leurs dirigeants ne devraient pas attendre que de telles violences surviennent pour étendre dans leur pays, pour leurs citoyens, la clarté morale qu’ils semblent trouver si facilement lorsqu’il s’agit de l’étranger.

Traduction : Louise de Nève
Source (Prashanth Parameswaran/The Diplomat) : Charlie Hebdo Exposes Southeast Asia’s Hypocrisy
Photo : RadiantJustice/Flickr (en photo, au centre : le caricaturiste Zunar, prix du courage 2011, harcelé par la justice malaisienne).

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