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Cambodge : de nouvelles cartes mettent en évidence une forte déforestation en 2013

Logging pine trees

De récentes cartes utilisant les données d’un satellite américain indiquent que le Cambodge a continué à subir une déforestation majeure en 2013, principalement dans des forêts théoriquement protégées et des réserves naturelles.

En novembre 2013, l’Université du Maryland a publié ce qu’elle considère être la première étude combinant une mesure cohérente de la couverture forestière dans le monde entier à un degré élevé de précision – avec une résolution au sol de 30 m sur 30 m. En analysant la mine des données satellite de 2000 à 2012, l’étude démontre que le Cambodge a perdu 7,1 % de son couvert forestier au cours de la décennie passée.

Les cartes mises à jour publiées par l’université cette semaine affichent la déforestation au cours de 2013 et laissent supposer que le rythme de la déforestation au Cambodge n’a pas ralenti et s’est peut-être même accéléré.

Mathieu Pellerin, consultant sur les questions foncières auprès de l’organisation locale des droits de l’homme Licadho, qualifie la surface déboisée en 2013 portée sur les nouvelles cartes de «plutôt choquante ».

Réalisées à partir des données satellite et mises en ligne, les cartes font apparaître un déboisement conséquent dans tout le pays, même en comparaison des lourdes pertes sur les 12 dernières années.

Une grande partie de la nouvelle déforestation semble se propager à partir de zones ayant déjà subi des pertes de couverture forestière, la plupart s’étendant en diagonale pour traverser le centre du pays, de la province de Preah Vihear au nord, en passant par Kompong Thom et Kompong Cham et vers la province de Kratie à l’est. De vastes nouvelles zones de déboisement sont également signalées à l’ouest près de la frontière avec la Thaïlande, des deux côtés du Mékong autour de la ville de Stung Treng et dans la province de Ratanakkiri au nord-est.

De même, les cartes montrent une diminution de la forêt au sein des réserves et parcs nationaux du Cambodge.

De larges étendues déboisées sont visibles dans la réserve de faune de Beng Per, au nord-est du lac de Tonle Sap, à l’intérieur de la réserve naturelle de Kulen Promtep au nord et dans la zone pour la conservation de la biodiversité de Seima à l’est.

Bien que l’Université du Maryland n’ait pas fourni de chiffres sur la variation totale du couvert forestier par pays, elle a publié les données brutes pour l’ensemble de la planète.

M. Pellerin du Licadho, qui a analysé les données brutes, a déclaré qu’il était évident que les concessions foncières à échelle commerciale que le gouvernement accordait aux sociétés privées au sein des zones protégées étaient toujours responsables de la majeure partie des nouvelles déforestations.

Selon les données brutes, a-t-il indiqué, le Cambodge a perdu 2 132 km² de forêt en 2013 – presque 17% des 12 594 km² de forêt perdus par le pays sur la précédente décennie. Et sur les 2 132 km² perdus en 2013, M. Pellerin a ajouté qu’un peu plus de la moitié – 1 090 km² – se situait dans les concessions foncières.

« Ceci signifie que le gouvernement aurait pu empêcher 51% du déboisement en 2013 s’il n’avait pas accordé [des concessions] dans les zones forestières » a-t-il complété. « C’est considérable ».
Il a précisé que les nouvelles cartes montrent en outre que le déboisement ne se limite pas à l’intérieur des concessions mais se propage au-delà de leurs limites.

La législation du pays interdit aux détenteurs de concessions d’exploiter des forêts saines dans les étendues qui leur ont été accordées par le gouvernement. Quand les compagnies le font néanmoins dans leurs concessions, le gouvernement les défend souvent en prétendant que les forêts coupées – même des forêts protégées – étaient « dégradées ».

Les chiffres sur la déforestation publiés par l’Université du Maryland en 2013 ont révélé que plus des deux tiers du déboisement au cours de la précédente décennie ont eu lieu dans les zones où la couverture était la plus dense.

Les données de l’université sur le taux de déforestation au Cambodge diffèrent sensiblement des chiffres du gouvernement. Le gouvernement prétend que le pays n’a perdu que 0,5% de son couvert forestier entre 2002 et 2006. En 2010, il a déclaré que seulement 2% ont été perdus depuis 2006.
Chheng Kim Sun, directeur général de l’Administration forestière au ministère de l’Agriculture a indiqué cette semaine que c’étaient toujours les chiffres les plus récents du gouvernement. Il a ajouté que le gouvernement était en train de rassembler des données satellite de son côté et que de nouveaux chiffres pourraient être disponibles en 2016.

M. Kim Sun a précisé qu’il n’avait pas vu les données de l’Université du Maryland. Il n’a pas rejeté d’emblée leurs chiffres de déforestation mais a soutenu que la façon dont était calculée le couvert forestier et ses évolutions dépendait de sa définition de la forêt. Il a ajouté qu’il existait plus de 200 définitions du terme dans le monde entier. « Celà dépend du pays, du groupe, de la politique » a-t-il dit.

Le Cambodge et l’université s’accordent tous deux pour dire qu’il y a forêt uniquement là où la végétation fait au moins 5 mètres. Mais alors que le Cambodge considère qu’il suffit que 10% d’une zone soient couverts par ce type de végétation pour la qualifier de forêt, l’université semble exiger qu’au moins 25% de la zone soient couverts.

Traduction : Edith Disdet
Source (Zsombor Peter/Cambodia Daily) : New Maps show heavy deforestation in 2013
Photo : Eutrophication&hypoxia/Flickr

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