AlterAsia

Politique

Cambodge : des opposants politiques emprisonnés pour avoir vendu des tee-shirts

Sourn-Serey-Ratha-KPPM_Cambodge

Le tribunal de Phnom Penh a condamné mercredi Sourn Serey Ratha, dissident en exil volontaire, pour provocation, complot et entrave aux élections. Trois complices présumés ont eux aussi été condamnés pour complot et entrave aux élections.

Les quatre hommes ont été condamnés à des peines de 5 à 7 années de prison pour avoir distribué des fleurs et des tee-shirts pendant la tourmente des élections de 2013. La Licadho (ONG cambodgienne pour la défense des droits de l’homme) a déclaré que dans cette affaire, selon les procureurs la motivation était politique du fait de leur appartenance au groupe dissident – Khmer People Power Movement (KPPM) -( mouvement pour le pouvoir du peuple khmer)

Le président du tribunal Top Chhun Heng a annoncé : “Nous décidons de condamner Sourn Serey Ratha à 7 années de prison et à une amende de 25 millions de riels (environ 6 250 dollars) pour incitation à commettre un crime , complot et obstruction au vote”.

M. Serey Ratha, domicilié aux Etats-Unis, voyage souvent en Thaïlande. Il a été condamné par contumace. Les trois autres hommes sont en détention et vont commencer à purger leur peine. Seng Sok Meng a été condamné à 6 années de prison, Serey Bunlong et Um Phearun à 5 années chacun.

Les trois prisonniers ont été jugés parce qu’en 2013 ils transportaient des tee-shirts arborant le logo du KPPM pour les distribuer dans la province de Battambang et exhortaient les gens à ne pas aller voter à la prochaine élection nationale. Ils étaient aussi porteurs d’objets estampillées KPPM, des montres et des postes de radio.

M. Serey Ratha qui s’est chargé de l’impression des tee-shirts et autres objets, a également été accusé de provocation pour avoir tenté de distribuer 1000 roses jaunes aux policiers et soldats autour de Phnom Penh au lendemain des élections contestées. Ces roses portaient un autocollant demandant aux forces de sécurité de “tourner leurs armes contre le despote” en référence au premier ministre Hun Sen.

Le dissident cambodgien a ouvertement admis vouloir s’inspirer du Printemps arabe pour évincer Hun Sen du pouvoir mais rejette l’utilisation de la violence. Il déclare que son appel aux soldats età la police étaient une demande à protéger le peuple contre les violations des droits de l’homme du Premier ministre.

S’exprimant de Bangkok immédiatement après le verdict M. Serey Ratha a une fois encore proclamé son innocence et dit vouloir faire appel.

“Je n’ai commis aucun crime… je n’accepte pas ce verdict de culpabilité”, a-t-il déclaré. Ce jugement ce n’est pas la justice, ni pour moi, ni pour mes militants en prison.”

A sa sortie du tribunal après le verdict, M. Bunlong a déclaré vouloir également faire appel : “Cette décision est disproportionnée et injuste, je ne faisais que distribuer des Tee-shirts et des radios” a-t-il protesté “je ne peux accepter la sentence et je ferai appel”.

Au cours des deux jours de procès MM. Bunlong et Sok Mend ont admis le transport de colis du KPPM mais déclarent qu’ils en ignoraient le contenu et réfutent leur appartenance au groupe de M. Serey Ratha. M. Phearun, lui, a nié avoir transporté quoi que ce soit ou faire partie du KPPM.

Sok Sam Oeun, l’avocat des quatre hommes explique que ses clients exerçaient tout simplement leurs droits constitutionnels : “Parce que s’exprimer, c’est comploter, cela prouve qu’au Cambodge il n’y a pas de liberté d’expression” a-t-il déclaré à propos du verdict.

Am Sam Ath, le responsable technique de la Licadho a assisté aux débats et a annoncé que le gouvernement n’avait pas apporté de preuve formelle d’un crime et que cette affaire était purement politique. “Ces gens qui partent en prison sont innocents : “cessez l’instrumentalisation politique”, a-t-il demandé.

Sur le terrain, ce n’était pas clair si le Cambodge allait demander à la Thailande l’extradition de M. Serey Ratha. Certains fonctionnaires du ministère de l’Intérieur ont refusé de répondre, d’autres ne pouvaient être joints.

Malgré cette affaire M. Serey Ratha serait en passe de créer un parti politique au Cambodge – le Parti du Pouvoir Khmer -. Il a précisé que le processus devait continuer, toutes ses voies de recours n’étant pas encore épuisées.

Traduction : Michelle Boileau
Source (Zsombor Peter/Cambodia Daily) : Dissident plotters convicted over t-shirts

Print Friendly

Tagged

Voir aussi

Copyrights
Rejoignez-nous!
Je soutiens AlterAsia !

Ce n'est que grâce à vos dons qu'AlterAsia peut proposer une information alternative de qualité et gratuite. Soutenez-nous !

Vous pouvez choisir d'utiliser une carte bancaire si vous n'avez pas de compte Paypal en cliquant sur "Continuer" en bas à gauche de la page Paypal.