AlterAsia

Politique

Islam, politique et violence en Malaisie

AG 2012_UMNO
La dernière Assemblée générale de l’UMNO (United Malays National Organization : Organisation Nationale des Malais Unis), le principal parti de la coalition au pouvoir en Malaisie, a suscité de nombreuses contradictions. Alors que le Premier Ministre Najib Razak a insisté sur la nécessité pour le gouvernement de mieux prendre en compte les non-Musulmans, d’autres, comme le Dr Mashitah, célèbre prêcheur et ancien ministre, ont appelé à protéger l’Islam de la menace du sécularisme, du libéralisme et du Christianisme.

Du débat sur l’emploi du terme Allah pour désigner Dieu dans la traduction de la Bible en langue malaise à la discrimination de la minorité Chiite du pays, le gouvernement malaisien a adopté une approche conservatrice qui marque un tournant dans sa position sur l’Islam. Les révélations récentes de la présence d’une trentaine de combattants Malaisiens aux côtés de l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL) soulignent par ailleurs le durcissement en train d’opérer au sein d’une frange de la communauté musulmane de Malaisie.

Jouer avec le feu de l’islamisme

Depuis les années 90, le gouvernement malaisien a adopté des politiques islamiques afin de contrer la menace électorale incarnée par le Parti islamique de Malaisie (PAS, l’un des partis de la coalition de l’opposition). La course à l’Islam politique entre le PAS et l’UMNO a ainsi conduit à l’introduction d’une série de politiques islamiques dans le pays. Cette course s’est infléchie au milieu des années 2000 en raison de la stratégie de modération entreprise par le PAS. A la suite des élections de 2008, qui ont consacré le renforcement due la coalition des partis d’opposition Pakatan Rakyat (PR, L’Alliance du peuple, dont le PAS fait partie), l’UMNO a une nouvelle fois centré sa rhétorique sur la défense de la position de l’Islam dans le pays. Le débat sur l’emploi du mot Allah dans la Bible en langue malaise a ainsi été présenté comme un symbole de la défense de l’Islam par l’UMNO contre la menace chrétienne en Malaisie. Durant les élections de 2013, la menace du Christianisme a été agitée et instrumentalisée pour faire réagir les électeurs Malais et les inciter à donner leur voix à l’UMNO.

Plus récemment, l’UMNO a ouvertement soutenu le projet du PAS de mettre en place les Hudud (peines légales prescrites par le Coran) dans l’Etat du Kelantan. De son côté, le PAS voit aujourd’hui le débat sur la Charia comme une part importante de sa lutte d’influence. Depuis les élections de 2013, de nombreux leaders du PAS ont le sentiment que l’éloignement du parti de son orientation islamique a contribué à réduire les soutiens en sa faveur. L’incapacité d’Anwar Ibrahim, le leader de l’opposition, à lancer des consultations lors de la prise de décisions cruciales pour la coalition, telles que la récente manœuvre politicienne du Kajang Move, a convaincu certains membres de positionner le PAS comme un parti d’opposition prônant une ligne différente de celle du PR. Il est intéressant de noter que le tournant conservatiste de l’UMNO et du PAS a rapproché leurs programmes. Si certains observateurs jugent que cela finira inévitablement par conduire à une coalition entre le PAS et l’UMNO, plusieurs sources au sein du PAS objectent que la grande majorité des membres du parti seraient opposés à une telle alliance. Dès lors, le PAS et l’UMNO risquent de s’engager une fois encore dans une course à l’islamisation visant à faire de leur parti le « vrai champion de l’Islam » en Malaisie.

Normaliser l’intolérance : on récolte ce qu’on a semé

La récente découverte de la présence de Malaisiens recrutant ou combattant aux côtés de l’EIIL est une autre manifestation de ce tournant conservatiste en Malaisie. Les combattants de l’EIIL utilisent les technologies modernes de façon très poussée afin de répandre leur message. C’était notamment le cas de Mohamed Lotfi Ariffin, ancien membre du PAS de l’Etat du Kedah, qui combattait en Syrie et postait régulièrement des images et vidéos de lui et d’autres militants afin d’inciter de jeunes Malaisiens à rejoindre le combat. Lofti a finalement été tué le 20 juillet au cours des combats en Syrie. Mais au-delà des possibilités offertes par les médias sociaux, un grand nombre de politiques du gouvernement malaisien ont été instrumentalisées pour dessiner une mentalité propice au recrutement par des groupes extrémistes comme l’EIIL.

Print Friendly

Pages : 1 2

Tagged

Voir aussi

Copyrights
Rejoignez-nous!
Je soutiens AlterAsia !

Ce n'est que grâce à vos dons qu'AlterAsia peut proposer une information alternative de qualité et gratuite. Soutenez-nous !

Vous pouvez choisir d'utiliser une carte bancaire si vous n'avez pas de compte Paypal en cliquant sur "Continuer" en bas à gauche de la page Paypal.