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Le Noël de la répression au Laos

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Le gouvernement a choisi la période des fêtes pour réprimer le groupe ethnique Hmong.

Les festivités religieuses ont couramment servi de paravents aux sombres agissements des gouvernements. Ces derniers profitent bien souvent des périodes de fête pour mener à bien les actions les plus viles, notamment dans les pays les plus pauvres où les libertés personnelles sont considérées comme un luxe par le gouvernement.

En 1979, l’Union Soviétique de l’époque, qui avait envahi l’Afghanistan et le Vietnam, a profité des fêtes de Noël pour envoyer ses troupes au Cambodge alors que ses adversaires occidentaux ouvraient leurs cadeaux et savouraient la traditionnelle dinde de Noël en famille.

Une histoire comparable s’est déroulée en 1968 avec l’attaque qui a eu lieu durant la fête du Têt. C’est en effet lors des fêtes annuelles du Nouvel An lunaire que le Viet Cong a lancé sa plus grande offensive contre les positions américaines dans le Sud du Vietnam.

Pourtant, se dire que des mouvements militaires ou bien des répressions policières puissent passer inaperçues simplement parce que l’attention générale est ailleurs, en prise aux joyeuses fêtes et pèlerinages annuels, reste absurde.

Mais à l’ère du numérique et de la technologie mobile, tenter de dissimuler de telles actions semble encore plus ridicule. Les vieilles habitudes ont pourtant la vie dure.

Ce Noël, le gouvernement laotien, toujours sous la menace de sanction de la part de l’Occident pour ses atteintes aux droits de l’Homme, a décidé qu’il s’agissait du moment propice pour s’en prendre à son groupe ethnique Hmong qui n’a jamais accepté l’idée d’un Etat unipartite communiste.

Face à une majorité de Hmong chrétiens, les trouble-fêtes de Vientiane ont en effet décidé d’interdire Noël.

“Lors de la dernière répression, les croyants animistes et chrétiens lao et Hmong ont été arrêtés, torturés, tués ou ont simplement été portés disparus”, explique Philip Smith, le directeur du Centre d’analyse des politiques publiques (CPPA) de Washington. Il explique que la répression a été menée de manière systématique.

“Le gouvernement marxiste du Laos, qui travaille en coordination avec l’armée populaire vietnamienne et les autorités à Hanoi, continue sa politique visant à attaquer les croyants religieux indépendants qui souhaitent une liberté de culte hors du contrôle de l’Etat et des institutions religieuses étatiques ».

Le gouvernement du Premier ministre laotien Thongsing Thammavong a déjà attiré l’attention de la communauté internationale dans un tollé sans précédent suite à son échec à retrouver le réformateur agriculteur et social disparu Sombath Somphone ou à négocier avec les responsables de sa disparition il y a deux ans. L’enlèvement de M. Sombath par la police a été filmé. Depuis, cela n’a pas empêché certains médias de décrire cette disparition comme une “affaire insignifiante”.

Ventiane a subi des pressions diplomatiques de dirigeants politiques d’Europe, des Etats-Unis et d’Australie suite à l’enlèvement présumé de M. Sombath. Ces dirigeants ont demandé à l’Association des nations de l’Asie du Sud Est (ASEAN) d’intervenir. Mais l’ASEAN, typiquement, a été réticente à agir. Ces pressions ont eu lieu suite à la visite d’un parlementaire européen, Soren Sondegard, qui avait alors déclaré que le Laos était dans le déni concernant cette affaire.

Le traitement des Hmong, cependant, a touché un point sensible chez certains. Quand les missionnaires presbytériens sont arrivés au Laos en 1885, les communautés ethniques marginalisées comme les Hmong ont été séduites par leurs notions de dieu et de religion.
Bien plus tard, les Hmong se sont rangés du côté des non communistes lors des guerres d’Indochine et ont été armés par les Etats-Unis, opérant comme des insurgés dans les montagnes isolées qui séparaient le Vietnam du Laos avant 1975, quand beaucoup ont été contraints de fuir ce nouveau cadre de vie.

Ceux qui ont été abandonnés ont maintenu un faible niveau d’insurrection, irritant de façon constante les autorités. Mais ils sont toujours restés loin des yeux du public au cours des plus de trente années qui ont suivies, avant de faire l’objet d’un documentaire en 2002 par le journaliste australien Andrew Perrin et son collègue photographe l’australien Philip Blenkinsop.
Ce qui a déclenché la colère du gouvernement du Laos.

En juin 2003, le journaliste belge Thierry Falise, son collègue français Vincent Reynaud, leur traducteur et leurs guides ont été arrêtés pour avoir tenté de visiter les groupes Hmong après un procès au tribunal qualifié de farce judiciaire par des groupes de défense des droits de l’homme.

Depuis, la situation des Hmong ne s’est guère améliorée.

Le cas de Moua Toua Ter, un ancien leader résistant de la communauté Hmong qui continue d’être persécuté après avoir été déporté par la Thaïlande voisine en juin dernier, reste préoccupant. Le procès n’a pas eu beaucoup d’écho, alors que les autorités au Laos laissent entendre que des charges à son encontre sont en préparation, même s’il a déposé les armes plusieurs années auparavant.

D’après les rapports, Moua était parmi les Hmong qui combattaient auprès des Etats-Unis dans la “Guerre secrète” soutenue par la CIA au Laos durant la guerre du Vietnam. Après le mois d’avril 1975, il s’est retiré dans la jungle et a passé le plus clair de son temps en fuite – et est presque parvenu à se faire oublier – jusqu’à ce que M. Perrin et M. Blenkinsop redécouvrent la résistance Hmong affamée et épuisée.

Moua fuit en Thaïlande en 2006 avec 176 Hmong, principalement des femmes, des enfants et des personnes âgées. Il trouve ainsi refuge dans ce pays voisin où il finira cependant emprisonné après avoir tué par balle une femme laotienne et été reconnu coupable d’homicide.

Ses partisans ont déclaré que son acte était de l’ordre de la légitime défense contre cet agent du gouvernement laotien qui tentait de le ramener dans son pays d’origine. Moua a été déporté par le service d’immigration Thai après avoir purgé sa peine de prison.

Selon les Evangéliques, comme la Fondation EA, le Laos fait encore partie des pays qui portent le plus gravement atteinte à la liberté religieuse et qui « a explicitement déclaré son intention de vouloir en finir avec la Chrétienté ».

« Le gouvernement non seulement persécute durement les Chrétiens, mais poursuit également une guerre génocidaire contre la rétive minorité Hmong, mettant en œuvre des moyens militaires comme des actes de barbarie extrême, l’utilisation d’armes chimiques et des tactiques destinées à affamer leurs victimes ».

Il n’existe aucun groupe de soutien indépendant pour engager des poursuites mais des groupes de lobbying comme Amnesty and Human Rights Watch se plaignent régulièrement du manque de transparence et du refus des autorités laotiennes d’évoquer ouvertement et honnêtement ces allégations qui nuisent à l’image du gouvernement.

Tout ceci, ajouté au manque de volonté du Laos d’agir sur la disparition de Sombath Somphone, a fait l’objet d’une récente pétition signée par 82 ONG membres de l’ASEAN qui demandent à l’ASEAN d’abandonner son principe de non intervention dans les affaires internes de ses voisins, principe qui va l’encontre même de sa propre chartre.

Les principes généraux prévus dans la Charte de l’ASEAN reconnaissent en effet « la promotion et la protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales » en vertu desquels les ONG ont appelé la Commission intergouvernementale des droits de l’homme de l’ASEAN à intervenir.
Cependant, le Laos, toujours comparé à des Etats de la guerre froide comme la Chine de Mao et la Russie de Staline, continue d’ignorer ces requêtes pourtant raisonnables, particulièrement quand on les observe sous le prisme de la loi internationale.

« Etant donné le contexte, il n’y a toujours pas de Noël au Laos pour ceux qui cherchent à fêter et à cultiver leur religion en dehors de l’œil vigilant des autorités militaires et de la police secrète communistes à Ventiane et à Hanoi », affirme M. Smith du CPPA.

Traduction : Emeline Mainy
Source (Luke Hunt/The Diplomat) : Laos Holiday Crackdown
Photo : devittj/flickr

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