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Philippines : un salaire minimum à 310 EUR pour éviter la faim et les privations

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« Il faut des décennies pour ajuster les salaires mais les prix de la compagnie d’électricité Meralco, du gaz et de l’eau, augmentent souvent comme un claquement de doigts »

MANILLE – Aux Philippines, les salaires minimum n’ont jamais connu de hausses significatives depuis des années mais, dès le début de la première semaine de 2015, une partie non négligeable de ce salaire sera engloutie par l’augmentation des prix des services. Des hausses de prix accueillies par des plaintes que Malacanang a néanmoins essayé de minimiser.

Pourtant, des manifestations ont lieu et les manifestants se disent prêts à en organiser d’autres en demandant au public de soutenir la campagne en faveur d’une augmentation nationale de salaire substantielle. Mercredi (7 janvier), des travailleurs et des employés affiliés au réseau appelé « Unité de tous les travailleurs » ont organisé des débrayages de protestation en divers endroits du Grand Manille afin de faire pression pour la mise en place d’un Salaire National Minimum de 16 000 PHP par mois. Le groupe a lancé la campagne pour le salaire minimum national à la fin de l’année dernière. Depuis 1989, il n’y a pratiquement plus de salaire minimum dans le pays car le gouvernement a commencé à fixer des centaines de soi-disant salaires minimum.

Tout en continuant de réclamer un salaire minimum national, les groupes de travailleurs y ajoutent maintenant la revendication du retrait pur et simple des augmentations récemment imposées sur les tarifs du train (MRT et LRT) et sur le prix de l’eau. Bien que les services ferroviaires et de l’eau aient été construits et largement exploités grâce aux fonds publics, ils ont été privatisés au fil des ans sous diverses formes, débouchant sur une exploitation orientée vers les profits actuellement contestée et par voie de conséquence, sur des hausses des prix.

Terry Ridon, représentant du parti Kabataan, estime que rien que l’augmentation des tarifs des trains au début du mois devrait coûter aux travailleurs l’équivalent d’une heure de travail par jour. Ceci signifie que les travailleurs devront travailler plus longtemps pour maintenir leur niveau de salaire après avoir payé le train. Quant aux opérateurs privés, dirigés par des conglomérats contrôlés par les groupes Ayala et Pangilinan, on s’attend à ce qu’ils continuent à engranger les profits. Les dernières données disponibles montrent que les montants dépensés pour l’exploitation des trains sont inférieurs aux bénéfices provenant des ventes.

« Il faut des décennies pour ajuster les salaires mais les prix de Meralco, du gaz, de l’eau, augmentent souvent et juste comme ça » dit avec un claquement de doigts Maritess Bacolod, 44 ans. Elle est la présidente du Groupe des Pauvres en milieu urbain Kadamay dans la Région Capitale Nationale. A cause d’un accident de voiture il y a quelques années, elle doit maintenant marcher avec une canne mais elle participe toujours aux piquets de protestation comme celui organisé par « Unité de tous les travailleurs » devant le ministère du Travail et de l’Emploi ce mercredi.

Originaire de Barangay Corazon de Jesus à San Juan, Grand Manille, Bacolod a indiqué que la plupart des habitants de leur village travaillent sous un contrat « 555 » ou une simple période contractuelle de cinq mois, voire même plus courte. Elle a indiqué à Bulatlat.com qu’il y a des moments où on demande aux travailleurs contractuels de déjà préparer leur « endo » (fin de contrat) et de commencer à remplir les conditions pour un autre emploi, ce qui coûte généralement au moins 1 000 PHP (19,4 EUR).

« Les PPP (Partenariats Public-Privé) sont synonymes d’augmentations constantes du prix des services de base mais les salaires des travailleurs ne suivent pas », résume Bacolod. Elle a précisé que Kadamay soutient la campagne pour un salaire minimum national car la plupart des résidents des communautés urbaines pauvres viennent des provinces – «où que vous soyez, vous transpirez de la même façon pour faire le même travail, donc pour quelle raison être payé sur une base différente ? » demande-t-elle.

Indignation dans le secteur de la santé

Les travailleurs dans le domaine de la santé et du secteur public ont également tenu des manifestations mercredi (7 janvier) devant les bureaux de l’Autorité Nationale du Logement à Sandiganbayan, de l’Institut National du rein et de la Transplantation à Quezon et de l’Autorité de développement du Grand Manille à Makati.

« Les maigres salaires versés aux employés gouvernementaux mettent l’accent sur la répartition du budget national au détriment des gens et en faveur des élites » explique Ferdie Gaite, président national du groupe de travailleurs gouvernementaux COURAGE. Citant des données financières relatives à l’exploitation, par exemple, des réseaux LRT et MRT, Gaite exprime également ses doutes sur le fait que les « économies » provenant des réductions de subventions pour les trains iront vers d’autres services. Venant du service public, il a une bonne vision, d’une part, du déclin constant des subventions de l’Etat et la baisse correspondante des salaires et avantages sociaux des travailleurs du secteur public, et d’autre part, de l’augmentation des taxes et services gouvernementaux.

« Les salaires des agents de la santé du pays étaient déjà en piteux état avant les hausses des tarifs MRT – LRT et de l’eau », ajoute Jossel Ebesate, président de l’Alliance des agents de santé. Ces derniers ont exprimé leur écœurement de ce qu’ils décrivent comme des décisions gouvernementales qui font mal et détruisent leurs salaires.

Sous l’administration Aquino, les fonctionnaires deviennent de plus en plus des contractuels peu payés, avec une faible sécurité de l’emploi. Les agents de santé sont également les premiers à voir l’impact de la réduction des subventions de l’Etat dans le domaine de la santé et l’intrusion croissante de la gestion d’entreprise orientée vers les profits des hôpitaux publics. Dans plusieurs conférences de presse, ils ont indiqué que les Philippins allaient différer la recherche d’un traitement médical jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

Les agents de santé, surchargés et disposant de moins en moins de ressources gratuites, sont davantage sollicités pour faire face aux besoins de la population en soins médicaux.
Comme The Kilusang Mayo Uno, Courage et Kadamay, Ebesate estime que les travailleurs dans le domaine de la santé méritent un salaire national mensuel minimum de 16 000 PHP (310 EUR) dans tout le pays.

Le gouvernement n’a pas encore répondu à cette demande. Depuis l’arrivée d’Aquino à la présidence en 2010, son administration a accordé les plus faibles hausses de salaires même en comparaison des « maigres hausses » du passé consenties par les précédentes administrations. Parallèlement, les prix ont flambé car plus de secteurs ont été privatisés ou déréglementés et les gens n’ont aucun recours à part adresser une pétition à la Cour Suprême afin de limiter telle ou telle hausse (comme dans le cas des hausses folles de Meralco l’année dernière)
Pour Gloria Arellano, Présidente nationale du Groupe des Pauvres en milieu urbain Kadamay, il ne serait pas surprenant que dans les jours qui viennent le taux de pauvreté et de faim continue à augmenter. Elle dit que les pauvres sont écrasés par les démolitions et harcèlements divers qui les forcent à renoncer même aux emplois informels dont ils dépendent pour survivre. Elle dit que les pauvres n’ont pas d’autre solution que d’unir leurs efforts et soutenir la campagne pour des postes décents et des salaires minimum nationaux.

Traduction : Edith Disdet
Source (Bulatlat) : P16,000 minimum wage urged to avert more hunger, deprivation
Photo : Bulatlat

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