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Le calvaire des travailleurs immigrés en Thaïlande

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Deux récentes affaires soulignent combien la vie d’un travailleur immigré est difficile en Thaïlande.

La situation critique des travailleurs immigrés en Thaïlande a été mise en évidence par deux récentes affaires qui ont fait la une dans le monde entier. Premièrement, deux hommes originaires de Myanmar seront jugés ce mois-ci pour le meurtre sauvage de deux touristes anglais sur l’île de vacances de Koh Tao. Beaucoup pensent que les accusés sont innocents et de nombreuses inquiétudes ont été exprimées au sujet de l’enquête policière face aux allégations de torture des deux hommes afin obtenir des aveux sur lesquels ils sont revenus par la suite.

Dans le même temps, le militant britannique Andy Hall est confronté à une action en justice prolongée après avoir dénoncé des abus de travail dans l’industrie thaïlandaise des conserves de fruits. Hall a mené des recherches pour un rapport, publié par une ONG finnoise, qui soulignait des cas de traite des êtres humains, de travail des enfants, d’heures supplémentaires imposées et de violences contre des travailleurs dans une usine de la National Fruit Company. La société poursuit maintenant Hall pour diffamation. Malgré le rejet en octobre par un Tribunal de Bangkok d’un des quatre chefs d’accusation pour vice de procédure, il est menacé de sept ans de prison et pourrait être contraint de payer des millions de dollars de dommages et intérêts s’il était reconnu coupable des autres charges.

Phil Robertson, directeur adjoint du Département Asie de Human Rights Watch, a fustigé “ce spectacle de riches hommes d’affaires de l’élite Thai poursuivant les défenseurs des droits des travailleurs” : «  Aucune de ces affaires n’aurait dû donner lieu à des poursuites et le gouvernement Thai devrait être condamné pour le gaspillage de l’argent du contribuable dans ses efforts au nom des sociétés privées qui ne respectent pas les droits des travailleurs » a-t-il déclaré.

Il y a environ deux à trois millions de migrants provenant des pays voisins de la Thaïlande, la plupart sans papiers et originaires de Myanmar à plus de 80%, selon l’Organisation Internationale du Travail. Beaucoup ont fui les conflits ethniques, l’oppression et la pauvreté dans leur pays.

Les migrants représentent environ 10 % de la main d’oeuvre en Thailande et sont employés dans des secteurs divers comme la construction, l’agriculture, l’industrie manufacturière, la pêche et le travail domestique. Dans certains secteurs, comme le traitement des fruits de mer, ils représentent environ 90% des effectifs. Cependant, malgré leur contribution essentielle à l’économie thaïe, les travailleurs migrants sont trop souvent victimes d’exploitation, de bas salaires et de conditions de travail abusives. Souvent ils sont placés par des courtiers illégaux et doivent rembourser des centaines de dollars ou plus, ce qui signifie qu’ils sont piégés dans une forme de servitude pour dette.

Beaucoup gagnent bien moins que le salaire journalier minimum de 300 bahts (9$) et doivent travailler au-delà des huit heures quotidiennes prescrites par la loi. Selon les militants des droits du travail, ils ont rarement le jour de congé hebdomadaire auquel ils ont droit, et beaucoup ont de la chance s’ils obtiennent un jour de congé par mois.

Le travail sur les chantiers de construction et les bateaux de pêche peut être sale, dangereux et épuisant, et les travailleurs migrants sont souvent à la merci d’employeurs abusifs. Menaces et intimidation sont monnaie courante et des coups, viols et meurtres ont été rapportés par des groupes de défense des droits. Dans l’industrie de la pêche, où beaucoup d’hommes et de garçons migrants sont littéralement vendus par des courtiers, le meurtre est considéré comme « monstrueusement courant ». Selon une étude des Nations Unies de 2009, près de 60 % des 49 Cambodgiens hommes et garçons victimes de la traite des êtres humains pour travailler sur les bateaux de pêche ont raconté avoir été témoin d’un meurtre commis par le capitaine du bateau.
Cette année, dans son rapport annuel sur la traite des êtres humains, le Département d’Etat américain a dégradé la Thaïlande du rang 2 au rang 3, le niveau le plus bas. Les hommes, Birmans, Cambodgiens et Thaïs sont soumis à des travaux forcés sur les bateaux de pêche Thaïs qui sillonnent l’Asie du Sud-Est et au-delà ; certains restent en mer pendant plusieurs années, sont très peu payés, sont appelés à travailler 18 à 20 heures par jour, sept jours par semaine, ou sont menacés et physiquement battus.

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