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Mékong, la controverse s’amplifie

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Le projet de barrage de Don Sahong progresse malgré de sérieuses lacunes révélées par les experts du Mékong.

Une bataille fait rage au-dessus des courants tourbillonnants, des cuvettes rocheuses et des rapides sous les admirables chutes de Si Phan Don (Les 4000 Iles) – une zone humide unique au sud du Laos, – où une compagnie malaisienne cherche à construire un barrage hydroélectrique qui sème la controverse.

La richesse de la biodiversité du Mékong comprend près de 100 espèces de poissons migrateurs qui en traversant ces îles, participent à la sécurité alimentaire de 60 millions de personnes au Laos, en Thailande, au Cambodge et au Vietnam.

Une petite colonie de dauphins de l’Irrawaddy menacés de disparition s’ébattent dans les bassins le long de la frontière Lao-Cambodgienne. Une destination éco-touristique très appréciée, sa beauté originelle a grand besoin de la protection internationale en vertu de la Convention de Ramsar sur les zones humides.

La compagnie d’investissements malaisienne Mega-First et le gouvernement laotien ont prévu la mise en eau du barrage en 2015, à travers le très important canal Sahong. Le canal est la seule route des poissons migrateurs du Lac Tonle Sap au Cambodge et du Vietnam.

Carl Grundy-Warr, professeur de géographie à l’Université nationale de Singapour a déclaré au Diplomat : “Si cette zone humide particulière était protégée, elle pourrait entrer au patrimoine mondial, mais actuellement c’est loin d’être une réserve sécurisée. La progression du barrage de Don Sahong entraînera rapidement une dégradation écologique”.

Au lieu de préserver la richesse et la beauté de cet éco paradis, le gouvernement laotien préfère élever un barrage, construire un casino et installer une nouvelle zone de développement économique.

La bataille qui va s’engager en cette nouvelle année sera une bataille entre deux visions du futur de Si Phan Don : soit la conservation et l’extension de l’éco tourisme, soit l’invasion bruyante des équipes d’ingénierie et des lourds équipements de construction du barrage, défigurant le paysage et provoquant un conflit transfrontalier au Cambodge et au Vietnam.

Au cours de l’année 2014, les communautés cambodgiennes du Mékong avec l’appui des ONG ont été le théâtre de plusieurs manifestations anti barrage. Les ONG thailandaises ont condamné le projet et une pétition a été signée par les scientifiques du monde entier.

La commission inter-gouvernementale Mekong River (MRC, Commission du fleuve Mekong pour le développement durable du bassin du Mekong) a lancé une consultation préalable de 6 mois sur les barrages du Mékong. S’en sont suivis des forums nationaux et séparés en Thailande au Cambodge et au Vietnam.

Les plans du promoteur malaisien Mega First ont été examinés en détail lors de la consultation régionale qui s’est tenue le 12 Décembre à Paksé au Laos.

La délégation du gouvernement laotien siégeant au Grand Hotel Champasak de Pakse s’est contentée de suivre avec un mutisme méprisant l’appel de l’ONG Vietnam Rivers Network à suspendre la construction du barrage.

Avec autant d’eau déversée pour remplir le barrage de Don Sahong, les experts du Mékong ont évoqué l’éventualité que le trésor national que sont les magnifiques chutes de Khone Phaphen – les plus grandes d’Asie du Sud Est – puissent être dégradées et même perdre leur statut emblématique.

Nguyen Hong Phuong, directrice générale adjointe du Comité National Mekong Vietnamien exprime sa vive préoccupation. “Nous comprenons qu’à la saison sèche 50% du flux du Mékong sera dévié vers le Don Sahong, et cela est très important. Il faut retenir les 800 mètres cube d’eau par seconde déversés par le chutes de Khone Fall. Comment faire ? Le promoteur ne nous a pas apporté les preuves suffisantes.

Pêcheries

Chhit Sam Ath, directeur du Fonds mondial pour la nature au Cambodge avertit : “le barrage de Don Sahong va pousser le Cambodge et le Vietnam vers une crise alimentaire. Le projet est situé près de notre frontière. Auraient ils oublié que pour nous le poisson est vital et l’épine dorsale de notre économie ? Il est la base de notre alimentation et notre principale source de protéines.

Selon Terry Warren responsable britannique, à l’endroit où le Mékong rejoint les 4000 Iles, il se divise en 7 bras principaux entrelacés avec le Hou Sahong, de loin le plus large et le plus profond. La localisation d’un barrage à travers le Sahong bloquera l’unique voie de migration des innombrables poissons sur ce tronçon du fleuve.

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