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La reconversion des travailleurs migrants en Indonésie

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D’anciens travailleurs migrants trouvent une nouvelle responsabilisation dans la jungle bureaucratique de l’assistance juridique.

Comme de nombreux adolescents issus des campagnes, Bariyah, fille de paysans, n’avait pas beaucoup d’options à sa sortie de l’école secondaire dans le district de Kebumen, Province Java Centrale. Sa formation professionnelle en comptabilité était inadaptée dans une région ayant besoin de compétences agricoles. Quand son professeur lui a proposé de l’aider (ainsi que le reste de sa classe) à trouver du travail en Malaisie, ça semblait être une bonne aubaine. Cet enseignant était en fait un courtier, qui lui a trouvé une place dans une usine d’électronique à Kuala Lumpur. Bariyah a été amenée à signer un contrat sans en connaître suffisamment les termes. Sans le savoir, elle venait de contracter une dette de 800 $US envers l’agence de recrutement.

Seize mois plus tard, la société électronique a mis la clef sous la porte. Elle a été renvoyée dans ses foyers sans compensation et en ayant toujours une dette. On lui devait aussi six mois de salaire. L’agence qui avait garanti son contrat a refusé d’endosser une quelconque responsabilité pour la situation dans laquelle elle se trouvait. Déçue mais refusant de se laisser faire, Bariyah a cherché de l’aide auprès de Migrant Care, une organisation non-gouvernementale (ONG) pour les travailleurs migrants. Deux ans après, elle est Conseillère juridique au bureau de Migrant Care de Jakarta et étudie le droit à l’Université de Bung Karno.

C’est une histoire de plus en plus fréquente. Une ancienne victime qui milite par la suite dans le domaine de la protection des travailleurs migrants. Il y a de nombreux exemples similaires : le chef d’ ATKI (Association des Travailleurs Migrants Indonésiens) à Jakarta a été domestique à Hong Kong pendant 11 ans ; PMB (Soins pour les travailleurs Migrants) est dirigée par une femme qui a été victime de la traite à Taiwan ; un mois dans une prison saoudienne a suffi à Eko Yulianto, natif de Purwokerto, chauffeur, pour devenir un ardent défenseur des droits des travailleurs migrants au sein de l’organisation BMIAS (Travailleurs Migrants Indonésiens en Arabie Saoudite). La liste pourrait continuer.

Confrontés à des situations difficiles qui auraient facilement pu les détruire, ces migrants ont plutôt été motivés à combattre pour la justice : non seulement pour eux-mêmes mais aussi pour d’autres travailleurs migrants. « Cela m’a mise en colère de voir que des gens comme moi étaient mal traités simplement parce qu’ils n’avaient pas fait d’études et venaient de la campagne » explique Bariyah. « Maintenant j’étudie la loi comme une sorte de revanche personnelle et pour aider les gens qui se trouvent dans la même situation ».

Devenir un militant

De nombreux Indonésiens ruraux peinent à trouver du travail dans une économie agricole de moins en moins compétitive. Dans un tel contexte, la promesse d’un travail relativement bien payé à l’étranger est attractive. Des travailleurs qui ne s’étaient jamais aventurés au-delà des limites physiques et sociales de leur famille élargie se retrouvent ainsi dans l’agitation des métropoles d’Asie ou du Moyen Orient, bien qu’ils soient souvent confinés sous clef dans la maison de leur employeur.

Ceux qui ont suffisamment de chance pour décrocher un emploi dans un environnement relativement indulgent, comme à Hong Kong, sont exposés à une société civile dynamique bien versée dans le langage des lois internationales et des droits humains. Ils trouvent très rapidement leur chemin dans les divers organisations et mouvements créés par les églises ou d’autres groupes de la société civile pour apporter leur soutien à plus de 300 000 travailleurs migrants. Sur leur jour de congé, ils rejoignent des défilés dans les rues et des manifestations pour défendre les droits des travailleurs migrants. Leurs voix sont amplifiées grâce aux ONG locales et internationales présentes dans la ville. Nombre de syndicats de travailleurs migrants ont été en fait fondés à Hong Kong et ont seulement par la suite ouvert des délégations dans les pays d’origine des travailleurs migrants. A leur retour, beaucoup de ces travailleurs sont désireux de continuer la lutte.

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