AlterAsia

Tourisme

Projet d’un téléphérique touristique au Vietnam : un site de l’UNESCO menacé?

Son-doong-cavern

Une société prévoit de profaner la plus grande grotte au monde.

A plusieurs reprises, l’Administration nationale vietnamienne du tourisme s’est désagrégée dans la presse locale, souvent à cause de ces idées étranges pour la promotion du tourisme. Cela a été le cas récemment avec la création d’un téléphérique dans une grotte.

Une telle entreprise devrait au premier abord séduire le plus grand nombre. Le seul problème concerne son lieu d’implantation : le téléphérique de 212 millions de dollars doit être implanter dans la plus grande grotte du monde, désignée comme site du patrimoine mondial par l’UNESCO. La grotte, située à Son Doong au centre du Vietnam, – si grande qu’elle équivaut un gratte-ciel de 40 étages – est entourée de nuages à son sommet et abrite une jungle fantastique.

A l’heure actuelle, seule la compagnie touristique Oxalis dispose de l’autorisation d’amener environ 200 touristes par an à la grotte via une randonnée très difficile, dont le cout est de 3000 dollars par personne.

Le projet semble tout aussi stupide que celui de 2012, qui consistait à peindre les bateaux touristiques de la Baie d’Halong en blanc, ou le projet de droit d’entrée de 6 dollars dans le vieux quartier touristique de Hoi An (où se trouvent tous les restaurants et les boutiques de tailleurs célèbres), ou encore les plans de Vietnam Airlines de promouvoir le millénaire à Hanoi en proposant des vols à bas prix sur le pays.

Après tout, en inscrivant le parc national de Phong Nha Ke Bang et l’énorme grotte Son Doong au patrimoine de l’UNESCO, n’est-ce pas l’objectif du tourisme de profiter de son patrimoine naturel unique ? Mais l’infrastructure du téléphérique serait énorme et les dommages environnementaux presque inévitables, selon de nombreux experts.

« Le Vietnam semble avoir cette incertitude profonde envers la beauté naturelle et les paysages pittoresques des sites qui ne suffisent pas et doivent être “améliorés” par des téléphériques, des casinos ou encore des karaokés », a déclaré Pamela McElwee, professeure adjoint à l’Université Rutgers, aux médias locaux.

Cependant, le projet semble plus sérieux que les faux pas habituels du tourisme au Vietnam. Tout d’abord, le capital de 212 millions de dollars, constitue une somme importante, non négligeable. Deuxièmement, la société en charge projet est Sun Group, société basée sur la côte centre, possédant également l’hôtel InterContinental à Danang et beaucoup d’autres sites de la zone.

“J’ai l’impression qu’ils [les dirigeants de Sun Group] savent comment capitaliser sur le sentiment des dirigeants locaux – en leur donnant les chiffres du PIB et le nombre d’emplois prometteurs”, selon un journaliste local à Asia Sentinel. Bien que le projet soit peu explicite, la promesse de nombreux emplois et une augmentation rapide du PIB de la petite et pauvre province constituent des arguments favorables à ce grand projet.

L’immense grotte a été découverte en 1991 par un habitant de la région, Ho Khanh, et a été plus tard explorée par un groupe de l’Association britannique de recherches sur les grottes en 2009. Le site a fait très rapidement les gros titres et une photo du National Geographic l’a rendu célèbre. La petite échelle, comme infrastructure légère permettant aux visiteurs l’accès à la grotte a été plutôt bien accueillie par les opposants au tourisme de masse, qui déplorent les infrastructures de l’industrie touristique souvent perçues comme préjudiciables à l’environnement.

Le très vaste parc national Phong Nha-Ke Bang dans le centre de la province de Quang Binh reçoit beaucoup plus de touristes, nationaux et internationaux. Des bars, des restaurants, des salons de karaoké, ainsi que des activités moins salutaires sont présents en nombre dans les environs. Le tourisme dans la région a connu une croissance rapide.

A l’heure actuelle, les plans d’arpentage ont été approuvés par le gouvernement mais le processus a été – et cela sans surprise – non transparent et confus. En octobre dernier, la presse vietnamienne a annoncé que les autorités provinciales de Quang Binh avaient approuvé les études de faisabilité du téléphérique. Cette annonce a été critiquée par beaucoup, dont l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), l’UNESCO (qui dit réfléchir à la révision de la liste du patrimoine) et le spéléologue britannique à l’origine de la redécouverte de la grotte en 2009, Howard Limbert.

“Les dommages de la grotte de Son Doong seraient irréversibles, et les remontées mécaniques détruiraient les charmes immaculés du site et les sensations d’aventure que la grotte a à offrir », explique Limbert aux journalistes. « La construction du téléphérique endommagerait également les zones environnantes de la grotte”.

La semaine dernière, le ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme (distinct de l’Administration nationale vietnamienne du tourisme) a affirmé avoir bloqué les plans d’arpentage, puis a approuvé quelques jours plus tard l’étude de faisabilité du projet. Le protestation du public a été rapide : une pétition en ligne a reçu plus de 66 000 signatures du monde entier et du Vietnam. L’UICN a également condamné publiquement le projet ; la décision finale, repose, semble-t-il, sur les épaules du Premier ministre Nguyen Tan Dung.

L’année dernière, Dung a arrêté l’appropriation de terres appartenant à un sanctuaire d’ours sauvés à Tam Dao en périphérie d’Hanoï après un fort tollé international et des lettres de diverses ambassades (malheureusement, l’accaparement forcé des terres des agriculteurs vietnamiens n’a pas reçu le même niveau d’attention internationale). Si la pression internationale et nationale monte à ce point, cela pourrait aboutir au même résultat. Toutefois, Sun Group est un acteur bien plus important que ceux qui espéraient utiliser les terres de la réserve pour un projet touristique.

Sun Group semble être un acteur majeur dans l’implantation de téléphériques : il en installe un grand à Ba Na Hills, également au centre du Vietnam. A plus de cinq kilomètres, se trouve le téléphérique le plus long du monde, mais celui proposé pour Son Doong le dépasserait probablement pour atteindre 10,5 km de long, en passant par trois grottes. Les raisons invoquées par les responsables de Quang Binh pour la viabilité environnementale du projet comprennent les éléments suivants : d’une part, les nacelles seront suspendues et les gens ne pourront pas jeter leurs détritus (ce qui pose toujours un problème dans les lieux touristiques vietnamiens) et d’autre part, d’autres lieux du patrimoine de l’UNESCO, pas seulement ces caves uniques en terme écologiques, ont eux-aussi des téléphériques. Le projet, selon le PDG de Sun Group, Dang Minh Truong, répondrait de manière adéquate aux critères de développement durable de l’UNESCO.

Sun Group a également voulu construire ce qui, l’an dernier, aurait été la télécabine la “plus haute, la plus longue et la plus compliquée du monde” à Fansipan, la plus haute montagne d’Asie du Sud-Est. Ce dernier projet a amené un guide local, qui souhaite rester inconnu, à ironiser sur la situation : “ selon moi, la devise du tourisme vietnamien pourrait passer de “Les charmes cachés” à “la nation des téléphériques” ou à “la beauté de remontées mécaniques”.

“Les charmes cachés” constituaient un slogan décrié lors d’une campagne touristique ratée il y a quelques années. La source anonyme a encore un peu d’espoir sur la situation : “si l’UNESCO soulève ces préoccupations et envoie une lettre au Premier Ministre, cela aura un peu de poids… et si la pression du public s’intensifie, cela pourrait l’amener à donner son veto au projet. Je pense que maintenant la balle est dans le camp du Premier ministre”.

Traduction : Aliénor Simon
Source (Helen Clark/Asia Sentinel) : Vietnam cable car mania

Print Friendly

Tagged

Voir aussi

Copyrights
Rejoignez-nous!
Je soutiens AlterAsia !

Ce n'est que grâce à vos dons qu'AlterAsia peut proposer une information alternative de qualité et gratuite. Soutenez-nous !

Vous pouvez choisir d'utiliser une carte bancaire si vous n'avez pas de compte Paypal en cliquant sur "Continuer" en bas à gauche de la page Paypal.