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Philippines : Hacienda Luisita, 10 ans déjà et le combat continue

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10 ans après le massacre de l’Hacienda Luisita, les blessures sont toujours à vif : “Chaque fois que je le vois [le Président Bénigno Aquino III], mon cœur est accablé de chagrin et de colère ».

Le fils de Rosita, Jésus, le cinquième de ses dix enfants, est l’un des sept ouvriers agricoles tués lorsqu’il y a dix ans les forces de sécurité de l’Etat ont ouvert le feu contre les paysans en grève. Jésus avait 27 ans quand il a laissé derrière lui sa femme et ses deux filles. Quand nous avons approché Rosita pour l’interroger, elle a eu un gémissement. « C’est toujours douloureux, d’autant que son père est décédé lui aussi» a-t-elle dit en essuyant ses larmes avec un voile bleu clair.

Le mari de Rosita, Frederico ou Ka Pedring pour ses collègues travailleurs agricoles, était l’un des leaders les plus actifs de Alyansa ng Magbubukid sa Asyenda Luisita (Ambala). Frederico a succombé à une maladie aigue des reins il y a trois ans. Dans ses dernières heures, nous a raconté Rosita, Frederico a demandé à ses camarades fermiers de continuer à se battre pour la terre.

Personne n’a été poursuivi pour le massacre qui a eu lieu dans la vaste plantation contrôlée par le clan du Président Benigno Aquino III. Plus grave encore, la lutte pour la terre des paysans de l’Hacienda Luisita est loin d’être terminée.

Comme Rosita, Violeta Basilio, 47 ans, pleure toujours la mort de son fils unique, Jhaivie.
A cette époque, Jhaivie était ouvrier dans la canne à sucre au sein de Central Azucarera de Tarlac (TAC). Le soir, il suivait des cours dans une école de formation professionnelle dans la ville de Tarlac. Quand le syndicat de Central Azucarera de Tarlac (Catlu) et le Syndicat des Travailleurs Unis de Luisita (Ulwu) ont simultanément organisé des grèves, le jeune homme de 20 ans les a rejoints.

Durant des jours, Jhaivie est resté sur le piquet de grève à la Porte 1 de la CAT. Après le premier incident de la dispersion, quand les canons à eau et gaz lacrymogènes ont été utilisés par la police contre les travailleurs, Violeta a dit à son fils de rentrer à la maison. Mais Jhaivie était déterminé.

En ce jour fatidique du 16 novembre 2004, Jhaivie a reçu deux blessures par balles d’un M-14, un fusil très puissant. Violeta n’avait pas prévu de réaliser si tôt le souhait de son fils que soit jouée la chanson d’amour qu’il avait composée pour ses propres funérailles.

Isagani Pastidio a vu l’enregistrement des événements du 16 novembre 2004 quand ils ont été diffusés à la cour du village de Balete le soir du dixième anniversaire du massacre. Pour Isagani, ce retour en arrière était trop difficile à supporter. Lui et son père, Jaime, étaient sur le piquet de grève ce jour-là.

Isagani, 32 ans, les larmes aux yeux a raconté que lorsque les coups de feu ont été tirés, il a couru en direction des cannes à sucre. Il ne savait pas que son père avait été touché par les balles.

Isagani se souvient de son père lui disant, quelques jours avant l’incident, de prendre soin de ses quatre frères et sœurs. Jaime faisait office de père et de mère à la maison, la mère d’Isagani étant domestique à Manille pour augmenter les revenus de la famille.
A ce jour, Rosita, Violeta et Isagani sont toujours face à la perte de ceux qu’ils aimaient. Leur douleur est aggravée par l’absence de justice.

Après le massacre, tous ont participé au dépôt de plainte administrative et criminelle contre les militaires, les policiers et les responsables civils. Le bureau de l’Ombudsman (médiateur) a rejeté leurs plaintes.

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