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La sécurité alimentaire en Indonésie

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Joko Widodo suscite de grandes attentes, notamment parmi les millions de villageois qui ont voté pour lui. Son programme inclut 18 mesures pour remédier à un problème majeur pour l’Indonésie: la sécurité alimentaire. Le vice-président, Jusuf Kalla, travaille actuellement sur un plan pour atteindre la souveraineté alimentaire dans l’année.

Dans le passé, l’augmentation des prix des produits alimentaires a concordé avec la perte de pouvoir des présidents Suharto et Sukarno. Si l’insécurité alimentaire constituait déjà une menace pour la stabilité et le développement national, avec le changement climatique et la disponibilité fluctuante des matières premières sur les marchés mondiaux, la question de la nourriture provoque l’angoisse nationale.

Il y a cinq ans, la sécurité alimentaire constituait la 5è priorité nationale (sur 11) pour le gouvernement. Le pays n’a pas atteint ses objectifs d’autosuffisance dans le maïs, le soja, le sucre et la viande bovine, et un excédent de riz de 10 millions de tonnes d’ici 2014. Ce programme incluait le développement du secteur alimentaire via la production à grande échelle par des sociétés privées et publiques. Mais de nombreux ménages sont encore incapables d’accéder à la nourriture. Qu’en serait-il si l’autosuffisance devenait le but principal de la politique alimentaire?

Considérons une vision plus large. L’économiste indien Amartya Sen a remporté le prix Nobel après avoir posé une question simple : pourquoi une famine peut-elle se produire y compris lorsque la nourriture est facilement disponible? Il conclut que l’insécurité alimentaire est due à l’incapacité des pauvres à accéder à la nourriture plutôt qu’à un manque de nourriture. Ce qui suggère un autre problème : comment aider les pauvres à acquérir les moyens d’accéder à la nourriture?

La plupart des personnes en situation d’insécurité alimentaire en Indonésie vivent dans les villages. Ce qui pose d’autres questions : comment aider ces populations rurales pauvres à avoir accès à des terres productives ; protéger l’écologie de l’agriculture ; fournir l’accès aux intrants et au crédit ; développer le travail dans l’économie rurale ; réformer les marchés agricoles et déployer des filets de sécurité sociale efficaces pour les citadins pauvres.

Le Bureau de l’Indonésie de la logistique, Bulog, maintient une réserve de riz. Les importations sont restreintes pour protéger les agriculteurs du dumping de la nourriture étrangère à bas prix. Cependant Bulog seulement achète le riz à un prix plancher (HPP) à certains moments de l’année. Si bien que le sort de la plupart des agriculteurs est laissé entre les mains des spéculateurs et des commerçants qui manipulent les prix. En outre, le système fixe les prix du riz à 1 dollar par kilo au-dessus du prix mondial. Mais cela ajoute un fardeau pour les pauvres et incite au trafic illégal.

Les investisseurs de sociétés ont été invités à développer la culture du riz afin de nourrir les citadins, mais l’exploitation minière et le palmier à huile, en pleine expansion, ne leur laisse que peu de terrain, notamment dans le Kalimantan.

Dans le passé, l’Indonésie, l’Inde et la Chine avaient augmenté leur production de riz sans passer par l’agriculture à grande échelle. Le ministère de l’Agriculture dispose ainsi de programmes d’aide pour les petits agriculteurs. Ceux-ci visent à augmenter la fréquence de plantation des agriculteurs utilisant des variétés de riz hybride, fournir des plants, des engrais, de la technologie et de la formation de groupes d’agriculteurs. Cependant, après de longues années de négligence de la politique, les progrès restent lents.

L’Indonésie expérimente également sur le volet social. Cependant, avec 29 millions de pauvres et environ 40% de la population vivant autour du seuil de pauvreté, le ciblage est difficile. Une étude a révélé que seulement 30% des pauvres avait bien reçu les trois principaux programmes d’aide sociale. Le budget pour la sécurité sociale demeure faible : 1,2% du PIB (le niveau recommandé par la Banque mondiale est 2%).

En Inde, au Brésil et en Afrique du Sud, le droit à une nourriture suffisante est inscrit dans la Constitution. Des cas judiciaires, engagés par les acteurs de la société civile, ont conduit à la conversion de ce droit dans des programmes efficaces. L’Indonésie a inclus la sécurité alimentaire, l’autosuffisance et la souveraineté dans une nouvelle législation alimentaire.

Pourtant, le pays a besoin d’une formulation juridique explicite du droit à une alimentation adéquate pour garantir que les engagements politiques soient convertis en programmes qui traitent vraiment de faim. Malgré d’excellents concepts politiques, les programmes manquent de ressources et de capacités. Pendant ce temps, la tentation est de se concentrer sur l’autosuffisance alimentaire nationale. Mais le nœud du problème, qui concerne des millions de pauvres, peut être laissé de côté. Au-delà d’une simple mise au point sur les objectifs nationaux de production, il est temps les dirigeants de l’Indonésie portent leur attention sur ce vrai problème.

Source : Pr. John McCarthy/New Mandala

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