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Philippines : comment l’agriculture bio participe au droit à la terre des paysans

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Un projet de recherche de la Fondation IBON présente des cas où les communautés ont démontré que l’agriculture biologique peut permettre aux paysans pauvres et sans terres de revendiquer leur droit à la terre et être maitres de leur propre destin.

Aux Philippines, pour que l’agriculture continue de se développer, que ce soit en termes de modernisation ou de durabilité, il faut en premier lieu que les paysans aient un accès fiable à la terre. Ensuite seulement, il est possible de mesurer la viabilité de méthodes de cultures durables comme l’agriculture biologique. Les cas présentés par la Fondation IBON où les agriculteurs pauvres font de l’agriculture biologique une arme pour revendiquer leur droit à la terre et être maitres de leur destin ouvre des perspectives pour « un productivisme vert » aux Philippines car ce plaidoyer fait partie intégrante de la lutte pour une véritable réforme agraire.

Des communautés dites paysannes dans les provinces de Tarlac, Quezon, Camarines Sur, Bohol, Cebu, Negros, Davao et Cotabato prouvent que leur pratique de l’agriculture bio est solidement ancrée dans leur longue lutte pour la terre et l’émancipation des paysans. En l’absence de réseaux plus larges, le fait de pratiquer la culture biologique élève le niveau de sensibilisation des fermiers sur les difficultés plus sérieuses de l’agriculture philippine et leur donne confiance pour se rallier à un mouvement paysan plus large.

Voici quelques brillants exemples de productivisme vert organisé – que ce soit en étroite collaboration ou bien indépendamment du Magsasaka at Siyentipilo para sa Pag-unlad ng Agrikultura (MASIPAG ou Partenariat Agriculteurs-Scientifiques pour le Développement) et du Sibol ng Agham at Teknolohiya (SIBAT) – qui illustrent que non seulement le potentiel existe aux Philippines pour un productivisme vert mais qu’elles hébergent en fait quelques-uns des mouvements en faveur de l’agriculture durable les plus actifs au monde  :

Le Centre de Développent des fermiers (Fardec). Le Fardec, dans les Visayas Centrales, soutient le principe de la GARSA (réforme agraire véritable et agriculture durable) qui renforce les droits légitimes des fermiers à rester sur la terre et la garder productive. Il a affirmé l’importance d’impliquer toute la communauté dans l’introduction de la culture biologique afin que les cultivateurs ne retournent pas à leur ancienne façon de pratiquer l’agriculture, conventionnelle et individualiste. Ses efforts de pression sur le gouvernement participent également à faire progresser la cause des agriculteurs et la façon dont les politiques devraient être améliorées pour concrétiser le développement rural en général. Parmi les défis auxquels il fait face : rendre sains les sols détruits par des décennies d’agriculture chimique, briser la culture individualiste développée par l’agriculture chimique et la remplacer par l’esprit d’entraide du bayanihan, la militarisation des campagnes qui créé un climat de crainte et d’incertitude chez les paysans.

Groupe de Développement Paghida-et sa Kauswagan (PDG). Créé à une époque où la pauvreté et la faim régnaient au sein des populations de l’Ile Negros, le PDG a commencé par la production maraîchère biologique puis a élargi ses activités en fournissant des informations sur les lois, en particulier sur la réforme agraire et le développement rural. Il a continué avec l’organisation des communautés au travers de campagnes sur la réforme agraire, traité de problèmes fonciers concernant le riz, le maïs, le bétail, les légumes et finalement les zones de production de canne à sucre, s’est engagé dans les problèmes environnementaux comme l’exploitation minière et également dans les domaines de la santé de la communauté et les droits humains. Il regroupe maintenant 30 communautés comprenant des organisations populaires et des fédérations actuellement organisées sur la base de leur lutte pour la terre et le développement de la conscience politique.

Mapisan’s Kabuhian. Mapisan est un regroupement d’organisations paysannes en faveur de la réforme agraire, de l’agriculture durable, de la santé et de l’environnement entre autres et qui soutient les luttes pour la terre de membres agriculteurs comme Kabuhian. De sa dernière lutte pour la terre commencée en 1995 contre la propriétaire Hortencia Starke alors membre du Congrès, il a retenu les précieuses leçons suivantes : l’importance de l’accès libre à la terre pour leur permettre d’être décisionnaires et pour que l’agriculture biologique se développe, que la discipline et l’engagement sont des valeurs nécessaires pour contrer les tentations d’obtenir des résultats rapides avec l’agriculture conventionnelle et que l’unité est vitale pour gagner.

Kilusang Magbubukid ng Pilipinas (KMP) dans l’Ile Negros. L’association paysanne a débuté en 1987 comme l’Association des Petits Paysans et s’est ensuite développée jusqu’à englober 15 municipalités de l’Ile Negros. KMP-Negros mène notamment des campagnes sur les problèmes de fermage et autres relations de production abusives, sur les saisies de terres, pour la redistribution des terres dans les grandes haciendas, et pour un prix du riz au producteur plus élevé. Elle promeut la diversification des cultures et la production d’alimentation de base. Presque toutes les régions du Negros du Sud affiliées à la KMP pratiquent déjà l’agriculture durable. Elle continue à être confrontée à divers défis liés à ses engagements mais y fait face par des actions unies et consolidées. KMP-Negros a appris que grâce à la pratique de l’agriculture durable, les fermiers mesurent plus facilement les dangers des OGM, le mercantilisme de TNC et l’interdépendance des luttes pour une vraie réforme agraire et une agriculture durable.

Mamamayan Ayaw sa Aerial Spraying (Maas ou les Citoyens contre l’épandage aérien). Basée dans la Vallée de Compostella dans les provinces du Davao du Nord, du Davao du Sud et la ville de Davao, Maas a été fondée en 2006 au plus fort d’une campagne contre l’épandage aérien. Elle a travaillé en étroite collaboration avec des fermiers qui se sont plaints des conséquences sur la santé des pulvérisations aériennes effectuées dans les bananeraies par des sociétés agro-alimentaires y compris DeloFil, SUMIFRO et Ayala Highland en 2004, ce qui a conduit à une ordonnance de Davao interdisant les pulvérisations aériennes dans la ville. Maas se trouve dans une situation difficile en raison du silence du gouvernent et des compagnies sur la question. Maas a appris d’expérience que gérer des campagnes tactiques débouche finalement sur des gains plus importants, que l’unité et l’action sont essentielles pour que les campagnes se concrétisent, et qu’élargir les réseaux en vue d’un plus large soutien conduit aussi à la victoire.

Le défi n°1 rencontré par ces mouvements est l’absence de véritable réforme agraire de la part du gouvernement. Il est difficile de maintenir les bénéfices de l’agriculture durable si la réforme agraire n’est pas mise en œuvre. Il existe des cas patents où les propriétaires interdisent aux paysans de pratiquer l’agriculture durable simplement parce qu’ils n’ont pas de titres sur la terre. Et même si le terrain qu’ils cultivent leur est attribué, le gouvernement ne procure toujours aucune assistance ou subvention à l’agriculture biologique ni à l’agriculture en général.

La promotion constante de l’agriculture chimique intensive par le gouvernement est un frein majeur à la progression de l’agriculture durable ; l’agriculture biologique ne peut en aucun cas se développer aux côtés de l’agriculture chimique.

L’argumentation en faveur du productivisme vert est complémentaire au consumérisme vert actif en plein essor dans les pays développés. Elle vise à contribuer à sensibiliser le public aux bénéfices de l’agriculture biologique afin d’augmenter la pression sur l’Etat pour la poursuite de l’agriculture durable. Sa viabilité en tant que campagne durable repose sur les leçons qui viennent d’être présentées.

Traduction : Edith Disdet
Source (Bulatlat) : Green Acion PH sustainable agri-movmements among world’s most active
Photo : Roberto Verzo / photo on flickr

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