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Classe moyenne et démocratie ne vont pas de pair en Asie du Sud-Est

manifestations_thailande L’Asie compte les deux tiers de la population de la classe moyenne mondiale en 2030. Alors que les investisseurs et les entreprises ont déjà « fait le calcul », les analystes politiques commencent à peine à saisir ce que signifie la montée de la classe moyenne en Asie pour les gouvernements de la région, en particulier dans les pays non-démocratiques.
Est-ce que la classe moyenne demande plus de démocratie, un gouvernement représentatif, et un plus grand mot à dire dans la gestion de leurs pays? Ou bien se contente-t-elle d’Etats à parti unique, de régimes militaires, ou autocrates élus, tant que l’économie se développe et que leurs besoins matériels sont satisfaits? Ce qui est clair est qu’une importante population à revenu intermédiaire ne se traduit pas simplement par un état démocratique sain.

La «vieille classe moyenne» en Asie du Sud-Est aurait tendance à se retourner contre la démocratie dans le but de protéger ses intérêts. C’est ce que montre l’index de transformation Bertelsmann Stiftung, qui évalue la taille de la classe moyenne et la situation politique. D’après cet index, la transformation politique et sociale sont faiblement corrélées dans les pays asiatiques. Par exemple, la taille de la population à revenu intermédiaire de l’Indonésie est inférieure de moitié à celle de la Thaïlande, mais la démocratie y est plus avancée.

Pour savoir quel rôle politique la classe moyenne va jouer en Asie du Sud-Est, il vaut mieux tout d’abord tenir compte de sa diversité et parler « des classes moyennes », au pluriel. Une autre clé réside dans son histoire. Dans la seconde moitié du 20e siècle, les choix de développement de la région ont favorisé l’émergence d’une classe moyenne qui doit son existence à ces États autoritaires. L’identité de la classe moyenne n’a donc pas été créée dans un cadre démocratique ou de résistance à l’ingérence du gouvernement. Cet « arrangement » s’est fissuré avec la crise financière asiatique de 1997. Avec le développement des économies de la région après la crise, une nouvelle classe moyenne est née. Alors que les nouveaux arrivants considéraient la démocratie comme un outil utile pour s’approprier une part du gâteau national, la classe moyenne établie – relativement peu nombreuse et donc en situation d’insécurité – s’est mise sur la défensive, au point de favoriser les généraux royalistes en Thaïlande et le Nouvel Ordre de Prabowo en Indonésie… freinant ainsi le progrès démocratique.

Source : The Diplomat
Photo : Globovisión/flickr

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