AlterAsia

Environnement

Cambodge : Areng Valley, une première victoire pour la protection de l’environnement?

cambodge_moines_foretLe mouvement émergent en faveur de l’environnement du Cambodge pourra-t-il sauver la vallée Areng d’un barrage chinois?

L’histoire de la résistance locale dans la vallée Areng commence de façon familière : invoquant le «développement national» et le progrès économique, le gouvernement cambodgien avait planifié – sans consultation publique préalable – la construction d’un barrage hydroélectrique dans une région connue pour sa riche biodiversité et ses communautés autochtones.

Mais contrairement à ce que l’on pourrait attendre, face à la dégradation écologique, à la perte des moyens de subsistance traditionnels et à la perturbation de la culture autochtone, les villageois locaux, soutenus par des ONG locales et les groupes environnementaux, refusent de baisser les bras pour sauver leur vallée.

La vallée Areng est située dans la forêt Cardamomes, une aire protégée de 400 000 hectares pour être l’une des dernières forêts naturelles intactes du pays dans la province de Koh Kong. La vallée abrite une communauté ethnique Chong depuis des siècles, et sert d’habitat pour des espèces d’animaux et de poissons rares et menacées, dont le Arowana asiatique, l’éléphant d’Asie et Crocodile du Siam.

Le gouvernement cambodgien envisagerait au moins onze barrages dans les Cardamomes. Les premières propositions de barrage Meas Areng sont apparues à la fin de 2006, lorsque China Southern Power Grid (CSG) – l’une des grandes entreprises du réseau électrique de la Chine – a signé un protocole d’entente avec le ministère cambodgien de l’Industrie, des Mines et de l’Energie (MIME) pour mener une étude de faisabilité. En 2008, le schéma proposé devenu public, des groupes de protection de l’environnement, comme l’ONG britannique Fauna and Flora International, ont exprimé leurs inquiétudes. Face à la controverse, la CSG s’est retirée du projet, invoquant des préoccupations sur l’impact environnemental. Elle a cependant été remplacée par une autre grande société chinoise de production d’électricité : China Guodian. La société a signé un protocole d’entente avec le gouvernement cambodgien en novembre 2010 pour compléter l’étude de faisabilité du barrage Meas Areng… avant de se retirer par manque de rentabilité du projet. Le barrage, qui aurait dû être construit pour environ 400 millions de dollars, n’aurait généré que 108MW d’électricité.

Pourquoi la Sinohydro Resources Ltd., une autre holding chinoise de construction de barrage a repris le projet en 2012 était donc un mystère. Des organisations comme International Rivers, dénoncent le fait que ce projet de barrage hydroélectrique n’est qu’une excuse pour exploiter les ressources naturelles de la vallée Areng. En effet, les sites de barrages servent souvent de plaque tournante pour les activités illicites (braconnage, exploitation de bois de luxe (souvent destiné au marché chinois) et exploitation minière illégale. Sans parler de la corruption.

Or les entreprises chinoises ont tendance à s’emparer de marchés considérés « à risque » pour les Occidentaux, du fait du manque de réglementation. Mais leur activité est également motivée politiquement. Les barrages hydroélectriques chinois jouent un rôle clé dans ce qu’on appelle « l’offensive douce » du pouvoir de Pékin dans la région, en vue de «jeter des ponts» avec ses alliés stratégiques.

Durant les six derniers mois, les villageois vivant à proximité du barrage prévu – dont la majorité sont de l’ethnie Chong – ont réussi à empêcher l’entrée de fonctionnaires et d’ingénieurs chinois. Cependant, la dernière tentative plus tôt ce mois-ci aboutirait à la détention de onze villageois, dont un membre de Mother Nature.

Plus tôt en octobre, Sam Rainsy, leader du parti d’opposition CNRP, a annoncé publiquement que Hun Sen avait confirmé qu’il n’y avait « pas encore de décision prise » pour construire le barrage et que ce dernier «pourrait être reporté… pour laisser la prochaine génération décider ». Ce que le Premier ministre n’a pas démenti. Et malgré une précédente annonce officielle que le barrage devrait être achevé d’ici à 2020, aucune autre tentative n’aurait été faite par les autorités pour s’introduire dans la vallée.

Les circonstances de cet arrêt ne sont pas claires, mais pour les habitants, les militants et les défenseurs de l’environnement, cette suspension ou annulation témoigne de leur campagne sans relâche pour protéger la vallée. Et s’ils restent prudents, il n’en reste pas moins qu’ils constituent un exemple de la façon dont une campagne populaire a réussi à obtenir une résonance politique suffisante pour entraîner un débat politique de haut niveau à l’échelle nationale.

Source : Dr Pichamon Yeophantong/The Diplomat
Photo : The Alliance of Religions and Conservation/Flickr

Print Friendly

Flattr this!

Tagged

Voir aussi

Copyrights
Rejoignez-nous!
Je soutiens AlterAsia !

Ce n'est que grâce à vos dons qu'AlterAsia peut proposer une information alternative de qualité et gratuite. Soutenez-nous !

Vous pouvez choisir d'utiliser une carte bancaire si vous n'avez pas de compte Paypal en cliquant sur "Continuer" en bas à gauche de la page Paypal.