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L’émergence de l’opinion publique dans la politique au Cambodge

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Les dirigeants ne peuvent plus ignorer la voix de la rue.

L’élection de juillet 2013 a été un moment crucial pour la politique du Cambodge. Quoique leurs intentions aient été différentes, les factions politiques et le peuple ont pu parvenir à un consensus : il était temps de s’attaquer sérieusement aux réformes. Les yeux rivés sur le chaos et les violentes manifestations qui ont suivi (en janvier dernier, ndt), le rôle joué par l’opinion publique dans le changement du paysage politique du pays, même s’il est devenu plus évident ces derniers mois, n’a été que peu remarqué.

Compte tenu de la fragilité de la démocratie au Cambodge, le manque d’intérêt pour l’opinion publique n’est pas surprenant. Depuis son indépendance en 1953, le pays a connu de longues périodes de turbulence politique, et ses heures les plus sombres lors de l’arrivée au pouvoir des kmers rouges, responsables du meurtre d’environ 1,7 million de personnes et de la quasi destruction du pays.

Tout au long des années 1980, le Cambodge s’est empêtré dans une autre longue guerre civile entre la République Populaire du Kampuchea, le précurseur du Parti du peuple cambodgien (PPC) – le parti au pouvoir – et les mouvements de résistance. La signature des Accords de Paix de Paris, le 23 octobre 1991, a mis fin au conflit mais un nuage d’incertitude a continué de planer sur le pays. Le Cambodge, cependant, se rapprochait de la démocratie.

L’organisation des élections de 1993, sous l’égide de l’Autorité Provisoire des Nations Unies au Cambodge (UNTAC ) est la conséquence la plus évidente d’une démocratie qui a par la suite mené au développement des médias traditionnels comme les stations de radio, les journaux en langue étrangère et les journaux d’opposition. Tous ces changements ont fourni politiciens les moyens de mieux comprendre les préoccupations et les besoins de millions de Cambodgiens.

Même si, les hommes politiques, par le biais d’enquêtes d’opinions ont cherché à collecter un maximum d’informations, leur objectif principal n’était qu’une simple amélioration de la politique actuelle. L’hypothèse générale du gouvernement cambodgien est que les gens ne sont pas aussi raisonnables qu’on le croit, et que beaucoup ne se comportent pas au mieux de leur intérêt personnel. Il va donc de la responsabilité des dirigeants de prendre pour eux les décisions difficiles qui s’imposent. Ce point de vue a formé la vision de l’opinion publique par les dirigeants politiques.

Toutefois, cela n’a pas empêché l’opinion publique d’être au centre de la politique cambodgienne. Bien que souvent considérées comme le porte voix des pauvres, des personnes les plus vulnérables ou démunies, les organisations de la Société civile (OSC) ont proliféré depuis 1993 et elles ont fini par s’imposer en travaillant sur un large éventail de revendications. Le fait que ces organisations obtiennent souvent l’aide financière des pays occidentaux les rend équivoques aux yeux du gouvernement et les confrontations ne sont pas rares.

Depuis le début des années 2000, les donateurs et les organisations internationales telles que la Asia Foundation et l’International Republican Institute, ont mené de grandes enquêtes au Cambodge. Celles-ci portent sur des questions épineuses comme la corruption, le système judiciaire et les droits de l’homme. En réaction, le gouvernement Hun Sen tend à réfuter ces résultats, accuse les organisations de se ranger du côté de l’opposition et d’induire le peuple en erreur.

L’utilisation croissante des techniques de l’information au cours des dernières années a sans doute été l’un des facteurs déterminants de la transformation de l’opinion publique en une des forces les plus importantes du pays. Selon le Ministère des Postes et Télécommunications le nombre d’abonnés au téléphone mobile a atteint 20 millions en 2013 et le nombre d’utilisateurs d’internet 3,8 millions. Dans le même temps les réseaux sociaux ont dénombré en 2012 près de 740000 comptes Facebook.

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