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Birmanie : le génocide contre les Rohingyas franchit une nouvelle étape

burma0413_reportcover Le mois dernier, le ministre des Affaires étrangères du Myanmar, Wunna Maung Lwin, a annoncé aux délégués à l’Assemblée générale de l’ONU la finalisation d’un «plan d’action» pour l’État de Rakhine, où a lieu la plus urgente crise des droits humains du pays.

Le ministre a affirmé que cette stratégie a été conçue pour assurer « la paix, la stabilité, l’harmonie et le développement » pour « toutes les personnes » dans la région et exhorté la communauté internationale à « contribuer de manière pragmatique et objective » à leur plan, de sorte qu’une «solution durable» pour les problèmes dans la région puisse être trouvée.

Après un première vague de violence, le président du Myanmar Thein Sein avait déclaré que le seul remède aux tensions dans l’État de Rakhine serait d’envoyer les Rohingyas dans un pays tiers ou bien de les garder dans les camps de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), rappelant que selon lui cette minorité était composée d’immigrants illégaux du Bangladesh, et non de Birmans.

Le projet actuel ne propose qu’une modification mineure de cette politique fortement critiquée. Dans ce document, les Rohingyas, qui ont été rétrospectivement dépouillés de leur citoyenneté dans une loi votée par l’ancienne dictature militaire en 1982, se voient offerts la chance de retrouver ces droits s’ils se soumettent à un «exercice de vérification de leur citoyenneté » dans lequel les participants devront s’auto-identifier comme « Bengalis », conformément à la position du gouvernement.

Ceux qui refusent ou qui ne parviennent pas à produire les documents prouvant leur présence dans le pays depuis des générations, seront détenus dans des «camps temporaires» et réinstallés de force à l’étranger avec l’aide du HCR.

Le nombre de ceux qui sont condamnés à ce sort pourrait être très important car de nombreux Rohingyas refuseront ce programme de vérification, alors que d’autres ont perdu la documentation officielle de la présence de leur famille au Myanmar. En outre, étant donné que le HCR a de nouveau exclu toute implication dans une troisième opération de transfert de pays, ceux Rohingya refuser la citoyenneté face à la perspective d’être forcé de rester dans les camps «temporaires» indéfiniment.

Selon Phil Robertson, directeur adjoint de la division Asie de Human Rights Watch, si ce plan est mis en œuvre, « un nouvel apartheid birman » pourrait avoir lieu, dans lequel la minorité serait définitivement «verrouillée dans les camps, dépourvue de moyens de subsistance, d’éducation, de santé et d’espoir. »

Les groupes de défense des droits, dont Projet Arakan, craignent également que les Rohingyas ne soient déjà l’objet d’une classification illégale en tant Bengalis, sans leur consentement et même sous la menace de se voir retirer des terres ou de violence physique. Ils ont eu des témoignages et une copie des formulaires utilisés dans ces exercices d’enregistrement classifiés «top secret», et dans lesquels la colonne de l’appartenance ethnique ne permet aux Rohingyas de n’être enregitrés que comme «Bengalis».

Ces mesures, auraient été accompagnées d’une intensification des opérations de sécurité de la Garde police des frontières (BGP) contre les communautés soupçonnées d’avoir des liens avec l’Organisation de solidarité Rohingya (RSO). « Selon nos sources, 43 personnes ont été arrêtées pour leurs liens présumés avec LRO, certains ont été torturés en détention. Nous croyons qu’un homme est mort des suites de cette torture », dit-elle.

Dans ce contexte de violence et d’intimidation, le plan de vérification de la citoyenneté devrait se poursuivre. D’après certaines sources proches des milieux diplomatiques, confirmées par d’autres sources au sein des camps, les responsables américains soutiendraient ce plan, ainsi que d’autres représentants étrangers, notamment de Turquie et du Bangladesh.

Compte tenu de la probabilité d’une résistance largement répandue, il est possible ce plan mènera à un nouveau nettoyage ethnique par le déplacement forcé de centaines de milliers de Rohingyas.

Source : The Diplomat

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