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Le rôle des Evaluations d’impact environnemental (EIE) dans l’accaparement des fleuves

Les barrages hydroélectriques sont techniquement considérés comme énergie propre. Pourtant, leur construction et leur exploitation ont de graves répercussions sur la santé des rivières et des communautés. Dans ce contexte, pourquoi les Évaluations d’impact environnemental (EIE), destinées à prévenir ces conséquences négatives, sont-elles rejetées par les communautés?

op-khan-river Selon la Commission mondiale sur les barrages, les projets hydroélectriques ont forcé entre 40 et 80 millions de personnes dans le monde à quitter leurs terres au cours des six dernières décennies. Beaucoup de communautés se battent toujours contre d’anciens barrages et la construction de nouvelles. Parmi celles-ci, le village de Mae Khanil Tai dans la province de Chiang Mai dans le nord de la Thaïlande.

«Nous pouvons rester ici dans la forêt, sans argent, mais nous ne pouvons pas rester dans la ville sans argent. L’argent pourrait nous soutenir pendant une courte période, mais la forêt et des rivières peuvent nous soutenir pour des générations », explique Pan Junkaew, 57 ans, le chef du village de Mae Khanil-Tai. Environ 56 foyers vivent dans ce village, situé dans le bassin de la rivière Mae Khan Op parc national Khan, prévu pour devenir le réservoir du barrage de Mae Khan, ce qui nécessiterait de submerger plus de 320 hectares.

De 1994 à 1997, le ministère royal de l’Irrigation (RID) avait réalisé une étude de faisabilité lors de laquelle les villageois avaient exprimé leur opposition, selon Living Siam River, une ONG régionale basée en Thaïlande.

En théorie, tout projet de développement ou toute activité qui peut avoir de graves répercussions sur la communauté et le milieu environnant, nécessite une Etude d’impact environnemental (EIE), menée par le minisère de l’Irrigation. Selon la loi thaïlandaise, une EIE est obligatoire, en particulier sous la Constitution thaïlandaise 2007 : les articles 57, 66, 67 et la Loi de 1992 sur le Renforcement et la conservation de la qualité de l’environnement national.

« Ces études sont utilisées pour arrêter ou démarrer un projet, mais également pour prévenir, atténuer ou réduire des impacts négatifs. En règle générale, une EIE vise à évaluer le projet en fonction de critères de développement durable pour la société », explique Songkrant Pongboonjun, un avocat de Earth Rights International.

Cependant, en réalité, des Etudes ont été menées à plusieurs reprises de manière incomplète ou insuffisante, et sans la participation des populations. Les rapports d’EIE sont également souvent tenus à l’écart du public.

En théorie, conformément à l’article 57, une personne a le droit de recevoir des explications avant que l’autorisation d’exploitation ne soit accordée si un projet peut affecter la qualité de l’environnement. Une communauté locale a donc le droit d’exprimer ses préoccupations. Cependant, les « EIE sont vouées à accepter tout projet », note l’avocat de Earth Rights, adressant ici l’une des principaux reproches faits à ces études d’impact.

Si bien que pour les villageois de Mae Khanil-Tai, sans EIE, il n’y aura pas de barrage. Toutes ces années, la société Punya Consultant, a essayé de recueillir des données pour l’évaluation de l’impact sur l’environnement, sans la coopération des villageois, qui rejetaient le personnel hors de leur village.

Plusieurs cas de barrages dans la région du Mékong inférieur (le barrage de Maewong en Thaïlande, le Nam Theun 2, les barrages Xayaburi et Don Sahong au Laos et les barrages Sé San 2 et Strung Treng au Cambodge), montrent que les EIE ont surtout servi à donner l’accord de saisir les rivières, plutôt qu’à planifier une durabilité.

Noppadol Kowsuvon, chef de l’Irrigation et des Transports, au Bureau Royal de l’Irrigation à Chiang Mai, souligne que les autorités ont besoin de la participation de la population. Sans cela, une EIE ne peut pas être émise et le projet ne peut pas être lancé. Selon lui, les villageois ne veulent pas changer leur mode de vie car ils sont trop préoccupés par leur propre entreprise de tourisme. Pendant ce temps, Chiang Mai sera inondée en saison des pluies et les agriculteurs du Nord seront confrontés à des pénuries d’eau pour les plantations agricoles en saison sèche.
« Le barrage est censé résoudre ces problèmes », a déclaré Noppadol.

« L’affirmation selon laquelle le barrage Khan Mae sera utilisé en prévention des inondations est une fausse-excuse », répond Sayan Khamnueng, membre de Living Siam River. Il rappelle que le site du barrage de Mae Khan est proposé en aval, après la ville de Chiang Mai. Par conséquent, le barrage peut difficilement prévenir les inondations; il servira plutôt à stocker et à détourner de l’eau afin de soutenir les zones industrielles dans la province de Lamphun, près de Chiang Mai.

Selon l’Autorité thaïlandaise des sites industriels, la demande globale en eau pour Lamphun Industrial Estates I et II est estimée à 24 760 m3, soit 24,7 millions de litres par jour, comparativement à environ 120-300 litres de consommation d’eau par personne et par jour dans la province de Chiang Mai.

Le 4 Septembre 2014, le Comité de gestion de l’eau (WMPC) a tenu une audience publique, lors de laquelle les villageois de Mae Khanil Tai ont remis une pétition demandant l’arrêt du barrage de Mae Khan.
Les articles 66 et 67 de la Constitution de 2007 prévoient que les communautés locales ou traditionnelles ont le droit de conserver ou de restaurer leurs coutumes, leurs connaissances locales et la culture traditionnelle dans la gestion, l’entretien, la préservation et l’exploitation des ressources naturelles. Ils établissent en outre, qu’une personne a le droit de participer, conserver, préserver, protéger et promouvoir la durabilité de l’environnement et le bien-être de la vie. Tout projet ou activité susceptible d’affecter gravement la communauté dans la qualité de l’environnement, des ressources naturelles et la santé devrait en conséquence être refusé. Pourtant l’incertitude règne.

À propos de l’auteur: Paw Siriluk Sriprasi est un journaliste et chercheur indépendant, mais auss co-fondateur de iMekong.org, un réseau de promotion de médias pour les jeunes journalistes et militants écologistes.
Source : Prachataï

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