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Cambodge : le combat des travailleuses du sexe transgenres contre la stigmatisation

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Krel Pao se regarde dans le miroir pendant qu’elle se poudre le visage et met du rouge à lèvres. Madame Pao, 40 ans, s’identifie elle-même comme une « ladyboy » et une travailleuse du sexe qui se bat contre le SIDA. Sa vie est le sujet du nouveau documentaire de Vanna Hem « Karma », un film de 39 minutes diffusé au Cambodge lors d’une projection gratuite au Meta House, le 12 octobre dernier.

Le documentaire débute avec Mme Pao dans son ancien domicile, près de la gare ferroviaire de Phnom Penh, qu’elle partage avec Srey Leak, 23 ans, une autre prostituée transgenre.

Alors que Mme Pao nettoie leur quartier sordide, Mme Leak se réveille, le visage durcit par le maquillage de la veille. « Veillez sur la maison » crie Mme Pao à ses chats alors qu’elle quitte la maison. « Je dois sortir et chercher des garçons. »

Madame Pao, née homme biologiquement, a commencé à s’habiller comme une fille depuis l’âge de 7 ans, raconte-t-elle. Rejetée par sa famille, elle a déménagé à Phnom Penh et est devenue prostituée.

« C’est… une difficile histoire à entendre », témoigne Vanna Hem, le réalisateur de « Karma ». Ce film, dont la réalisation a pris un an, a été écrit, réalisé et produit par Vanna Hem, avec l’aide de trois bénévoles. Il se concentre sur l’intimité entre les deux femmes face au rejet de la société.

« Je ne pense pas que les gens ou le gouvernement se soucient (des personnes transgenres) parce qu’elles sont très exploitées et qu’elles n’ont pas les mêmes droits que les autres. J’avais besoin de soulever ce problème », explique le réalisateur de 29 ans. « A travers mes recherches – j’ai interviewé 50 ladyboys – je me suis rendu compte qu’ils ont tous des histoires très proches : ils ne trouvent pas de travail, n’ont pas fait d’étude, parfois même (pas) d’examens de santé… D’année en année, cela s’améliore un peu, mais je vois toujours que ce genre de questions restent un gros problème ».

Mme Pao a eu ses bons jours, quand elle pouvait gagner 2,50$ pour une fellation et 3,75$ en couchant avec les clients, dont la plupart ignorent qu’elle est transgenre. « J’ai mes petites astuces pour les embrouiller », dit-elle dans le film.

Mais maintenant ses charmes de jeunesse se fanent, et avec eux ses moyens de subsistances.

Le film offre un regard intime dans la routine des deux femmes – s’habiller, se coiffer, allumer de l’encens pour prier avant d’aller dans les rues. Mais le côté sombre est palpable : Mme Pao raconte souffrir de violence, et Mme Leak évoque le moment où elle a été violée par un gang, quelques mois après avoir commencé à se prostituer. Plus tard, Mme Pao découvre qu’elle est séropositive.

« Ce n’est pas facile », explique Vanna Hem du projet. « Il faut réussir à établir une grande confiance avec les protagonistes du film. Si vous ne prenez pas le temps d’établir cette confiance, vous ne les approcherez jamais et ils ne vous révèleront jamais leur vraie histoire ».

Le film a été financé en partie par une bourse de Document Our History Now , une fondation hollandaise qui soutient les réalisateurs, photographes et journalistes d’Asie du Sud-Est dans la documentation des communautés lesbiennes, gay, bisexuelles et transgenres (LGBT). La production est aussi soutenue par DocNet Southeast Asia, une initiative de l’Institut Goethe qui stimule la réalisation de documentaire dans la région.

Le film présente des interviews avec l’activiste des droits des transgenres Sou Sotheavy et du fondateur du groupe de défense des droits de l’homme Licadho, Pung Chhiv Kek, ainsi que celle d’un moine, Ioeung Harmony, qui prêche pour l’acceptation des personnes LGBT. Le titre du film vient de sa description qu’être né queer n’est pas un choix – c’est le karma d’une vie antérieure malheureuse.

Dans cette vie, Mme Pao veut une opération de changement de sexe et le droit d’être légalement mariée. Mme Leak, quant à elle ne trouve la consolation que dans la perspective de sa réincarnation. « Cette vie… nous est vraiment fermée » , conclut-elle.

Traduction : Marie-Estelle Piard
Source (Cambodia Daily): In new film, transgender sex workers battle stigma poverty

Un extrait de Karma (à regarder sur Vimeo en cliquant sur la video ci-dessous):

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