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Cambodge : un journaliste qui enquêtait sur l’exploitation forestestière assassiné

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Taing Try, un journaliste de 49 ans, qui enquêtait apparemment sur l’exploitation illégale de forêts dans la province de Kratie a été abattu tôt ce dimanche matin, 12 octobre.

En quelques heures, la police a arrêté 3 hommes – un chef de la police communale, un officier de la police militaire et un soldat des Forces Armées Royales Cambodgiennes (RCAF) – pour ce meurtre.

Taing Try, qui contribuait à plusieurs journaux locaux, a été tué d’une balle dans la tête vers 1h du matin dans la commune de Khsoem dans le district de Snuol alors que lui et cinq autres journalistes étaient venus pour enquêter sur l’exploitation illégale des forêts, selon Sok Sovann, président de l’Association des journalistes khmers pour la démocratie, dont le reporter tué faisait partie.

Sa Piseth, éditeur du journal Niseth Khmer, était en voiture avec la victime mais il a dû marcher jusqu’à une ferme pour trouver de l’aide quand leur Toyota Camry s’est embourbée dans la route de terre, a-t-il indiqué.

« Mon collègue Taing Try a été tué d’une seule balle dans la tête et est mort derrière sa Camry », a dit Mr. Piseth, qui a retrouvé son ami gisant à terre lorsqu’il est revenu à la voiture.

A peu près 200 mètres plus bas sur la route se trouvait une Lexus LX470 SUV retournée sans plaques d’immatriculation, dont le conducteur, selon la police, a renversé la voiture alors qu’il tentait de fuir la scène.

Selon le chef de la police adjoint de la province de Kratie, Oum Phy, la SUV appartenait à Ben Hieng, 31 ans, chef de la police communale de Sre Chhouk, du district de Keo Seima dans la province du Mondolkiri. Les deux autres occupants étaient Khim Pheakdey, 27 ans, un officier de la police militaire de Phnom Penh, et le suspecté tireur, La Narong, 32 ans, un soldat de la RCAF au Mondolkiri : « La police provinciale a arrêté les trois un par un. Ils sont au commissariat de la police provinciale de Kratie et seront envoyés au tribunal , a-t-il ajouté. Selon lui, les trois hommes ont reconnu avoir pris part au meurtre au cours des interrogatoires, mais leurs motivations étaient toujours à l’étude.

D’après les collègues de la victime, les six reporters se sont séparés en 3 voitures pour enquêter sur un entrepôt appartenant à Chhun Phoeun, le frère du chef adjoint de la police militaire du district de Snuol, Chhun Khoeun, quand ils ont entendu que des chars à bœuf transportaient du bois de luxe en toute clandestinité.

Mais quand ils sont arrivés à l’entrepôt, l’un d’entre eux a reçu un appel téléphonique de M. Khoeun leur ordonnant de rentrer chez eux et insistant sur le fait que « ces biens » lui appartenaient, selon M. Piseth et d’autres dans le groupe.

Des groupes de défenses des droits de l’homme et des médias ont rapidement condamné le meurtre de Taing Try dimanche, qui fait écho au meurtre du reporter Hang Serei Oudom du journal Virakchum Khmer dans la province du Rattanakiri en 2012, qui enquêtait aussi sur la contrebande de bois, ainsi qu’au meurtre de l’activiste de l’environnement Chut Wutty, tué par balle la même année dans la province de Koh Kong.

« Ce meurtre de sang-froid montre encore combien le Cambodge est dangereux pour les journalistes, spécialement pour ceux qui enquêtent sur les actes répréhensibles sur les terres et les forêts du pays, a réagi Phil Robertson, directeur adjoint du bureau asiatique de Human Rights Watch.
« La police doit conduire une enquête professionnelle et impartiale sur ce meurtre, et le gouvernement doit s’engager à mettre fin à l’impunité dont les attaquants de journalistes jouissent bien trop souvent ».

Le Centre Cambodgien pour un Média Indépendant et l’Alliance de la Presse d’Asie du Sud-Est appellent à la poursuite des responsables : « (Nous) appelons les autorités locales à prendre des mesures rapides pour amener les tueurs de M. Tri (sic) en justice et à mettre fin à l’impunité de ceux qui perpétuent la violence contre les journalistes au Cambodge » indique un communiqué commun.

Cette année, de nombreuses menaces ont touché les reporters couvrant l’exploitation forestière illégale ces derniers mois. En avril dernier, le Club des Journalistes Cambodgiens a publié une déclaration exprimant ses inquiétudes concernant trois journalistes harcelés dans les provinces de Preah Vihear, Pursat et Kompong Cham. En juin, un reporter du journal local Kapit à Pursat a rapporté qu’un soldat de la RCAF avait menacé de le tuer pour des articles qui le reliaient à une contrebande illégale de bois de rose.

Moeun Chhean Nariddh, directeur de l’Institut Cambodgien pour l’étude des médias, explique qu’il y a de nombreux reporters freelance basés dans les province qui enquêtent sur des activités illégales et qui travaillent de manière indépendante, ce qui les rend vulnérables. Pendant que certains reporters en province, souvent non salariés, sont tentés de trahir leur éthique journalistique et de tirer profit des informations découvertes, d’autres qui refusent d’être achetés courrent le réel risque d’être épinglés – ou attaqués – lorsqu’ils découvrent un crime.

Traduction : Marie-Estelle Piard
Source (Saing Soenthrith & Simon Henderson/Cambodia Daily) : Journalist investigating illegal logging shot dead
Photo : UNESCO (condamnation du meurtre de Taing Try)

Lire Aussi :
Le journaliste assassiné Taing Try pour avoir enquêté sur un trafic de bois (RSF)
Cambodge: deux officiers arrêtés pour le meurtre d'un journaliste (LExpress.fr)

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