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Cambodge : le droit du travail s’applique désormais aux travailleurs du sexe

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Une nouvelle réglementation gouvernementale pour l’industrie du divertissement vise à offrir aux travailleurs du sexe et aux autres employés vulnérables une protection accrue dans le cadre du droit du travail. Une réglementation qui ne repose toutefois, dans un premier temps, que sur une base volontaire.

Le ministre Ith Sam Heng a annoncé une nouvelle réglementation s’appliquant aux bars-salons, karaokés et lieux de divertissement pour adultes, afin d’améliorer la vie et la protection juridique des « lieux de personnel essentiellement féminin ».

La proclamation, ou prakas, couvre les conditions de travail, de santé et de sécurité, ainsi que l’accès aux services liés au VIH pour les travailleurs du sexe, en vue d’assurer une protection juridique des salariés dans un secteur « en plein essor ».

« J’estime que chaque année la plupart des gens vont à des lieux de divertissement une ou deux fois, y compris moi, a déclaré M. Sam Heng.

« Les services de divertissement incluent les discothèques, les clubs et les restaurants. »

Pour Chan Dyna, du Réseau des travailleurs du spectacle nationales, ces nouvelles règles sont attendues depuis longtemps: « Le gouvernement a finalement reconnu que les travailleurs du spectacle sont des travailleurs comme les autres, et doivent être protégés en vertu de [la] loi sur le travail (…). Les propriétaires d’établissements de divertissement ont l’obligation de prendre soin de leurs travailleurs et de prévenir les problèmes clés tels que la violence et les abus sexuels».

M. Sam Heng a toutefois déclaré que cette adhésion serait initialement volontaire : « Nous avons besoin que les employeurs et les employés [reconnaissent] qu’ils ont l’obligation de mettre en œuvre cette réglementation, mais la première étape sera une politique d’éducation volontaire afin de s’assurer qu’ils comprennent et se conforment volontairement ». Dans un second temps, les propriétaires n’appliquant par le réglement seront passibles d’une amende.

Mais contrôler cette nouvelle réglementation dans un secteur largement informel de l’économie ne sera pas tâche facile. Selon le ministre du Tourisme, Thong Khon, il existe 659 sites de divertissement pour adultes à travers le pays qui emploient plus de 11 000 travailleurs. Parmi ces établissements, dit-il, plus d’un quart ne possède pas de licence.

Selon Neil Poetschka, conseiller-santé pour l’Union Aid Abroad-APHEDA, l’agence d’aide à l’étranger du Conseil australien des syndicats qui a réalisé une étude de l’industrie du sexe au Cambodge en 2010, les femmes pauvres et marginalisées de ce secteur n’ont souvent pas d’autre choix que d’accepter des bas salaires et des conditions de travail abusives : « Le manque de protection des travailleurs a fait que les employeurs ont pu garder des travailleurs à salaires aussi bas que possible, sur des contrats à court terme (ou sans contrat), forçant les travailleurs à accepter des conditions de travail dangereuses et abusives (…). Les travailleurs sont régulièrement l’objet de violences physiques et verbales, de harcèlement sexuel et contraints de boire de l’alcool pour garder les clients ». Pour lui, le succès de cette nouvelle réglementation dépendra du gouvernement et de l’engagement des employeurs: « Je m’attends à des changements lents, avec des propriétaires et des gestionnaires désireux de garder les salaires et les conditions aussi basses que possible afin de rester concurrenciels ».

Selon Richard Howard, chargé du VIH et du sida à l’Organisation internationale du travail, qui a travaillé avec le gouvernement pour élaborer les prakas, ce nouveau réglement fournit au moins aux travailleurs du divertissement un outil leur permettant de négocier avec leurs patrons pour de meilleures conditions de travail, ajoutant que le plus grand obstacle serait de mettre en oeuvre ces mesures pour les femmes travaillant dans le commerce du sexe non réglementé.

Source : Cambodia Daily
Photo: Melissa Gira Grant / Flickr (Women’s Agenda for Change/Women’s Network for Unity)

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