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Éloge de la démocratie indonésienne

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La suppression des élections directes pour les dirigeants locaux menace la démocratie durement acquise de l’Indonésie.

Après un long débat, la Chambre des représentants a voté l’élimination du suffrage universel direct pour les dirigeants locaux et régionaux. Elle confie cette élection aux conseils législatifs de chaque région. La nouvelle loi, baptisée « UU Pilkada, » constitue en effet un « pas en arrière » (un euphémisme), pour la démocratie indonésienne. Avec les élections présidentielles de 2014, la troisième présidentielle directe, et la victoire de Joko Widodo, beaucoup avaient cru au triomphe de la nouvelle politique sur l’ancien establishment militaire.

Le projet de loi électorale est présenté par ses partisans comme un effort pour lutter contre la corruption dans le processus électoral. Selon eux, depuis 2004, environ 300 responsables locaux, élus au suffrage direct ont été reconnus corrompus ou hors la loi. Plutôt que la corruption elle-même, les partisans du projet de loi affirment que le problème réside dans le mode de scrutin. Ils doutent plus de la capacité de la population à choisir de bons dirigeants, que des choix des conseils législatifs en faveur de dirigeants « propres ».

Mais, comme certains critiques l’ont souligné, le projet de loi semble aussi être une tentative du Gerindra, le parti de Prabowo Subianto, d’empêcher un autre Joko Widodo, dont l’ascension à la présidence a commencé avec sa popularité en tant que maire de Jakarta.

L’opposition au projet de loi

Une pétition en ligne a remporté près de 55 000 signatures à ce jour. Parmi les cas les plus médiatisés, le sous-gouverneur de Jakarta, Basuki Tjahaja Purnama a quitté le Gerindra. Il craint un regain de corruption: « Avec cette loi, les dirigeants régionaux fourniront alors des « services » aux membres du Conseil (pour se faire élire), » a-t-il déclaré après l’annonce de sa rupture.

Un certain nombre d’organisations des droits de l’homme ont également condamné le projet de loi, y compris une coalition formée par la Corruption Watch d’Indonésie (ICW), le Centre pour l’étude de la loi et de la politique (PSHK), la Commission pour les peuples et les victimes de la violence (KontraS) manquant, le Consortium pour la réforme agraire (KPA) et le Forum pour l’environnement (Walhi). Dans un communiqué, cette coalition affirme: « Cela refusera le droit de chaque citoyen de participer au gouvernement. » La coalition a également fait valoir que le projet de loi pourrait retarder la croissance de la société civile en Indonésie.

« Les élections directes apprennent aux citoyens à connaître leurs futurs dirigeants », poursuit la déclaration. L’achat de voix ou l’intimidation, encore répandus dans les élections, n’aident pas les Indonésiens à prendre des décisions éclairées, bien que cela change. De plus, placer cette responsabilité entre les mains des membres du Conseil signifie que les dirigeants choisis sont moins responsables devant le peuple qu’ils gouvernent.

Mais les députés eux-mêmes – ironiquement élus par leurs électeurs – sont en désaccord. « Red White » la Coalition Gerindra qui contrôle la Chambre, a poussé le projet de loi, ne laissant que le PDI-P – le parti du président élu Joko Widodo – Hanura et la PKB contre ce projet. Le Parti Démocrate de Susilo Bambang Yudhoyono a quitté les négociations après avoir vu leur peu de chance de faire passer un amendement leur donnant la direction de ces élections.

Cela dit, les Indonésiens ne semblent pas prêts à renoncer à leur voix politique. Une autre pétition en ligne circule, demandant que la Cour constitutionnelle procède à un examen judiciaire de la loi dans l’espoir de l’annuler. Les gens protestent dans les rues et en ligne.

Il reste à savoir si la Cour constitutionnelle examinera l’affaire. Tout comme un groupe de vigilance avait crééé une « surveillance de l’élection » pour assurer une élection présidentielle propre en juillet dernier, les Indonésiens, surtout les jeunes, se mobilisent de nouveau.

Résumé par : Céline Boileau
Source : The Diplomat
Lire aussi : Indonésie: les élections locales se feront au suffrage indirect (RFI)
Photo : DFAT photo library / Flickr

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