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Des boîtes métalliques, symbole de la liberté d’enseignement en Thaïlande

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Depuis le coup d’Etat du 22 mai, la junte a menacé et détenu des universitaires et étudiants de nombreux établissements d’enseignement supérieur. Elle a même envoyé des soldats stopper des colloques en cours. Malgré le climat de peur, les universitaires thaïlandais protestent maintenant cette suppression de leur liberté d’expression en utilisant une boîte métallique. Oui, une boîte en métal… ou « Peep» en thaï.

« Peep » vient du proverbe thaï “vouloir se couvrir la tête avec une boîte métallique » qui signifie que vous êtes si honteux que vous ne voulez pas que l’on voit votre visage, si bien que vous couvrez votre tête avec une boîte en métal.
 
Maintenant, couvrir sa tête avec une boîte en métal est devenu une tendance populaire sur les réseaux sociaux, où les gens prennent ou retraitent des photos de leur tête couverte d’une boîte métallique pour exprimer leur désapprobation de la répression universitaire sous le régime militaire.
 
A l’Université de Chiang Mai, au Nord de la Thaïlande, un séminaire sur les “boîtes métalliques” ou « peep » était prévu jeudi. La veille, la junte a ordonné l’annulation de cette session. Mais les militaires ordonnent même l’annulation de colloques sur des problèmes divers tels que le conflit dans la bande de Gaza, et même sur des sujets environnementaux.

Le phénomène a commencé début septembre, quand Sugree Charoensuk, doyen de l’Ecole Supérieure de musique de l’université de Mahidol, a mis une boîte métallique sur sa tête pour se rendre à une réunion avec le président de l’université en protestation contre le fait que ce dernier avait pris le poste de ministre de la Santé publique tout en conservant son poste de président de l’université. Plus tard, Viroh Ali, conférencier à la Faculté de Sciences Politiques de l’Université de Thammasat a adopté ce geste en protestation contre les actions de la junte pour limiter la liberté universitaire. Le même jour, un autre conférencier en sciences politiques de l’Université de Chiang Mai, a annoncé son soutien aux universitaires qui couvraient leur tête d’une boîte métallique en signe de protestation : “cette manifestation fait symboliquement comprendre aux universitaires qui veulent se rapprocher du gouvernement, que celui-ci n’est pas plus légitime que d’autres et qu’ils devraient plutôt passer leur temps à assumer leur responsabilité en relevant le classement des universités », a-t-il expliqué.

Sukree-Charoensuk

Plut tôt, le 18 septembre, la police était intervenue au cours d’un colloque à l’Université de Thammasat. Ce séminaire, ironiquement supposé faire obstruction à la tentative de la junte de créer une démocratie qui fonctionne, avait pour sujet « l’effondrement des régimes dictatoriaux à l’étranger ». A l’évidence, le panel concernait strictement la tyrannie à l’étranger et ne traitait pourtant pas de la politique thaïlandaise. Après avoir mis un terme au séminaire, la police a brièvement détenu 4 éminents universitaires en sciences sociales et 3 étudiants, membres de la League of Liberal Thammasat for Democracy (LLTD), pour avoir organisé cet événement. Le jour suivant, selon le Centre des Etudiants Thaïlandais pour la Démocratie (TSCD), des membres de la police, en uniforme ou non, ont arraché les affiches autour du bâtiment de Sciences Sociales. La plupart de ces affiches n’étaient pas en relation avec la politique. Néanmoins, beaucoup critiquaient l’ordre de la junte de stopper le séminaire ou critiquaient le président de l’université qui avait pris des fonctions auprès du gouvernement. “La leçon du séminaire ne s’est pas arrêtée avec son interruption forcée. Elle a atteint un point important, qui est que les dictatures n’existent pas seulement dans les pays étrangers », disait l’une affiches.

Auparavant, fin mai, 6 étudiants de l’Université de Mahasarakham qui avaient organisé une manifestation anti-coup d’Etat avaient été convoqués dans un camp militaire et menacés avec des armes à feu. L’un d’eux a dû fuir le pays pour ne plus subir le harcèlement des militaires. Au cours du même mois, 4 étudiants de l’Université Ramkhamhaeng ont été confrontés à la même situation après avoir simplement distribué des autocollants avec des messages anti-putsch. La répression touche également de nombreux universitaires, ouvertement opposants au coup d’Etat. Ces derniers ont reçu l’obligation de rapporter leurs propres faits et gestes aux militaires. Ils se taisent depuis lors.

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