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Société civile

La violence religieuse et les multiples visages de la radicalisation en Indonésie – Conférence à Malakoff

Ces dernières années ont été marquées par plusieurs actes de fanatisme religieux sur le territoire français. Cette situation n’est pas spécifique à la France. L’Indonésie connaît un problème similaire.

Mohamed Merah, jeune français, assassina quatre militaires à Montauban, puis trois élèves et un père de famille devant l’école juive Ozar Hatorah à Toulouse (2012). Récemment, un autre homme, Mehdi Nemmouche, a été arrêté pour la fusillade du musée juif de Belgique (2014). Un journaliste français, qui avait été détenu en Syrie, l’a reconnu comme un de ses geôliers et décrit comme inspiré par Merah, modèle qu’il aspirait à dépasser. Au-delà de ces deux cas, les services de sécurité français identifient de plus en plus de jeunes et même de familles françaises se rendant en «terre de djihad» en Irak-Afghanistan-Syrie.

La violence au nom de la religion a pris la forme d’attentats à la bombe, lesquels ont fait des centaines de victimes à Bali (2002, 2005) et des dizaines à Jakarta (2000, 2003, 2004, 2009). La violence physique ou les menaces sont également le quotidien de plusieurs groupuscules de l’archipel. Leur existence et leur mode d’action sont même tolérés, voire encouragés, par certains dirigeants régionaux. Ces derniers légalisent, par calcul politique ou conviction personnelle, une forme d’intolérance religieuse via les décrets de «perda (réglementation locale) de la charia».

Cette interprétation de la «charia» pose en effet problème en Indonésie et tend à défavoriser les petites gens et les femmes comme le montre l’exemple de Lilis Lisdawati à Tangerang. Lilis fut arrêtée suite à une réglementation locale qui permet d’accuser une personne sur la seule base du jugement personnel de l’agent de sécurité. Serveuse, elle fut prise pour une prostituée. Cet exemple montre le danger de la réglementation pour toutes les petites travailleuses – commerçantes des marchés traditionnels, ouvrières, etc. – qui sont obligées d’être à l’extérieur de leurs domiciles la nuit.

Outre les dangers de ces accusations basées sur le jugement personnel des agents, les réglementations dites « charia » sont sources de confusion dans d’autres domaines. Ainsi, à Palembang, les homosexuels, les lesbiennes, les pratiquants de sodomie et d’actes qualifiés de pornographiques sont jugés sous l’accusation de prostitution. Le cas de Fitri, qui a choisi de plonger dans le fleuve Cisadane se donnant la mort, ou celui de Putri, qui s’est pendu suite aux fausses accusations de prostitution faites par la « police charia » (Aceh), sont des exemples qui ne doivent pas être oubliés.

À un autre niveau, la modification de la Charte de Jakarta, qui garantit une relative liberté de culte, a souvent été avancée par divers acteurs politique ou autres personnalités. La première version du texte contenait 7 mots de plus, lesquels faisaient de l’islam la religion d’Etat et obligeaient les citoyens à la pratique de cette religion. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si nous, Indonésiens, voulons mettre fin à la diversité religieuse de notre pays? Si l’on considère le caractère hétérogène de la nation indonésienne, cette idée s’apparente à une bombe à retardement qui mènerait à la désintégration du pays. Or le danger existe. La société indonésienne en France, comme en Indonésie, est constituée en majorité de musulmans, et peut potentiellement être la cible de recrutement par divers mouvements rétro modernes dit du « djihad », que ce soit à travers l’Internet et d’autres medias.

Mais les musulmans indonésiens sont également victimes de la stigmatisation créée par ces événements. Ces dernières années, l’image d’un archipel à l’islam tolérant a été écornée, et ce malgré l’existence d’une vaste communauté qui pratique et vit une religion prônant l’harmonie.

Conférence-Débat, organisée par le Réseau-Indonésie et ses partenaires
Ce vendredi 3 octobre à 18h30, à Malakoff

32, rue Etienne Dolet
Ligne 13, Malakoff Etienne Dolet

Programme
– Coordinateur du service culturel et de la communication à l’ambassade d’Indonésie en France, Ayub Mursalin, PCI NU
– « Radicalisme, jihadisme et terrorisme : cartographie des milices islamiques en Indonésie », Anne-Françoise Collignon, Centre Asie du Sud-est (EHESS)
– « La branche féminine du Hizbut Tahrir en Indonésie », G.T. Estrelita, Centre Asie du Sud-est (EHESS)
– « La radicalisation des prisonniers en Indonésie : nouveau problème, nouveau défi »

La conférence sera suivie d’un repas indonésien offert par les associations et partenaires.

Brochure conference 3 oct RI

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