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A quel prix le sable et la roche de Batur alimentent-ils le développement de Bali?

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Il y a quelques semaines, sur la route de Sidemen, environ 200 camions se dirigent, surchargés de sable, de gravier et de roche, vers les centaines de hôtel, villas et autres projets de construction autour de Denpasar/Kuta. Quelques jours plus tard, un cortège similaire redescend l’autre montagne sacrée, Batur. Chaque jour, au moins 1500 camions surchargés font le même trajet.

En bas, dans la caldeira, au milieu de ce qui reste d’un écosystème riche mais fragile d’herbes sauvages et d’orchidées qui se nourrissent de cendres volcaniques, se trouve l’un des avant-postes éloignés de l’économie mondiale des ressources. Au bord de la route, des tas de gravier noir, près d’abris de fortune. Hommes et femmes passent le gravier au tamis, avant de charger ce qu’il reste dans les camions. Les villages le long des routes sont noirs et poussiéreux – aucun touriste ne vient ici et la seule eau arrive par camion. Plus loin de la route, on peut aussi y voir des jardins potagers et des vergers près de maisons en bambou, qui semblent offrir un aperçu de ce qui était autrefois, et de ce à quoi un avenir durable pourrait ressembler. Car l’horticulture est l’autre option économique viable pour cette population grandissante. Mais ce n’est qu’une partie du tableau.

L’érosion due à la déforestation a généré une augmentation des niveaux d’eau du lac. Dans le même temps, engrais pétrochimiques, fongicides et pesticides se retrouvent dans le lac, bordé de fermes piscicoles. Ils ont provoqué une invasion de la jacinthe d’eau, tandis que le DDT et d’autres toxines ont causé des malformations chez les poissons. Jusqu’à présent, aucun effet similaire n’a été enregistré chez les humains ou les animaux habitant les rives du lac, mais c’est évidemment un risque.

Il existe deux principales communautés dans le cratère : Batur, dont le village et le temple conservent une autorité traditionnelle sur la moitié ouest du cratère ; et Songan, un village à l’Est du lac qui, jusqu’à récemment, avait moins de revenus éconmiques que Batur. Mais la nouvelle ruée vers les ressources de leur sol a changé la donne: la plupart des carrières font travailler les gens de Songan (souvent de façon illégale).

La responsabilité de la protection environnementale et du développement économique incombe au gouvernement du district, y compris pour le lac et son temple inscrits sur la liste du patrimoine culturel mondial de l’UNESCO. Mais il existe d’autres sources d’autorité dans Batur. Songan et Batur ont des temples appelés Puru Ulun Danu. Celui de Batur constitue l’un des principaux temples de Bali et exerce une forme de contrôle sur l’irrigation de l’île. Il est présidé par deux chefs spirituels de la communauté.

L’un d’eux, Jro Gede Alitan, utilise son autorité spirituelle pour sensibiliser à la défense de l’environnement et à la conservation naturelle du cratère. Il interdit l’extraction visible dans certaines zones. Il a également restauré nombre de temples autour du cratère, la plupart situés à des points écologiques stratégiques, tels que les sorties des cours d’eau. Il défini des zones sacrées que peu oseraient enfreindre.

Selon Jro Gede, Batur est « non seulement un lac, mais le jardin de Dewi Danu (la déesse du lac) et du dieu Wisnu, sur lequel l’ensemble de l’eau et de l’écosystème de Bali dépend ». À la mi-2011, l’eau du lac soudainement changé de couleur et peu de temps après des milliers de poissons d’élevage sont morts. L’explication officielle a été la publication d’un panache de soufre d’un événement volcanique sous-marin. D’autres disent que c’était la déesse qui nettoyait le lac de la pollution.

À l’autre extrémité du cratère, sa juridiction cède la place à celle de Songan, où prévalent des valeurs différentes, en soutien au gouvernement du district.

Quelques mois plus tard, dans la saison des pluies de 2011-12, de fortes pluies ont provoqué des glissements de terrain sur les pistes déboisées au bord du cratère. Le niveau du lac a augmenté et à la veille de Nyepi (le jour balinais de silence), Songan a été inondé. La plupart des habitants ont été temporairement évacués jusqu’à Penelokan sur le bord du cratère. Depuis, on remarque une augmentation notable de l’activité rituelle et de la ferveur religieuse dans la communauté.

Ce qui se passe dans Batur est un signe des temps. Alors que les gens de Batur doivent utiliser leurs propres ressources et saisir ce qu’ils peuvent avant qu’elles ne s’épuisent, les causes se trouvent néanmoins un peu plus loin, chez ceux qui profitent de la demande pour les ressources extraites et permettent le manque de contrôle du gouvernement. A une demi-heure de Batur, dans Bangli, où l’inaction du gouvernement permet cette fuite des ressources. Mais aussi à une heure, où les champs de riz vieux de plusieurs siècles sont convertis en une mer de villas et d’hôtels.

Le sable et la roche de Batur est l’une des chaînes d’approvisionnement qui alimente ce boom de la construction. De l’autre côté, les investissements, en provenance de Jakarta et de l’étranger. Alors que la gestion de ressources telles que Batur peut faire croire à des défaillances de comportement local, elle n’est que le produit inévitable de bénéfices réalisés à l’extérieur. Jro Gede est vieux et sa santé se détériore. Il a fait ce qu’il a pu. Mais, à son avis, si le gouvernement n’assume pas ses responsabilités, la déesse pourrait bien le faire pour lui.

Résumé par : Céline Boileau
Source : Graeme MacRae/Inside Indonesia
Photo : Graeme MacRae.

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