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L’Indonésie de Jokowi rattrapée par la réalité

#KonserSalam2Jari | Jokowi Arrives
Les principes sont sacrifiés au profit d’accords politiques au moment où le président élu entame un difficile combat.

Les promesses faites par Joko « Jokowi », le président élu, durant la campagne présidentielle semblaient déjà trop belles pour être vraies, à commencer par sa volonté de composer un gouvernement de professionnels et non d’apparatchiks.

Ce fut donc un jour noir pour de nombreux soutiens de Jokowi à l’annonce, la semaine dernière, qu’il abandonnait l’idée de bâtir une méritocratie au sommet de l’Etat, et allait nommer à la place 16 dirigeants de partis politiques sur les 34 membres de son gouvernement. Le ratio est à peu près le même que dans le gouvernement actuel.

Des proches disent que l’équipe présidentielle de transition se trouvait dans une impasse totale pour la composition du cabinet ministériel, que Jokowi veut annoncer avant sa prise de fonction officielle le 20 octobre.

Des pressions énormes au sein de son propre parti, le Parti Démocratique du Combat (PDI-P), pour nommer des alliés politiques au gouvernement ont eu lieu ; les autres partis membres de la coalition de Jokowi réclament également leur part.

« C’est la politique en pratique. Bienvenue dans le monde réel », dit un ancien membre du gouvernement, très critique sur Jokowi. « Il n’a pas le choix » assure-t-il.

Sans doute, mais la décision prise par Jokowi est très décevante pour ceux qui pensaient assister à l’avènement d’une ère nouvelle pour l’Indonésie. « Durant sa campagne, il a fait plein de belles déclarations prometteuses sur le changement de paysage politique en Indonésie », explique Hanta Yudha, le directeur du Think Tank « Poll Tracking Institute », dans le Jakarta Globe. « Pourtant, dès le départ j’avais conscience de l’utopie de ses promesses, et cela vient d’être prouvé par la nomination du gouvernement ».

Déjà en Décembre dernier, lorsque je l’avais rencontré pour un long entretien, avant même d’évoquer ses ambitions présidentielles, Jokowi avait évoqué la nécessité de nommer des professionnels au gouvernement pour gérer le pays, comme moyen de nettoyer le système corrompu. C’était un thème central de son mandat lorsqu’il était gouverneur de Jakarta, et de sa campagne présidentielle.

L’idée est bien sûre digne d’intérêt. La pratique actuelle, qui consiste à négocier des soutiens politiques en échange de portefeuilles ministériels attribués à des politiciens comme des faveurs par les partis politiques, a mené à de nombreuses accusations de corruption décourageantes. En Indonésie il n’y a pas de mécanisme destiné à assurer la transparence du financement des partis politiques, et tout le monde sait que certains ministres ont utilisé leur position pour sortir de l’argent qui s’est ensuite retrouvé dans leurs partis et sur leurs comptes en banque respectifs. Le peuple indonésien, particulièrement sensible aux affaires de corruption, ne veut plus d’un tel système.

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