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Le retour des bicylette contre les embouteillages à Hanoï

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L’utilisation croissante de voitures plutôt que de motos pourrait agraver une situation déjà alarmante.

Dans une ville à croissance rapide comme Hanoï, avec sa très faible offre de transports en commun, les motos jouent un rôle important dans la fluidité du trafic. Pourtant, comparées aux nouvelles et rutilantes voitures, la moto est de plus en plus vue comme démodée, sale et dangereuse, et les rues de Hanoï semblent destinées à devenir un cauchemar rempli d’embouteillages.

Bien sûr, certains diront que Hanoï est déjà un cauchemar pour la circulation. Quiconque a déjà voyagé dans la capitale vietnamienne sait que la mer apparemment chaotique de motos peut être assez oppressante, notamment quand vous essayez de traverser la ville à pied. Pourtant, malgré ses nombreux dangers, la mobilité à Hanoï est assez bonne, pour l’une des villes les plus densément peuplées du monde. Si le trafic circule c’est largement grâce à l’utilisation de motos plutôt que de voitures. Néanmoins, c’est la moto qui est décriée, à la fois par le gouvernement et le public.

Le nombre de motos au Vietnam a augmenté à un rythme incroyable, guidé par la croissance économique du pays. Selon les statistiques officielles, il y avait environ 4 millions de motos dans tout le Vietnam en 1996 ; aujourd’hui il y en a autant, uniquement à Hanoï. Il y a actuellement 39 millions de motos à l’échelle nationale, ce qui veut dire que si on exclut les très vieilles et les très jeunes personnes, quasiment chaque Vietnamien possède une moto.

Mais il y a un nouveau concurrent en ville. Malgré les mesures gouvernementales sous forme de très fortes taxes et de divers frais, la possession d’un véhicule privé est à la hausse. Avec ses promesses de statuts, de confort et de sécurité, posséder une voiture est devenu le rêve de l’Hanoïen moyen. Une voiture vous permet de rester au frais (et pâle) sous le soleil brûlant, sec sous les pluies diluviennes, et propre de la poussière et la pollution omniprésentes. Et c’est un symbole évident de succès dans la nouvelle économie. C’est la promesse d’un énorme défi pour une ville conçue autour des vélos et des motos, quand la Banque Mondiale estime que si la mode des voitures privées continue, le trafic dans Hanoï va tout simplement s’arrêter.

L’année dernière, le Département du Commerce et de l’Industrie de Hanoï avait lancé un appel pour que la population recommence à conduire des vélos, relançant le débat sur la situation du trafic dans la capitale. Nombreux sont ceux qui se sont directement opposés à cette proposition affirmant que les vieux vélos étaient une dangereuse obstruction à la fluidité du trafic.

Il n’y a pas si longtemps, Hanoï était célèbre pour ses très nombreux vélos. Après la révolution des motos, seulement les plus pauvres continuaient d’utiliser le vélo comme principal moyen de locomotion. Récemment cependant, le vélo a aussi connu un regain d’intérêt dans la classe moyenne qui, l’associant à une pratique sportive, se retrouve autour du Lac de l’Ouest, sur des vélos tout terrain, parfois plus chers que des motos.

Le vélo a un autre avantage évident : il est respectueux de l’environnement. Hanoï est une ville très polluée. Alors que la voiture offre une échappatoire à l’air pollué – même si elle contribue à le rendre pire – la majorité des gens apprécie une telle protection. La moto n’est surement pas sans effet non plus, mais une transition vers les voitures privées rendrait la situation bien pire vue que les émissions de gaz augmentent dramatiquement dans les embouteillages.

Il est naïf de penser qu’il est possible de garder la voiture à distance. Mais le Vietnam a toujours, au moins de manière rhétorique, promu des chemins de développement alternatifs. Peut-être que le relatif chaos du trafic des deux-roues est préférable aux embouteillages cauchemardesques de Bangkok ou Jakarta.

Si Hanoï veut éviter les embouteillages, le vélo sera certainement nécessaire à la solution. Les plans ambitieux de transports en commun sont encore loin et ne répondront pas à plus de 20% des besoins de la capitale.
Pour rendre Hanoï de nouveau vivable cela demandera de sérieuses politiques d’action. En ce moment, Hanoï est extrêmement peu amicale envers les cyclistes et les piétons, et le peu de pistes cyclables existantes est souvent utilisé comme zone de stationnement par les automobilistes.

Est-ce que Hanoï pourrait voir une nouvelle révolution du vélo ? Ou le Vietnam pourrait-il révolutionner le marché en faisant la promotion de motos plus propres ? Seulement le temps nous le dira. Pour l’instant, les habitants revêtent leurs masques, changent de vitesse, et retiennent leur respiration tout en essayant de ne pas être frappé par une BMW flambant neuve.

L’auteur, Arve Hansen, est un chercheur au Centre pour le Développement et l’Environnement à l’Université d’Oslo.

Traduction : Marie-Estelle PIARD
Source (The Diplomat):
Photo : JR. Álvaro González / Flickr

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