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Sarawak : Le barrage de Baram divise les communautés indigènes (Save Rivers)

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Publiée le 4 septembre 2014 dans le journal Borneo Post, une déclaration du Penghulu (chef) Paul Kalang, chef d’une communauté indigène, a soulevé la colère des habitants du village de Baram en Malaisie. Ceux-ci ont exprimé leur mécontentement d’avoir été mis à l’écart des prises de décisions relatives à leur avenir et à leurs moyens de subsistance, mis à mal par le projet de construction du barrage de Baram.

Dans sa déclaration, Paul Kalang annonce que le barrage de Baram est la seule initiative capable de faire évoluer la région. Face à la décision de l’entreprise Sarawak Energy de retarder potentiellement le lancement du chantier, le Penghuly annonce que lui et les autres chefs de communauté veilleront à ce que le barrage soit bien construit. Pour débattre de cette initiative, ils s’apprêtent à s’entretenir prochainement avec le chef du gouvernement et le ministre en chef de la province du Sarawak.

Projet très controversé, le barrage de Baram a suscité beaucoup de protestations et de résistance. Les premières infrastructures, telles que les routes d’accès et une carrière de pierre, de même que les études géologiques et le déblaiement des sites ont été interrompus en octobre 2013 lorsque les ouvriers ont été chassés des lieux par les villageois.

Depuis, des barricades ont été érigées pour arrêter tous les travaux entrepris sur le terrain du futur barrage. D’après l’analyse de pétitions et des interactions avec les populations locales, SAVE Rivers, réseau pour la sauvegarde des fleuves du Sarawak, affirme que la majorité des gens qui seront affectés par le barrage se prononcent contre le projet. De leur côté, les personnes en faveur de cette construction sont peu nombreuses : il s’agit principalement de chefs de villages et de communautés choisis par le gouvernement, ainsi que des compagnies forestières et des particuliers déjà attelés à l’abattage des forêts.

La communication du Penghulu Paul Kalang a déclenché une véritable avalanche de commentaires furieux sur les médias sociaux et sur le standard téléphonique de SAVE Rivers. En réponse à cette déclaration, M. James Nyurang, chef du village de Tanjung Tepalit, commente : « S’il souhaite vraiment la construction de ce barrage, qu’il emménage à Sungai Asap ou dans une des zones de relogement des populations affectées par d’autres barrages. Je suis convaincu que beaucoup de personnes vivant dans ces zones seraient ravies de lui céder leur logement pour vivre à Baram. Qu’il leur donne sa maison et ses terres en échange ! »

M. Anthony Lawai Karing est du même avis. « Je viens de Long San, tout comme le Penghulu Paul, dit-il. Nous, habitants de Long San, sommes pratiquement tous contre la construction du barrage de Baram. Le Penghulu n’a jamais organisé de réunion avec nous pour nous demander notre opinion. Pourquoi va-t-il s’entretenir à propos de Baram avec le chef du gouvernement ou le ministre en chef ? Ces personnes ne vivent pas ici et ne souffriront pas à cause de ce projet. »

De son côté, M. Thomas Jalong Apui, de Long Anap, explique : « Le Penhulu est en droit d’avoir sa propre opinion sur ce sujet, mais qu’il use de sa position pour lancer une telle assertion est tout simplement inacceptable. »

Ce projet de barrage à Baram fait souffler un vent de discorde sur les communautés de cette région, traditionnellement connue pour son harmonie et sa sérénité. Face aux critiques régulières subies par les opposants au projet, M. Peter Kallang, président de SAVE Rivers, assène : « Ces attaques lancées par les hommes politiques et les chefs de village contre ceux qui s’opposent au barrage auraient tout-à-fait leur place dans une société archaïque, autocratique ou dictatoriale. Poursuivre la construction du barrage malgré une opposition aussi forte serait acceptable dans une telle société. Mais selon la constitution de ce pays, il s’agit aujourd’hui d’une violation des Droits de l’Homme et cela constitue un crime. Pour cette raison, le peuple de Baram doit s’unir, faire front et persévérer dans son combat contre ce projet. »

SAVE Rivers est un réseau local constitué de communautés autochtones et d’organisations de société civile au Sarawak qui œuvrent pour la protection des Droits de l’Homme et contre la construction de barrages destructeurs dans cette province.

Traduction : Cindy Presne
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