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La journaliste de Malaysiakini, Susan Loone, arrêtée pour “sédition”

Suite à un entretien avec le leader d’une organisation jugée illégale, la journaliste Susan Loone a été arrêtée et inculpée pour “sédition”. Cette accusation absurde pourrait lui valoir trois ans de prison.

Interroger un gardé à vue et se voir arrêtée à son tour. C’est ce qui est arrivé à la journaliste du site d’information Malaysiakini Susan Loone, arrêtée le 4 septembre 2014 à Penang (Nord), et inculpée en vertu de la “loi sur la sédition de 1948” pour avoir interviewé un parlementaire et ancien membre d’une milice citoyenne, la Voluntary Patrol Unit (PPS), sous le coup d’une enquête policière. La journaliste a été relâchée sous caution dans la nuit mais son téléphone, considéré comme pièce à conviction, lui a été confisqué. La police a également recueilli ses empreintes digitales et lui a fait signer un document lui signifiant son état d’arrestation.

La plainte a été déposée par une organisation d’extrême droite prônant la suprématie malaise, Perkasa, ainsi que par d’autres organisations se regroupant sous le nom de “coalition des représentants malais de Penang”. Le groupe estimait que l’article paru sur le site Malaysiakini le 1er septembre, dans lequel l’interviewé, Phee Boon Poh, déclarait avoir l’impression d’être “traité comme un criminel”, était diffamatoire envers les forces de l’ordre. Selon la section 4 de la loi sur la sédition, “toute personne qui imprime, publie, vend (…), distribue ou reproduit une publication séditieuse (…) est coupable d’une infraction et est, sur déclaration de culpabilité, passible, si c’est la première infraction, d’une amende n’excédant pas cinq mille ringgits (environ 1200 euros) ou d’une peine d’emprisonnement ne dépassant pas trois ans, ou les deux”.

“Les charges qui pèsent contre Susan Loone sont totalement infondées et attentatoires à sa liberté d’informer, déclare Benjamin Ismaïl, responsable du bureau Asie-Pacifique de Reporters sans frontières. Un journaliste qui ne fait qu’effectuer son travail d’information ne doit pas avoir à se justifier pour la teneur des propos qu’il relaye, et donc qui ne l’engagent pas. Tant que la loi sur la sédition, répressive et obsolète, n’est pas abrogée, les journalistes malaisiens restent vulnérables à ce genre de représailles politiques. Nous demandons aux autorités de mettre fin à l’arrestation de Susan Loone”.

Plus de 150 membres de la Voluntary Patrol Unit ont été arrêtés, le 31 août, alors qu’ils participaient à une marche fêtant l’indépendance. Cette organisation est considérée comme illégale puisqu’elle n’est pas enregistrée dans le Registre des sociétés. La plupart de ces personnes ont été relâchées dès le lendemain. Phee Boon Poh, relâché le 1er septembre, est également inculpé pour sédition.

La Malaisie se positionne à la 147e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2014 établi par Reporters sans frontières.

RSF

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