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Le coût humain du coup d’Etat en Thaïlande

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Un groupe d’assistance juridique basé à Bangkok détaille les violations des droits humains de la junte.

Alors que les rues de Bangkok semblent quasi normales, la répression de la junte thaïlandaise a taillé profondément dans les libertés individuelles par le biais de directives qui affectent directement des droits de l’homme fondamentaux. C’est ce qui résulte d’une analyse détaillée des Avocats thaïlandais pour les Droits de l’homme, un groupe d’avocats et d’activistes sociaux qui ont procuré une assistance judiciaire aux personnes prises dans les filets de la junte.

D’après cette analyse, le Conseil National pour la Paix et l’Ordre (NCPO) – instance créée par l’armée pour diriger le gouvernement – a publié quelques 70 directives de cette nature, allant de l’imposition de la loi martiale à l’interdiction des réunions de plus de cinq personnes, en passant par l’obligation pour les individus de se présenter aux autorités, à une limitation stricte de ce qui peut et ne peut pas être imprimé ou diffusé dans les médias, etc. Les cours militaires ont également reçu le pouvoir de juger les contrevenants.

“Selon nos renseignements… le NCPO a convoqué publiquement au moins 454 personnes. En outre, au moins 57 personnes ont été officieusement convoquées dans les provinces”, affirme le rapport publié le 25 juin dernier. “Au moins 178 personnes ont été arrêtées parmi lesquelles 113 dont les noms n’ont pas été communiqués avant leur arrestation. 55 personnes ont été appréhendées durant des manifestations publiques et 10 arrêtées pour ne pas s’être présentées comme requis.”

Parmi ceux qui ont été convoqués, “se trouvent diverses personnes telles que des politiciens, des leaders de manifestations, des personnes du monde des affaires, des universitaires, des activistes sociaux et autres. Après s’être présentées aux autorités, elles se sont vu immédiatement refuser la possibilité de contacter d’autres personnes. A certains, on a bandé les yeux ou recouvert la tête avec des sacs plastiques pour les empêcher de savoir où on les conduisait. D’autres dispositions ont été prises pour les troubler quant à leur localisation avant qu’ils soient remis aux pensions militaires. Il n’y a aucune preuve qu’ils aient été maltraités.”

Mais, selon le rapport, dans la rue les autorités montrent peu d’indulgence. Des gens montrant rapidement trois doigts – un signe d’irrespect aux militaires – ont été détenus comme l’ont été ceux qui ont soit mis des photos sur Facebook soit tenu des affiches s’opposant au coup d’Etat. Une entrée sur YouTube devenue virale a montré une jeune femme poussée dans une voiture et enlevée après avoir fait rapidement le signe.

“Le mode d’appréhension a évolué au fil du temps”, note le rapport. “Initialement, les opposants au coup d’Etat étaient susceptibles d’être appréhendés directement sur le lieu de la manifestation. Plus tard, les autorités ont simplement pris des photos d’eux en train de manifester et les ont enlevés et arrêtés par la suite. Certains ont été arrêtés alors qu’ils quittaient les lieux de manifestation pour rentrer chez eux ou alors qu’ils effectuaient leurs tâches quotidiennes.”

« Certains ont été envoyés directement dans les cellules des prisons sans être informés des charges retenues contre eux. D’autres ont été détenus pour non respect des ordres de la junte », poursuit le rapport. Certains ont été emprisonnés tout simplement à cause de la façon qu’ils se sont comportés ou exprimés en détention provisoire.

D’autres ont subi des mesures d’isolement. Ils ont été privés de leur droit à l’assistance juridique. Ils doivent être autorisés à contacter leurs familles et ont été gardés au secret et empêchés de lire les journaux ou de regarder la télé. Leurs avocats ont dû se rapprocher des fonctionnaires pour demander l’indulgence ou obtenir qu’ils contactent leurs familles.

Bien que les parents aient été autorisés à apporter des médicaments aux détenus, il n’a pas été permis aux détenus de voir des médecins. Si leurs maladies devenaient sérieuses, alors ils étaient transférés à l’hôpital.

Si aucune poursuite n’était engagée contre les détenus, ils étaient relâchés dans des postes de police trois, cinq ou sept jours après avoir été arrêtés. A leur libération, les détenus devaient signer un contrat acceptant les conditions définies par les militaires, parmi lesquelles s’abstenir de tout activisme politique ou d’exprimer une quelconque opinion politique.

Dans certains cas, les militaires ont simplement fait des descentes dans des maisons et emmené des gens sans aucun mandat de perquisition. Les perquisitions peuvent déboucher sur des poursuites judiciaires. Par conséquent, les gens se sentent inquiets de l’exercice de pouvoir par les militaires, qui semble aller au-delà de ce qui est prévu par la loi.

“Depuis l’imposition de la Loi martiale, le contrôle et la censure ont été appliqués aux émissions de télés gratuites, par satellite, ainsi qu’aux radios, continue le rapport. « L’accès à un certain nombre de sites Internet, à l’intérieur et à l’extérieur du pays, a été bloqué. Certaines publications ont été retirées des librairies. Et l’auto-censure a été pratiquée par les médias radios et télévision, la presse, les médias en ligne et même les librairies. »

En pleine transformation sociale à grande échelle et mise en œuvre de politiques publiques qui peuvent affecter la vie des gens normaux, la liberté de la presse de diffuser des renseignements et des opinions de tous bords est de la plus haute importance pour garantir que les gens soient informés des changements de leurs moyens d’existence.

« La liberté de la presse est fondamentale dans une démocratie car les médias sont censés surveiller le fonctionnement de l’Etat et donner des renseignements fiables au public”, note le rapport. “Le fait d’interdire ou de censurer la diffusion des TV et radios, en interdisant aux programmes TV d’accueillir des universitaires pour partager leurs opinions, en retirant de la vente des publications scolaires aussi bien qu’en bloquant l’accès aux sites Internet ou en contrôlant les médias sociaux, a conduit à d’énormes ‘compromis’ pour que le public reçoive des renseignements. Par conséquent, les décisions ne peuvent être prises sur la base d’un consentement éclairé”, selon l’organisation qui demande que toutes les notifications de censure et de contrôle des médias soient révoquées.

Elle recommande donc la révocation de Loi martiale, ainsi que l’abrogation des notifications faites à ce titre dans le pays. Elle rappelle que les nécessités qui exigeaient l’invocation de la Loi martiale n’existent plus, et demande donc à son remplacement par des processus de justice normaux. Elle appelle ainsi à la fin des détentions et des poursuites judiciaires contre les manifestants pacifiques qui se sont exprimés ou ont fait des critiques loyalement, ainsi qu’à la fin de l’interdiction de réunions publiques.

Elle demande également que les militaires arrêtent les citations à comparaitre et n’imposent aucune condition préalable à la libération des prisonniers. Des directives claires sur l’arrestation et la détention dans le respect des droits de l’homme devraient être publiées. Par exemple, le groupe juridique soutient que ceux qui ont été arrêtés et maintenus en détention provisoire devraient être informés des motifs de l’arrestation, du lieu de détention, être en mesure de contacter leurs parents et recevoir leur visite dès leur arrestation et privation de liberté, etc.

Elle a demandé que cessent les procès de civils devant des cours militaires, que ceux qui sont accusés de violation des Notifications ou les Directives par le Conseil national pour la Paix et l’Ordre (NCPO) et poursuivis soient traités comme des prisonniers politiques et séparés des autres contrevenants pendant la détention provisoire.

Traduction : Edith Disdet
Source (Asia Sentinel): Counting Human Cost of the Thai Coup
Photo: @karmanomad

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