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Cambodge : faute de moyens, le programme d’aide aux diabétiques est suspendu

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Près de 12000 indigents dans tout le pays participent au programme de l’O.N.G. MoPoTsyo qui leur permet de gérer eux mêmes la maladie à moindre coût.

Chaque semaine des dizaines de patients diabétiques se réunissent dans une habitation près du lac Boeng Kak pour y faire contrôler leur taux de sucre dans le sang, leur pression artérielle et leur poids.

Meach Lina, elle-même diabétique et organisatrice de ces réunions hebdomadaires, oriente les patients qui ont besoin d’un traitement vers un médecin de l’organisation. Elle fait partie de ces “peer educators” (moniteurs bénévoles, eux-mêmes diabétiques) qui ont déja dépisté plus de 60 000 personnes atteintes de cette pathologie.

“Avant de nous rencontrer – dit elle – ils ne savaient pas comment se soigner, on leur apprend à cuisiner, faire de l’exercice et prendre correctement leurs médicaments”. Selon les derniers chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (datant de 2008), au Cambodge les maladies non transmissibles y compris le diabète représentent 46% des décès.

Mais dans un pays au système de santé exsangue, les donations qui soutiennent le secteur servent en priorité à traiter les épidémies et les maladies transmissibles comme le sida et la malaria. Les autres maladies ne sont que peu subventionnées.

La Fédération Internationale du Diabète rapporte que sur 221 430 personnes touchées par le diabète l’année dernière au Cambodge, 5 540 en sont mortes. 140 000 personnes ne seraient pas encore diagnostiquées.

Faute d’engagements financiers, et malgré son intérêt majeur depuis son ouverture en 2005, Mr. Maurits Van Pelt, directeur de l’ONG MoPoTsyo, envisage de fermer le centre de Boeng Kak.

Les zones rurales des provinces de Takeo, Kompong Speu et Kompong Thom ont pu bénéficier de ces aménagements, grâce aux bailleurs de fonds internationaux, comme la Fondation mondiale du diabète et l’Agence allemande de coopération internationale.

Lorsque le ministère de la Santé a officiellement adopté le – Plan National 2013/ 2020 pour la Prévention et le Contrôle des Maladies Non Transmissibles -, M. Van Pelt avait l’espoir de voir le programme intégré à ce plan. En conséquence, les donateurs ont été moins nombreux. Mais le Ministère n’ayant pas provisionné de fonds pour le budget 2013/2014 le programme se trouve en grand danger.

A moins que le ministère de la Santé ou un bailleur de fonds ne mette la main à la poche, le 30 juin, l’ONG ne pourra plus payer ses factures. “C’est ou ce devrait être un service public (…). Qui, sinon le gouvernement, devait assumer ce rôle?” demande-t-il.

Après plusieurs tentatives vaines de joindre le ministère de la Santé, l’organisation MoPoTsyo a déménagé ses activités dans un petit bureau de Phnom Penh, 13 employés ont été mis à pied et qu’au moins l’une des zones rurales est d’ores et déja touchée.

La santé: une question d’argent

Mr Nourn Sophat, directeur de l’hôpital de Prey Kabbas dans la région de Takeo qui traite les patients envoyés par le réseau de soutien, déclare que l’ONG ne l’a pas payée depuis 9 mois : “l’organisation a fourni des médicaments à un prix abordable pour des pauvres, elle a contribué à réduire la pauvreté dans notre région, les patients n’étant pas obligés de se rendre dans des cliniques privées ni d’engager des frais de transport”. Il aurait aimé que le programme s’implante dans le secteur, mais c’est peu probable pour le moment.

MoPoTsyo n’est pas la seule organisation engagée pour le diabète à avoir des difficultés. Lim Keuki, président de l’Association Cambodgienne pour le Diabète déclare que son organisation qui avait mis en place un réseau similaire pouvant recevoir jusqu’à 1000 personnes par an, dans la région de Siem Reap, n’a pu en recevoir que 600.

“Nous n’avons pas la possibilité de dispenser des consultations aux diabètiques des zones rurales, parce personne n’a les moyens de payer les médicaments”

Les experts de la santé et les auteurs du plans au ministère s’accordent à dire qu’à cause de l’urbanisation croissante, des modes de vie plus sédentaires et des mauvaises habitudes alimentaires, le problème ne fera qu’empirer.

M. Van Pelt déclare : “les gens mangeant beaucoup trop de riz blanc, pas suffisamment de légumes et de protéines, ils bougent moins mais continuent à s’alimenter en riz comme au temps de la construction d’Angkor Vat”.

“Aujourd’hui tout est une question d’argent” explique Mme Rose Nith 75 ans, suivie toutes les semaines chez Mme Lima pour des problèmes d’hypertension. Elle exhorte le gouvernement et les bailleurs de fonds à soutenir le programme d’éducation “Privée de ce centre, la vie de notre communauté sera compliquée. Sans argent, les médecins des hôpitaux nous laissent mourir.”

Traduction : Michelle Boileau
Source (H. Robertson et Dara/Cambodia Daily) : Life Saving Diabetes Program in limbo as government funds fall through

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