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ASEAN, la maison des horreurs

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Une proposition déposée au Conseil des Droits de l’homme des Nations Unies interpelle les pays de l’ASEAN sur les tortures et les exécutions extrajudiciaires.

La proposition du Centre de Ressources légales asiatique (ALRC) basé à Hong-Kong déposée auprès du Conseil des Droits de l’homme a été largement ignorée par les médias traditionnels la semaine dernière, à l’exception de quelques paragraphes venant d’une poignée de reporters avertis dans certains journaux.

L’ALRC pointe dix pays dans lesquels la torture et les exécutions extrajudiciaires sont des pratiques courantes. La grande honte est que cinq de ces pays – la Birmanie, le Cambodge, l’Indonésie, la Thaïlande et les Philippines – sont membres du Conseil, et font partie des dix pays de l’ASEAN.

Les cinq autres pays pointés du doigt – le Bangladesh, la Chine, l’Inde, le Népal et le Pakistan – sont tout proches. D’après l’ALRC, la torture a souvent pour corollaire des décès en détention ou des exécutions extrajudiciaires, « un point commun à tous ces Etats ».

« Bien que l’Asie compte certains des pays les plus stables et des pays au développement particulièrement rapide, les exécutions extrajudiciaires y sont notoires », affirme la soumission.

« Ces crimes sont commis par des acteurs étatiques et non-étatiques. Comme dans tous les abus relatifs aux droits de l’homme commis par des corps étatiques, lorsqu’il s’agit d’exécutions extrajudiciaires, les états asiatiques manquent des modalités qui rendent possibles des décisions de justices et des enquêtes rapides et indépendantes ».
La soumission sera présentée devant la 26e session du Conseil des Droits de l’homme dans le courant du mois ; cela ne va pas beaucoup aider à soutenir « The Asean Way » parmi les projets destinés à former une communauté économique unique de l’ASEAN d’ici la fin de l’année 2015.

Parmi les cinq autres pays de l’ASEAN, le Laos et le Vietnam sont régulièrement critiqués pour leurs statistiques sur les droits de l’homme, notamment sur les emprisonnements et disparations de dissidents, tandis que les violences religieuses en Malaisie et l’introduction de la Sharia à Brunei demeurent de sérieux sujets d’inquiétude.

Le renversement du gouvernement civil lors du coup d’état militaire en Thaïlande pourrait compliquer la tenue de la session du Conseil des droits de l’homme. A Bangkok, la junte militaire vient de procéder à une large purge de hauts-fonctionnaires et de gouverneurs de provinces.
« Aux Philippines, les acteurs non-étatiques comme le groupe Abu Sayyaf ciblent les défenseurs des droits humains et politiques. De telles exécutions ne peuvent être documentées ; se renseigner sur de tels cas, ou même juste les évoquer, met en danger les membres de la société civile. »

Voir tant de pays de l’ASEAN pointés du doigt fait très mauvais effet dans la région ; pourtant, l’ALRC réserve ses plus violentes critiques pour le Bangladesh, le Pakistan, et le moteur de l’ASEAN – l’Indonésie. Le rapport cite les organisations religieuses fondamentalistes qui « sont impliquées dans une quantité alarmante d’exécutions extrajudiciaires » qui sévissent dans ces trois pays.

« Au Pakistan et en Indonésie, certaines zones sont totalement contrôlées par des acteurs non-gouvernementaux qui ont formé des gouvernements parallèles. Dans ces endroits, la justice est celle dictée par le pouvoir de dirigeants non-gouvernementaux ».

D’après cette soumission, le problème des exécutions extrajudiciaires en Asie ne peut se résoudre que si les Etats asiatiques trouvent le moyen d’établir des régimes fondés sur un Etat de droit et remplacent les régimes fondés sur le règne de la peur qui existent aujourd’hui.
« Pour cela, les Etats d’Asie devront avoir la capacité morale de prendre des décisions politiques qui, au-delà des dénominateurs tels que la religion, la race et même les affinités politiques, impliquent que chaque vie dans leurs juridictions respectives sera protégée et préservée à tout prix ».

« Cela demande un changement de perspective dans l’actuel débat sur l’Asie, et nécessiterait de se concentrer sur les questions de l’échec et de l’incapacité des institutions nationales responsables du maintien d’un Etat de droit », conclut la soumission.
Source (Luke Hunt/The Diplomat): ASEAN’s House of Horrors
Traduction : Louise de Nève
Photo: DFA/Flickr

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