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La loi sur la Liberté de l’Information échoue à rendre les institutions gouvernementales plus transparentes et plus responsables

Harjono

En 2011, le village de Kadangmas dans le district de Kudus, Java Est, a été choisi pour devenir le site d’un grand réservoir d’eau. Quand Harjono, un ouvrier immigré rentré chez lui après avoir travaillé ailleurs, a vu comment ses voisins avaient été escroqués et privés d’un prix équitable pour leur terre, il a décidé d’écrire une lettre au gouvernement local.

En 2011, le village de Kadangmas dans le district de Kudus, Java Est, a été choisi pour devenir le site d’un grand réservoir d’eau. En préparation de sa construction, les officiels du gouvernement sont venus autour du village pour dédommager les citoyens locaux, largement constitués de fermiers âgés et illettrés, de l’imminente submersion de leurs terres. Le prix proposé était bien en dessous du prix du marché. Beaucoup ont refusé. S’en est suivie une période de harcèlement et de menaces de la part de « preman » ou voyous recrutés à cet effet. Après cela, les gens ont cédé leur terre à un prix très bas.

Quand Harjono, un ouvrier immigré rentré chez lui après avoir travaillé ailleurs, a vu comment ses voisins avaient été escroqués et privés d’un prix équitable pour leur terre, il a décidé d’écrire une lettre au gouvernement local. Il voulait savoir quelles terres devaient être submergées et quel prix avait été budgété pour celles-ci. Il suspectait les fonctionnaires locaux d’avoir détourné de l’argent qui aurait dû aller aux résidents.

Une nouvelle ère de transparence en Indonésie?

Harjono a déposé sa requête dans le cadre de la loi indonésienne sur la Liberté de l’information publique (Undang Undang Kebebasaan Informasi Publik, ou UU KIP). Adoptée en 2008 et entrée en vigueur en 2010, cette loi oblige toutes les institutions publiques ou gouvernementales à fournir aux citoyens des informations sur pratiquement tous les aspects de leurs activités. La loi créait également des « commissions d’information », organes d’appel vers lesquels les citoyens peuvent se tourner en cas de non aboutissement de leur requête.

Elle oblige le gouvernement au niveau des districts, des provinces et national à désigner des membres de son personnel en qualité d’agents d’information et prévoit des amendes en cas de non délivrance des renseignements demandés. Au moment de son adoption, la loi avait été saluée à juste titre comme un pas majeur vers un gouvernement plus transparent et responsable. Sous l’Ordre Nouveau de Suharto, l’Etat était devenu distant, corrompu et passif. La nouvelle loi devait, espérait-on, permettre aux citoyens de discipliner les institutions de l’Etat en mettant à jour les malversations.

Cinq ans plus tard, nous sommes allés à Java Est pour voir dans quelle mesure ces espoirs s’étaient concrétisés. En étudiant les conflits locaux impliquant des demandes d’informations, nous avons trouvé qu’Harjono n’était pas le seul à lutter pour l’application de la Loi sur la Liberté de l’Information. Les données concrètes manquent : à l’heure actuelle, aucune des institutions gouvernementales responsables (telles que la Commission d’Information Centrale ou CIC) ne semble collecter des données systématiques sur le nombre et le type de demandes de renseignements faites aux agents d’information. Mais les agents d’information des cinq districts à qui nous avons rendu visite à Java Est ont reçu en moyenne 23 demandes par an, souvent émanant d’un seul demandeur. Comme la plupart des quelque 500 districts d’Indonésie n’ont même pas d’agent d’information, le nombre total de demandes reste dérisoire en comparaison, par exemple, avec l’Inde qui reçoit 850 000 demandes par an. Durant ses quatre années d’application, les CIC n’ont reçu que 1 195 appels alors que le CIC Indien en a reçu 33 922 rien qu’en 2011-2012.

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