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Thaïlande: les «cartons jaunes» de la junte aux journalistes

09/06/2014 by RFI in Censure, Politique

Pravit_Rojanaphruk
Depuis le coup d’Etat du 22 mai, des dizaines de responsables politiques, universitaires, journalistes et chefs d’entreprises sont convoqués chaque jour par les autorités militaires. La plupart sont relâchés après une semaine de rééducation politique contre un engagement écrit à ne pas critiquer le régime ni agir contre lui. Le journaliste Pravit Rojanaphruk, éditorialiste de renom du quotidien anglophone The Nation, s’était rendu à la convocation des militaires le 25 mai, la bouche barrée par un bandeau collant noir en signe de protestation. Libéré mais placé sous stricte surveillance, il a accepté de répondre aux questions de RFI.

RFI : Pourquoi cette convocation, et comment s’est-elle passée ?
Pravit Rojanaphruk : Aucun chef d’inculpation n’a été retenu contre nous, j’en déduis que la junte convoque les personnes qu’elle considère comme une menace… Pour ma part, j’avais ouvertement critiqué le coup d’Etat. Avec moi il y avait des dirigeants politiques, des universitaires, des personnes suspectées d’organiser des manifestations. Deux anciens Premier ministres adjoints se trouvaient également dans notre camp de détention, et nous avons été bien traités. L’un des responsables nous a dit que cette convocation équivalait à un « carton jaune », comme au football.

Mais nous avons dû signer un engagement à ne pas participer à des manifestations politiques ni aider les personnes qui manifestent leur opposition au coup d’Etat, ni organiser nous-mêmes des manifestations. Dans le cas contraire, nous serions déferrés devant les tribunaux militaires et nos avoirs seraient gelés par la junte.

Votre liberté d’expression n’a pas été remise en cause ?
En fait on ne nous a rien fait signer en ce sens, mais le lendemain de ma remise en liberté un colonel m’a appelé pour me demander d’arrêter de tweeter et de critiquer la junte militaire. J’ai tenté un compromis. Je lui ai expliqué que si j’obtempérais cela ferait plus de mal que de bien au régime : il y a des gens qui suivent mon compte Twitter et qui connaissent mes positions*. J’ai essayé de le convaincre qu’il fallait laisser un minimum de liberté d’expression s’ils ne voulaient que les gens, en désespoir de cause, passent à la lutte clandestine contre la junte militaire.

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