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Salaire minimum : les ouvriers cambodgiens se rebiffent

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En Asie du Sud-Est, la compétitivité de l’industrie textile repose sur des salaires de misère. Mais, sous la pression des travailleurs, gouvernements et entreprises doivent lâcher du lest.

Les revendications salariales sont généralement soutenues par des grèves et des manifestations, qui aboutissent avec un peu de chance à un accord. Mais il est rare que les manifestants finissent par jeter des pierres et des cocktails Molotov sur des forces de sécurité qui les menacent avec des armes à feu.

C’est malheureusement ce qui s’est produit début janvier au Cambodge, lorsque le gouvernement a annoncé la revalorisation du salaire minimum [du secteur textile] à 100 dollars [72 euros] par mois – un montant inférieur de 60 dollars à ce que revendiquaient les travailleurs. Cinq manifestants ont été tués par balle et 40 autres ont été blessés. Au Cambodge, toute hausse des salaires revêt une importance considérable pour le secteur de la confection. Les produits fabriqués pour de grandes marques comme Adidas, C&A, H&M, Esprit, Nike, Puma, Primark ou Walmart représentent 85 % des exportations du royaume, et le secteur génère 5 milliards de dollars [3,6 milliards d’euros] de chiffre d’affaires par an.

Pour les entrepreneurs, une hausse des salaires entraîne une baisse des bénéfices. De son côté, le gouvernement risque une délocalisation des usines du jour au lendemain – ou de nouvelles émeutes si les demandes des travailleurs ne sont pas entendues. “Certains pays peuvent avoir peur d’augmenter le salaire minimum par crainte de perdre des emplois et des investissements”, explique Paul Collins, de l’ONG britannique War on Want. “Par exemple, dans le secteur de l’habillement, le gouvernement cambodgien redoute sûrement que les entreprises déplacent leurs activités au Bangladesh, où les salaires sont inférieurs, et le gouvernement du Bangladesh craint sûrement que ces mêmes entreprises se délocalisent à nouveau dans des pays encore moins chers, comme la Birmanie ou l’Ethiopie.” Pourtant, Paul Collins n’est guère convaincu par l’argument des employeurs et des dirigeants politiques. “Nombre d’entreprises menacent d’aller ailleurs en raison des coûts salariaux, mais les salaires représentent en fait un pourcentage très réduit du prix final d’un vêtement”, constate-t-il.

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Photo : La foule laisse échapper des ballons pour célébrer la libération des 23 personnes détenues à la suite des manifestations de janvier dernier. @alyshakhambay

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