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De l’électricité à l’irrigation : le barrage de Pak Mun est-il perdant-perdant ?

Paijit Siwalak_2

A l’instar de la station d’irrigation de Huahaew, plus de soixante stations, ont été construites par le Département Royal de l’Irrigation (RID) dans le cadre du projet du Barrage de Pak Mun, dont le but premier était de produire de l’électricité et, en prime, de fournir aux fermiers de l’eau à la saison sèche. Qu’en est-il aujourd’hui?

La porte de la station d’irrigation de Huahaew est entrouverte au petit bonheur la chance, ses murs gris en passe de perdre la bataille contre la rouille. La station est vide, ses moteurs silencieux. Une conduite d’eau horizontale émerge de la façade grise du bâtiment, plongeant dans la terre rocailleuse, refaisant ensuite surface pour couper à travers un paysage d’argile sèche et poussiéreuse. Finalement, le cylindre gris clair devient un canal ouvert enfoui sous les mauvaises herbes tout comme les terres arables qu’il était supposé approvisionner.

Il y a soixante autres stations du même type, construites par le Département Royal de l’Irrigation (RID) dans un effort pour développer les cultures dans la zone où la rivière Mun se jette dans le Mékong. Elles ont été construites dans le cadre du projet du Barrage de Pak Mun, dont le but premier était de produire de l’électricité et, en prime, de fournir aux fermiers de l’eau à la saison sèche.

Le Barrage de Pak Mun, construit et dirigé par le Service de Génération d’Electricité de Thaïlande (EGAT) devait produire 136 MW d’électricité et distribuer l’eau de la rivière aux 64 000 acres environnants [un peu plus de 25 000 ha]. Mais ces projections étaient follement surestimées. Le barrage a raté son objectif de production d’énergie de 85% et a eu un impact négatif tel sur les communautés locales que la Commission Mondiale des Barrages a conclu dans son rapport de l’année 2000 que « si tous les avantages et les coûts avaient été correctement évalués, il est peu probable que le projet aurait vu le jour ».

Le barrage a ruiné les moyens d’existence des pêcheurs et des pêcheries locales en réduisant à 96 les 265 espèces de poissons présentes à l’origine dans la rivière et de 70% les revenus des familles. Des protestations soutenues ont obligé le gouvernement à ouvrir les portes des écluses quatre mois par an.

Face à une telle controverse, l’EGAT était consciente que le barrage de Pak Mun devait remplir son objectif annexe: l’irrigation.

L’EGAT a prétendu que le fait de laisser les portes des écluses fermées pendant huit mois, et en particulier pendant la saison sèche, permettrait à l’eau retenue par le barrage d’atteindre le niveau requis pour son utilisation en irrigation.

Natee Mapom, responsable des relations publiques à l’EGAT, a expliqué : « de nombreuses provinces souffrent de sécheresse et de manque d’eau. En ce moment, il y a peu d’eau pendant la saison sèche, mais le barrage de Pak Mun permet de mettre en réserve l’eau d’irrigation pour les habitants de la région d’Ubon Ratchathani. »

Dans une tentative d’extension de la culture sur toute l’année, l’EGAT s’est associé en 2004 avec le Département Royal de l’Irrigation (RID) pour transformer le barrage de Pak Mun en réserve principale de stockage d’eau et a installé une série de stations d’irrigation le long des 80 kilomètres entre le barrage et la ville d’Ubon.

« Beaucoup pensent que ces stations d’irrigation ont été construites pour des raisons politiques », explique M. Paijit, leader du Centre Thai Naan, opposant au barrage de Pak Mun. «  Pour que ces stations fonctionnent, il faut que la rivière atteigne un certain niveau. Il semble que le gouvernement les construise pour justifier que les écluses du barrage de Pak Mun restent fermées ».

M. Paijit soutient que la mise en avant de l’irrigation n’est pas seulement une tentative de sauvetage du barrage de Pak Mun, mais la continuation d’un programme venu d’en haut pour l’agriculture. Dans le cadre de ses plans d’extension de l’irrigation, le RID a dépensé en moyenne 28,5 millions de baht ($873 467) rien que pour chaque station dans la région de Pak Mun. De tels investissements lourds en infrastructures et les aides correspondantes de l’agence gouvernementale pour soutenir une agriculture hors saison ont rendu circonspects le Centre Thai Baan et d’autres groupes de résistance.

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