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Rencontre (1/3) : « les violences faites aux femmes au Cambodge, moins nombreuses mais plus graves » Mony Lim (ADHOC)

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Chaque année, le CCFD-Terre Solidaire invite ses partenaires du monde entier. AlterAsia a pu rencontrer trois représentants d’Asie du Sud-Est et publie son premier entretien avec Mony Lim, chargée des droits des femmes et des enfants au sein de l’Association pour les droits de l’homme et le développement au Cambodge (ADHOC).

Quel état des lieux des lieux dressez-vous des droits des femmes au Cambodge? Comment la situation a-t-elle évolué ces dernières années?
Nos statistiques montrent une diminution du nombre des violences faites aux femmes. En revanche, leur niveau de gravité s’est accru et la part des violences entraînant la mort a augmenté. Devant l’importance du nombre de demandes, ADHOC a dû restreindre son aide aux cas les plus graves et à la question de l’impunité. Les arrestations des coupables pour les cas de viols ont augmenté, mais il ne s’agit souvent que d’une première arrestation, sans conséquence pour le coupable.

Comment lutter contre l’impunité, notamment en cas de trafic lié à la prostitution?
Il y a plusieurs types de situations : premièrement, les filles achetées dans les villages pour les mettre sur le marché de la prostitution. Deuxièmement, les mariages transfrontaliers. Dans ce cas, il s’agit souvent de Chinois ou de Taïwanais qui arrivent à convaincre une fille de leur amour et à lui faire croire à une vie meilleure, avec promesse de mariage en Chine. Si le mariage avait lieu au Cambodge, ce serait plus simple pour nous de saisir la justice. Dans ce cas, il fait sortir la fille le plus discrètement possible.

Les interventions sont très difficiles car les trafiquants utilisent des moyens de transport rapides et les nouvelles technologies. De plus, ils se cachent souvent derrière des activités légales (karaoké, bars..) et même si nous (ADHOC) les soupçonnons, nous devons rassembler des preuves pour pouvoir saisir la loi. L’autre problème réside dans le manque de contrôles à la frontière thaïlandaise.

Quel est l’impact de l’impunité pour la victime?
La victime d’un viol est terrifiée. Elle subit un choc physique et psychologique, elle a peur que cette situation se reproduise. Il y a d’ailleurs des cas de récidives, sur la même victime, et avec le même violeur, malgré une arrestation antérieure. Dans ces cas, ADHOC travaille avec d’autres associations qui hébergent et surveillent les jeunes filles, comme CCWC, ACC, Haga.

Quelle est la situation des Cambodgiennes face au travail forcé?
Ce trafic international passe par des agences « de recrutement » qui leur promettent une embauche. Les grands pays concernés sont la Thaïlande, la Malaisie, le Japon et l’Afrique du Sud. L’Etat cambodgien soutient en effet les Etats malaisien, japonais, coréen, et thaïlandais, qui sont autorisés à embaucher des travailleurs cambodgiens. Mais ces derniers sont ensuite emmenés en Afrique du Sud, par exemple, où parfois ils ne sont pas payés du tout.

Les femmes étaient souvent envoyées en Malaisie. Il y a eu tellement de cas de maltraitance des travailleurs domestiques que l’Etat a fini par interdire cette destination d’embauche en 2011. Mais nous avons du mal à les faire revenir. Cette déclaration ne concerne que les femmes qui étaient parties avant 2011 et leurs patrons ne veulent pas qu’elles reviennent. Et souvent, ce problème s’est déplacé de la Malaisie, à la Thaïlande.

En Thaïlande, il existe aussi des agences qui « pré-embauchent », mais les travailleurs y attendent parfois un emploi qui n’arrive jamais, ou bien dont le contrat de travail n’est pas respecté (comme les cas d’une embauche pour faire le ménage, qui se transforme en emploi où il faut manipuler des produits dangereux, ou dans la construction).

Que peut faire ADHOC dans ce cas?
Nous avons récemment fait arrêter une tête d’un réseau de travail forcé, libérant 200 personnes. Cela a été possible grâce à une forte dénonciation, car de nombreuses associations avaient protesté en 2013. Dans ce cas, les autorités locales, notamment le Département de lutte contre le trafic d’êtres humains rattaché au ministère de l’Intérieur, était impliqué. Ses hommes se sont déplacés et se sont investis dans l’enquête. L’arrestation a été compliquée car il s’agissait d’un Chinois, caché sous une fausse identité cambodgienne. Il a donc fallu une participation conjointe des victimes, des ONG et des autorités locales.

Quels sont vos projets futurs?
Cette année, un nouveau département a été créé avec le soutien du CCFD et ADR, pour lutter contre les violences domestiques. L’objectif est de trouver des solutions hors tribunal. Nous effectuons un travail de médiation, y compris dans les conflits fonciers, qui peuvent se régler à l’amiable. Dans les violences domestiques, en cas de divorce, les enfants sont souvent les victimes collatérales, eux aussi vont le subir. Et dans les conflits fonciers, tout le monde est conscient de la lenteur du processus. Ca coûte cher, il y a beaucoup de pertes.

Céline Boileau
Photo : Au centre, Mme Mony Lim. DR.

En savoir plus
Le site d’ADHOC
Visite d’une partenaire cambodgienne du CCFD-Terre solidaire en Moselle
Cambodge: pas de place pour les prochaines générations
Sur l’opération du CCFD Terre solidaire et les associations invitées : dossier de presse

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