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Rencontre (2/3) : « l’éducation populaire, un moyen pour sortir de la pauvreté en Indonésie » Krispianus Bheda (SSP)

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Chaque année, le CCFD-Terre Solidaire invite en France ses partenaires du monde entier afin de sensibiliser les citoyens à la solidarité internationale. AlterAsia a pu rencontrer trois représentants d’Asie du Sud-Est et publie une série d’entretiens. Deuxième interview, celle de Krispianus Bheda, secrétaire exécutif de Sunspirit for Justice and Peace (SSP), basée en Indonésie.

Comment l’organisation est-elle née?
Après le tsunami d’Aceh en 2005, beaucoup d’organisations sont venues afin d’aider à reconstruire les bâtiments. Mais à Aceh avant le tsunami, un conflit avait éclaté entre les habitants et le pouvoir central et nous avons donc voulu réparer les êtres humains plutôt que les bâtiments, soigner les traumatismes, faire de la médiation et leur permettre d’améliorer leurs revenus. En 2008, nous avons fait le même constat dans l’Est indonésien. C’est alors que nous avons commencé à travailler avec le CCFD.

Sunspirit for Justice and Peace a un objectif de « transformation sociale » à travers l’éducation populaire. De quoi s’agit-il concrètement?
Plus précisément, Sunspirit for Justice and Peace exerce des activités de défense et de plaidoyer par le biais de différentes activités (recherche, publications…), dont l’éducation populaire à destination des femmes, des enfants ou des paysans. Cela signifie que les gens se forment entre eux. Pour les enfants, par exemple, nous avons mis en place la seule bibliothèque de la région de Florès. Beaucoup d’enfants ne savent ni lire ni écrire, ils viennent donc y poser des questions. Nous réalisons par exemple une éducation ludique à la biologie, pour laquelle nous allons chercher un éleveur-agriculteur qui pourra répondre à leurs questions. Les enfants, qui parfois ne vont pas à l’école, se rendent à la bibliothèque, encouragés par leurs parents qui regrettent déjà que leur progéniture ne puisse pas aller à l’école. Nos deux objectifs sont de leur apprendre à lire et à écrire, mais aussi de leur donner une éducation via la rencontre avec nos différents partenaires : prêtres, journalistes, sages-femmes, représentants d’institutions… Ceux-ci viennent pendant leur temps libre et/ou le week-end. Nous sommes simplement des facilitateurs qui leur offrons un espace et des moyens de réunion.

Où se situe votre action de plaidoyer au niveau national?
Envoyer des lettres ou des recommandations pour les lois n’est pas note priorité car le gouvernement n’y prête pas attention. Nous faisons donc de la défense des droits par l’éducation, pour que les agriculteurs et les femmes prennent conscience de leurs droits, puissent s’organiser et défendre eux-mêmes leurs droits. Beaucoup d’organisations sont nées de personnes qui ne sont pas des paysans, ce sont plutôt des intellectuels qui veulent défendre la cause paysanne. C’est un travail complémentaire.
Par exemple, de grandes associations comme SPI et KPA travaillent dans l’Ouest de l’Indonésie, où elles sont proches des décideurs. Elles ne sont donc pas au quotidien avec les paysans, mais speuvent influer sur les décrets. Si pour cela elles veulent s’appuyer sur des statistiques de terrain, des exemples concrets de besoins, Sunspirit les leur fournit.

Un autre volet de vos activités concerne également l’agriculture. De quoi s’agit-il?
Beaucoup de paysans pratiquent l’agriculture vivrière, voire traditionnelle, mais c’est de plus en plus difficile à cause de l’augmentation des coûts de production et des importations. Pour les aider à se développer, nous avons créé une « ferme-modèle », une zone de culture d’un demi hectare où ils se rassemblent et peuvent vendre une culture respectueuse de l’environnement: du sucre de canne, du café, du riz rouge, labellisés « 100% organik » et « hallal ». Nous voulons prouver qu’une agriculture respectueuse de l’environnement peut être rentable. Plus de 200 paysans travaillent sur cette ferme et s’inspirent ainsi d’un mode de culture biologique. Nous venons aussi de mettre en place un partenariat avec la coopérative, qui permet de procurer facilités de crédit à ces paysans. Ces derniers pourront ensuite créer leur propre coopérative en vue de constituer une épargne, délivrer des crédits et mettre en commun les outils de production. Sunspirit fournit également le packaging des matières produites et aide à la recherche de débouchés commerciaux.

Quels sont vos projets futurs?
Premièrement: organiser, systématiser la formation pour les paysans. Jusqu’ici, nous formions sur le terrain, mais nous souhaitons mettre en place des modules de formation et organiser un système de formation en alternance.
Deuxièmement, toujours avec les paysans, il nous faut donner une forme légale à leur organisation et créer un lieu de vente commun, où ils pourront stocker leurs produits et les vendre jusqu’à Jakarta.
Troisièmement: développer l’agro-tourisme. 95% des touristes font du « snorkling » à Komodo, de la plongée… mais le tourisme culturel, équitable, n’y est pas développé. Cela se fait ponctuellement, il s’agit de mesures individuelles de touristes qui aident à empaqueter le sucre… on voudrait que cela puisse se faire chez le paysan et pas seulement dans notre ferme-accueil, ou dans nos fermes-tissage où l’on fabrique les zikats (motif traditionnel indonésien), tout en mutualisant les moyens grâce à un partenariat avec l’Unesco.

Céline Boileau

En savoir plus
Le site de l’association Sunspirit for Justice and Peace
Des articles parus en français sur l’association et son action:
Système de production de gaz écologique par la fermentation de matière organique, le biogaz
Comité contre la faim. Un partenaire indonésien
Sur l’opération du CCFD Terre solidaire et les associations invitées : dossier de presse

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